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Quels objectifs pour les recommandations?




Hubert guillaut dans  cet excellent billet sur Internet Actu,part du constat que les recommandations ne sont pas toujours pertinentes et proposent souvent des éléments que l’on aurait trouvé tout seul. Il en appelle à des outils véritablement pertinents permettant de mettre en oeuvre une véritable sérendipité.

Poursuivant la réflexion, Hubert Guillaut nous livre ensuite ce commentaire particulièrement intéressant:
 

Je viens d’avoir une très intéressante conversation avec Raphaël Labbé, l’un des développeur de U.lik, un moteur de recommandation justement, qui m’expliquait la différence entre le Collaborative Filtering (du type Last.fm) et le Content Based filtering (utilisé par Pandora notamment), qui sont un peu les 2 systèmes qui président aujourd’hui au monde de la recommandation. Il me racontait également que si les résultats d’Amazon sont aussi peu pertinents, ce serait dû au bridage volontaire du système : la recommandation doit servir un achat d’impulsion. L’utilisateur ne doit pas réfléchir, mais consommer. Il est donc plus simple en effet de proposer un autre titre de Michael Moore qu’un titre plus différent comme The Take de Naomi Klein par exemple, mais qui devrait plaire aux mêmes amateurs.

Il a évoqué également le travail réalisé sur U.lik où le profiling permet de mettre en avant, quand vous êtes connectés, ce qui dans les profils des autres est le plus proche de ce qui vous plaît ou vous ressemble. Il évoquait également Findory, le moteur de recherche développé par Greg Linden, l’auteur du moteur de recommandation d’Amazon, qui personnalise ses résultats à mesure que vous l’utilisez. Et me racontait que celui-ci expliquait souvent l’importance de garder de l’ouverture dans un moteur de recommandation pour conserver de l’intérêt : et ainsi de ne pas hésiter à faire apparaître des informations qui n’étaient pas de votre opinion politique – même si vous l’aviez renseigné dans votre profil – pour laisser libre cours à la surprise et renouveler l’intérêt.

Dans les fonctionnements de ces moteurs, il y a aussi une dichotomie Actif/Passif : je renseigne mon profil vs. le moteur détermine mon profil en fonction de mes actions.

Tout cela me semble-t-il pose la question de la confiance que l’on peut accorder à des systèmes techniques de prescriptions de ressources. Que signifie la notion de pertinence? Quels critères permettent de la déterminer, et surtout vers quel but elle tend ?

Si ce qui est dit plus haut est vrai, les enjeux se déplacent-ils de l’opposition basique Tête de gondoles et best-seller vs biblio-diversité à des enjeux subtils du type sérendipité-sans-risque (on propose des titres très proches sans "faire découvrir" des éléments radicalement différents) / sérendipité-risquée (on fait découvrir des élements très différents ?

J’émets quant à moi quelques doutes sur la validité d’une telle opposition, il me semble que le moteur de recommandation efficace, surtout s’il repose sur la longue traîne, doit être un savant mélange des deux…

En tout cas,  si un jour les recommandations professionelles (c’est à dire entrée par le personnel qui acquière par domaines) du type "vous avez aimez vous aimerez" sont présente sur nos Opac, encore faudra-t-il clairement définir les objectifs poursuivis par ces recommandations puisqu’il s’agira d’un outil de  "médiation numérique des collections" (je reviendrai sur cette notion plus tard…). Cette activité sera donc liée très fortement aux politiques documentaires que nous aurons mises en place. Il nous faudra donc là encore répondre aux questions Pourquoi? et pour qui?

 

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Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

8 Responses

  1. Disons qu’on pourrait peut-être laisser le choix du scope au lecteur. Ca me rappelle la béta d’un moteur de Yahoo je crois, où l’on pouvait choisir si l’on voulait des résultats de recherches commerciaux ou scientifiques. Il faudrait que les moteurs de recommandation puissent être personnalisés par les internautes. Qu’on puisse sélectionner l’intérêt de ce que l’on recherche, selon ses propres desiderata.

  2. leafar dit :

    Je suis assez d’accord avec Hubert, ce qu’il faut c’est designer le moteur pour prendre des risques apres on peut toujours lui indiquer le niveau de prise de risque.
    PS: tres jolie presentation meme si l’interface n’est pas l’enjeu clé pour l’instant dans la mesure ou aucun moteur a patr celui d’amazon n’a reelement emergé.

    Amicalement, un bibliophile2.0

  3. andras dit :

    Le billet d’Hubert Guillaud et le vôtre, bibliobession, sont intéressants à plus d’un titre, à la fois par les questions qu’ils posent (quel est la pertinence des recommandations que certains systèmes nous proposent ? Que peut-on attendre de ces systèmes dans l’avenir ? …) et par les réponses que vous esquissez l’un et l’autre. Il est amusant de remarquer que l’un comme l’autre foncez immédiatement sur des solutions techniques, qui sont en fin de compte des améliorations des algorithmes existant, l’un surenchérissant sur l’autre en disant que c’est à l’utilisateur de positionner lui-même le curseur du paramètre considéré.

