Pourquoi être 2.0? la réponse du cynique, de l’utopiste et du politique
Au moment où il nous prépare une véritable saga sur les Bibliothèques 2.0 pour les nuls, voici un morceau pas nul du mémoire de La Culture au risque du "Web 2.0" et auteur de très chouette blog des Bibliothèques 2.0
J’ai choisi de reproduire ce passage parce que je le trouve très intéressant…n’hésitez pas à lire l’intégralité son mémoire et à répondre à la question qu’il nous pose: vous seriez plutôt cynique, utopiste ou politique?

Pourquoi être « 2.0 » ?
On l’a vu : le monde est pris dans la tourmente du 2.0 et chaque acteur de se demander s’il doit – ou non- prendre le train en marche, et à quel wagon il doit se rattacher. On pourrait dresser une typologie des réponses selon trois axes :
2.3.1. « Parce que. » : la réponse du cynique
La première réponse est d’un pragmatisme achevé : il faut en être, sinon on est mort.
Elle part de différents constats :
► Le monde devient le Web et le Web devient le Web 2.0.
► Les taux de croissance des différents sites 2.0 évoqués sont extraordinaires. Nul doute que les chiffres donnés ci-dessus sont déjà caducs, quelques semaines plus tard. Le 2.0 concentre aujourd’hui toutes les énergies.
► La jeunesse est massivement sur les réseaux sociaux. Stephen ABRAM, de la société SirsiDynix surveille de près les tendances américaines et les constats sur la millenial generation (ie celle qui vient après la génération Y) sont étonnants :
Nés après 1980 ; QI plus élevé ; 80% des plus de 14ans, aux USA, a un compte MySpace ; le courriel est en voie de disparition au profit des textos, sms, msn ; 90% des étudiants américains ont un compte Facebook ; Ils n’utilisent pas la bibliothèque mais lisent des livres, pertinents, grâce à la communauté et la magie des réseaux sociaux !
Dans cette perspective, le Web 2.0 n’est pas une histoire qui se comprend avec les notions d’information, de savoir ou de pensée. Ce n’est qu’une question de Signes. Pas du Sens, du Signe.
Le Web 2.0 : c’est la “course sémiotique” dans une territoire où le signe est roi.
Ce territoire, c’est le Web, considéré comme simple sémiosphère.
Il faut se tourner vers le concept de Transparence que des philosophes contemporains d’obédience post (ou néo) nietzschéenne – ont pu développer (Vattimo, Lyotard, Guérin). La Transparence : c’est la perte du sens sous la profusion du signe… La disparition du “sémantique”, remplace par le “sémiotique”. Qu’importe la Vérité, la Pensée, le Sens.
Partant de ces constats, les raisons à se faire 2.0 tombent d’elles-mêmes : il faut aller là où les choses se font, même si elles se font très bien sans nous.
C’est une question de survie.
2.3.2. « Pourquoi pas ? » : la réponse de l’utopiste
Il s’agirait ici plus d’accompagner la communauté dans un redéploiement de ses propres frontières. La fibre sociale est ici prégnante.
On peut dès lors accompagner sa communauté territoriale sur ces nouveaux espaces. C’est le cas des Archives Numériques 2.0, qui cherchent à se faire de véritables temples pour leur communauté. Le site ici créé servira de liant et d’Agora à la communauté des administrés.
L’enjeu n’est pas seulement de créer un dépôt de matériel mais bel et bien de répondre à des attentes tacites d’une communauté en manque/mal d’identité. C’est ce que nous verrons dans la deuxième partie avec l’étude du projet Kete.
On peut aussi, de façon altruiste et désintéressée, proposer ses services à une communauté orpheline. C’est le cas d’Info Island. Au sein du monde virtuel Second Life, une groupe de bibliothécaires internationaux s’est monté afin de créer
une bibliothèque virtuelle : Info Island. Cette dernière est très active et dispense des conseils aux résidents de Second Life. Cette expérience commence à avoir des répercussions dans la vie réelle. Si la plupart des bibliothécaires concernés sont bénévoles, certains prodiguent des conseils sur leur temps de travail. Nous avons personnellement échangé avec nombre d’entre eux. Nous comprenons très bien quel puissant charme peut exercer sur un bibliothécaire une telle expérience, mais la question était : « pourquoi votre institution accepte t elle de vous payer pour délivrer ce service ? ». Les réponses furent variées : certes, suivre et reconquérir son public potentiel ; mais c’est aussi un moyen de suivre les évolutions technologiques, d’essayer de trouver dans ces univers virtuels et le monde des jeux vidéos – des tendances, des outils, des concepts qui pourront ensuite être employés au sein de la bibliothèque et de la collectivité. En outre, les cybrarians sont unanimes : cette expérience leur permet de mener une profonde réflexion sur leur métier, leur habitude et donc de revisiter leur propre travail réel. Info Island, c’est de la veille de pointe ; un véritable laboratoire de R&D pour les bibliothèques.
2.3.3. « Parce que… » : la réponse du politique
Dans notre recherche d’une définition de « bibliothèque 2.0 », nous sommes revenus sur l’esprit des Lumières. Il nous semble que nos problématiques contemporaines s’en rapprochent étrangement…
Le Web 2.0, c’est un nouveau monde où :
Le pouvoir est donné au plus grand nombre
− Le surfeur crée ses ressources, ses réseaux.
− Hier, c’est ce qui s’est passé avec la « démocratie ».
Dès lors, il devient nécessaire de former le plus grand nombre…
− Kant ou Voltaire auraient employé des mots comme : le ‘citoyen éclairé’, ou ‘devenir majeur’.
− Aujourd’hui, la figure du surfeur remplace celle du citoyen.
…Et de rendre accessible au plus grand nombre :
− Autrement dit : OPEN : access, content, data, Knowledge
− Hier, on appelait ca : Ecole, éducation, instruction, musée
Mi-XVIIIe, les intellectuels ont décidé que la société qui arrivait méritait d’être "éclairée". Que c’était même vital.
Est-ce toujours le cas ? Le surfeur 2.0, qui va bientôt être maître du Web 2.0 – a t il besoin des Lumières 2.0 ? D’être éclairé ? Si « oui » ; alors, oui, il faut bâtir des bibliothèques 2.0… Mais le projet politique qui le sous-tend n’est ni cynique ni vainement utopiste ; c’est une profession de foi accompagnée de son sacerdoce…
Tags:Comprendre les enjeux de demain, Découvrir le web 2.0, Services en bibliothèques : prospective









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