Le 21 octobre 2004, s’est tenu à Médiadix une journée d’étude intitulée « la fin du catalogage ?! »

Le principal enjeu de ce débat restait pour moi, le mode de récupération des notices et des autorités des bibliothèques. L’offre de la Bnf constituait à mes yeux la principale innovation qui aurait pu constituer à elle seule une journée d’étude… Ce ne fut pas le cas, puisqu’aucun représentant de la BNF n’était présent…
En revanche, un représentant d’Electre Biblio était présent. Son intervention (enthousiasme) a porté sur les projets de l’entreprise relatifs à ONIX, une « norme internationale pour la diffusion de métadonnées [enrichies] concernant des livres et d’autres documents utilisés par les bibliothèques et les éditeurs. Ses principes directeurs comprennent des spécifications de contenu, d’éléments de données, d’étiquettes et de listes de codes et une DTD XML »
Yves Desrichard précise dans un récent article du BBF : « les objectifs d’ONIX sont clairs : permettre de décrire tous les produits, livres ou non, proposés par « the book industry » ; prendre en compte tous les besoins de tous les secteurs de cette industrie, et pas seulement ceux des vendeurs en ligne ; prendre en compte explicitement les données de droits, de prix, de distribution et de disponibilité des documents décrits ; être utilisable dans un environnement multilingue. »
Autrement dit, cette norme pourrait faciliter une certaine convergence entre les utilisateurs professionnels de bases bibliographiques que sont libraires, éditeurs et bibliothécaires.
C’est d’ailleurs précisément ce qu’a décrit le représentant d’Electre Biblio en indiquant que « Le développement du standard ONIX est l’illustration actuellement la plus aboutie de ces développements, qui auront forcément des implications sur les bibliothèques, partenaires « privilégiés » de la chaîne du livre. »
Soit. Reste à savoir concrètement ce que cela implique pour Electre, dont le représentant a plaidé pour un partenariat (financier…) qui permettra à une bibliothèque de non seulement récupérer des notices mais également de constituer avec Electre une base bibliographique complète et un Opac web adapté à chaque établissement.
Dans ce schéma, tout provient d’une seule société qui fournit via Internet des notices reliées à ses propres autorités « maison », indexées et enrichies (sommaires, couvertures, etc.), présentées dans une interface unique web crée par Electre, le tout sous copyright…
Ce modèle fonctionne déjà pour certaines librairies qui gèrent leurs fonds avec Electre et, grâce à XML peuvent choisir une présentation maison pour leur site Web…
Une bibliothèque pourrait ainsi constituer un catalogue informatisé de son fonds uniquement grâce aux notices Electre sans jamais constituer sa propore base de données…c’est ce qui a été présenté à la journée d’étude…mais aucune offre ne figure sur le web sur ce sujet sur le site d’Electre ou ailleurs.
Ce qui me semble très inquiétant est l’amalgame entre le service public des bibliothèques et la vocation purement commerciale des services proposés par Electre. Et le représentant d’Electre d’appeler à la rupture des « barrières psychologiques » qui pourrait retenir les bibliothèques à adhérer aux services proposés….
Pourquoi est-ce inquiétant? A terme, une seule société pourrait obtenir un monopole ou quasi monopole sur une grande part de (toute ?) la chaîne du livre…et donc sur ce « bien commun » que représente l’accès à l’information bibliographique, d’autant plus que la tendance est à la fourniture du document primaire…
Une fois le marché capté, de telles sociétés pourraient imposer des tarifs prohibitifs aux établissements sans aucune difficulté, un peu à la manière de ce qui se passe pour les bibliothèques universitaires et les grands fournisseurs de bases de données spécialisées.
l’enjeu est bien celui du statut de bien commun pour l’information bibliographique.
A la remarque portant sur le caractère privé, donc commercial, d’Electre, son représentant a rappelé l’histoire de cet organisme, arguant son caractère interprofessionnel…C’est oublier un peu vite que ses représentants sont les mêmes que ceux sont au cœur des derniers bouleversements de l’édition…les intérêts sont économiquement et culturellement énormes.
D’ailleurs, M. Desrichard citait dans le même article du BBF le fait que « le Cercle de la Librairie a été « « créé pour renforcer la cohérence des industries et des commerces du livre, rassembler les professionnels, faire circuler l’information et stimuler la production » et Ambroise Firmin-Didot, son premier président, indiquait qu’il partait du principe que « tout ce qui est utile à l’intérêt général de nos industries est nécessairement profitable à l’intérêt particulier de chacune d’elles, à l’intérêt individuel de chacun d’entre nous » »
C’est très clair !
M. desrichard indique également l’origine édifiante d’ONIX « né en juillet 1999, lors d’une réunion de The Association of American Publishers. Le but était de créer un standard permettant aux éditeurs d’offrir à leurs clients (libraires, diffuseurs) une information « à valeur ajoutée » sur les produits qu’ils diffusent. Pragmatisme américain aidant, la première version d’ONIX était disponible dès janvier 2000 (ONIX version 1). Une initiative comparable ayant été mise en œuvre, à peu près au même moment, par le Book Industry Communication anglais, le Book and Serials Industry Communication américain, et EDItEUR, groupe international qui coordonne le développement de standards pour le commerce électronique dans le domaine du livre et des publications en série, les deux projets finirent par se rejoindre, le standard ONIX étant désormais développé et promu sous la houlette d’EDItEUR »
Tout cela alors que les services d’Electre sont payants et que la Bnf s’oriente justement sur la fourniture gratuites des notices et des autorités via le web…
Ce qui pose problème n’est pas bien sûr l’existence d’une norme internationale que l’on ne peut qu’applaudir mais le risque de sa récupération exclusive par le monde marchand. Je précise qu’il ne s’agit pas non plus d’opposer grossièrement les acteurs de la chaîne du livre, mais de créer des convergences dans le respect des perspectives de chacun.
Mais d’ici que la BNF propose aux bibliothèques publiques des notices enrichies basées sur la norme ONIX…
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