Me voilà de retour avec un chouette schéma publié dans le livre de Thierry Giappiconi.

Dans ce schéma; on retrouve tout ce qui fonde notre action de bibliothécaires (bibliothèques publiques), en tant que membres d’une collectivité oeuvrant pour l’intérêt général. Je le trouve vraiment clair parce qu’il pose théoriquement ce que nous faisons tous les jours: parier sur des impacts que la bibliothèque peut avoir sur le corps social…!
Je dis parier car ce n’est pas si facile de mesurer les impacts des bibliothèques dans leur volonté de "changement social" (belle idée non?). Tout au plus, et ce n’est déjà pas si mal, peut-on opérer quelques mesures avec une norme comme celle-ci : La norme ISO 11620, Information et documentation Indicateurs de performance des bibliothèques.
Je vous invite d’ailleurs à consulter les documents issu de cette journée d’étude "Deux normes essentielles : le « Records management » et les indicateurs de performance des bibliothèques" qui a eu lieu le Jeudi 8 juin 2006 - 9 h 30 - 17 h 30 à la Bibliothèque nationale de France
Derrière tout cela, il y a tout la question de savoir à quoi nous servons et pourquoi nous sommes là. Mais cela peut être bien cruel parfois…. et si la réjouissante enquête du crédoc n’était que de la poudre aux yeux?
C’est la question que pose Thierry Giappiconi dans le débat virtuel de la BPI :
In extenso :
"Il semble que l’on se félicite du fait que la bibliothèque "a aujourd’hui l’image d’un lieu culturel familier, dans la proximité immédiate du lieu de résidence". Mais peut-on s’en satisfaire ?
N’aurait-il pas convenu de tenter d’aller plus loin, c’est à dire d’évaluer les effets et les impacts de la politique de développement des bibliothèques dans l’esprit d’une démarche d’évaluation des politiques publiques qui, selon la circulaire du 28 décembre 1998 : "Vise à comparer les résultats d’une politique aux moyens qu’elle met en oeuvre qu’ils soient juridiques, administratifs ou financiers et aux objectifs initialement fixés [et qui] se distingue du contrôle et du travail d’inspection en ce qu’elle doit aboutir en un jugement partagé sur l’efficacité de cette politique et non à la simple vérification des normes administratives et techniques »
Cette question nous renvoie à la question de savoir si l’objectif était seulement la fréquentation, voire la banalisation de la bibliothèque, ou bien si cette attente de résultats n’était qu’une composante de la mesure des effets et les impacts de cette fréquentation à partir d’un certain nombre de problèmes de société préalablement identifiés, puis au regard d’objectifs pertinemment définis
J’aurais par exemple été intéressé de savoir, de même que sans doute la plupart de mes collègues et les responsables des collectivités locales, ce que traduisent ces résultats au regard des missions de la bibliothèque.
Même « les objectifs initialement fixés » peuvent être très variables d’un établissement à l’autre il pourrait par exemple être intéressant de savoir :
- Quel est l’impact (social, économique) de l’action des bibliothèques sur la lecture des oeuvres artistiques et scientifiques au regard de la diffusion commerciale ? - dans quelle mesure la bibliothèque publique contribue t-elle à la lutte contre l’échec scolaire à l’école et dans le premier cycle universitaire (problématique qui regarde, rappelons, le 65% d’une classe d’âge), et par effet induit à l’insertion sociale ? - dans quelle mesure la bibliothèque contribue t-elle à la formation permanente, et par effet induit au développement économique et à l’emploi ? - dans ces deux derniers questionnements, quelles sont les parts respectives de la sélection documentaire, de la fonction de médiation et des équipements ?
Il ne s’agit là que de quelques exemples de questions dont les réponses me sembleraient précieuses pour la conduite du développement des collections et des services et pour le nécessaire dialogue entre les professionnels des bibliothèques, les décideurs politiques et la population."
Ces questions sont justes non?
NB: Thierry Giappiconi participait à un atelier intitulé "La bibliothèque, un outil au service de la collectivité" au dernier congrès de l’ABF. Quelqu’un y a assisté? et veut bien faire un compte rendu?
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juin 26th, 2006 at 14:11
Le domaine des pratiques culturelles est lié à tellement de facteurs que je trouve difficile de vouloir y mesurer l’impact des bibliothèques de manière indépendante.
Par exemple, quand on dit que le développement des médiathèques a contribué "à ce que la lecture ne diminue pas" : on peut essayer de l’étayer par des analyses systémiques qualitatives, ou des entretiens individuels, mais pas le quantifier.
Donc ce qu’il faudrait rajouter aux analyses du Credoc ce serait les corrélation avec les évolutions internes des médiathèques (leurs actions changent-elles quelque chose ou non?), et les évolutions externes socioculturelles (quelles continuités et discontinuités entre les différents réseaux d’information?).