    Revenons à la question de la pertinence. Qu’est-ce qui rend pertinent une recommandation ? C’est avant tout la confiance que l’on peut avoir dans la personne qui la donne. Le grand nombre de recommandations convergentes est aussi un paramètre mais, il est surtout pertinent pour des achats de matériels (électronique, etc.). pour les biens culturels (et c’est bien ce dont on parle ici), le grand nombre compte peu (et de toute façon on a pas vraiment besoin d’algorithmes pour savoir que beaucoup de lecteurs ont lu et aimé le Da Vinci Code). La confiance dans le recommandeur est donc cruciale. Sur internet, on ne connait personne, me direz-vous ? Si, sur les sites de communauté, on se connait. On se parle, on s’apprécie, on échange des mails privés, on chatte. C’est à mon avis dans ce type de fonctionnement que réside l’avenir de la recommandation, au moins dans le domaine des biens culturels. Rapprochons les humains, où qu’ils habitent. Donnons leur l’envie de communiquer, d’échanger, de partager (et sur ce plan, toutes techniques du Web2 sont requises !). Nous aurons construit le meilleur système de recommandation, avec l’homme vraiment "dans la boucle", pas seulement pour faire glisser un curseur.

  4. bibliobsession dit :

    @ Andras: Je ne suis pas sûr d’avoir prôné des solutions techniques uniquement….la question pour les bibliothèques il me semble est effectivement de savoir dans quelle mesure serons nous capables à l’avenir d’organiser, d’entretenir ou d’intervenir dans des communautés faites d’échanges humains et quelle confiance il sera possible de d’accorder aux systèmes techniques de recommandation dans la mesure où les deux coexistent.

    Quelle qualité de dialogue avec les amateurs seront nous capable de développer, quel que soit le domaine? (comme vous le faite remarquer justement).

    Coment s’organisera l’existence, (sur des Opacs 2.0 et/ou sur d’autres sites) de microcommunautés de bibliothécaires et d’amateurs, les deux ensembles, comme sur Zazieweb, ou l’Agora des livres par exemple…? Là on peut parler d’une interaction, d’une communauté où il y a des allers retours constant, (sauf que les bibliothécaires sont payés pour intervenir ;-)) c’est ce qui me semble relever véritablement de la « médiation » (à la différence de la prescription, trop descendante). A nous donc d’arriver à « organiser l’intercation » selon la juste formule de (l’inérarrable) Dominique Lahary.

  5. leafar dit :

    Si je puis me permettre Andras, je suis totalement d’accord.
    Qui parle est déterminant.
    C’est pourquoi dans U.[lik], nous travaillons beaucoup sur le regard porté aux sources. Je m’explique … en montrant les intersections de gouts (U.[lik] ne traite que cela) nuos permettons à l’utilisateur de valider la source.
    Un de mes examples préférées est celui d’un film sur allociné qui a deux commentaires: Un tres positif et un très négatif. Qui croire. Peut etre que le commentaire positif est celui d’un utilisateur qui a été pour la première fois au cinéma ! (Et finalement c’est le procédé qu’il l’a ebloui). Nous trions donc les commentaires en fonction de l’affinité entre deux utilisateurs.
    Bref, ton point est très correct … la source est déterminante.
    D’ailleurs mon associé a un tres bon post sur le sujet :
    ulik.typepad.com/elrude/2…

    Ce qui nous ramene au problème de l’identité virtuelle :
    ulik.typepad.com/leafar/2…

    C’est une excellente discussion … i’m an happy man.

    PS: l’agora des livres est aussi une bonne solution !

  6. andras dit :

    Je ne vais pas à la vitesse des blogs … et puis j’ai un peu l’esprit de l’escalier, pardonnez-moi !
    @bibliobsession : j’avoue, j’ai un peu caricaturé ta position sur le sujet. Pour le reste, entièrement d’accord avec toi : il y a un véritable champ de réflexion et d’expérimentation concernant ce que va devenir le rôle de médiateur des bibliothécaires du fait de l’émergence de plateformes d’échange entre lecteurs comme celles de L’agora des livres, de zazieweb (et de quelques autres ;-)). Je pense que ce rôle, loin de diminuer, devrait se renforcer, mais à cela, je vois 2 conditions :
    – que ces plateformes laissent une place *bien identifiée* à ces médiateurs
    – que certains bibliothécaires veuillent bien "tenter l’expérience" avec certaines de ces plateformes. Si ça marche, ces pionniers sauront entraîner les autres.

    Personnellement, avec l’Agora des livres, je travaille au premier point, et je suis volontaire (avec qui le souhaite) pour le second point !

    @leafar : effectivement, le post de ton associé est pile en phase avec ce que je disais plus haut. "Les grands esprits …" ;-)

    Et finalement, aiguilloné par cette discussion je l’avoue, je me suis décidé à mettre en place sur l’Agora un truc que j’avais dans mes cartons depuis un bout de temps : une vitrine des tout récents coups de coeur des agoriens. C’est en page d’accueil ici :
    http://www.agoradeslivres.com , dans la colonne de droite. En plus des notes attribuées par les lecteurs à leurs livres, je prends en compte la "rareté" du livre dans la base. C’est un choix éditorial pour favoriser les livres moins connus que d’autres. Et en passant la souris sur la couverture, s’affichent à la fois le titre du livre ET la personne qui l’a lu et aimé. On respecte donc le principe du "Qui recommande ?"
    A vous de me dire si ce type de recommandations (ou faudrait-il plutôt parler ici d’incitation) va dans le bon sens.

  1. 8 février 2008

    [...] grâce à librarything (tags, suggestions et autres à venir) sur le blog de Xavier Gallaup ; Quels objectifs pour les recommandations ? sur le blog de bibliobsession [...]

  2. 8 avril 2008

    [...] la question des objectifs des recommandations se pose, nous nous gardons la possibilité de “thématiser les recommandations” en [...]

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