Quelles communautés virtuelles liées aux bibliothèques?



Je m’interroge en ce moment sur le thème des communautés virtuelles. Qu’est-ce qu’une communauté virtuelle? Comment les créer ou y participer? Quelles sont leurs règles de fonctionnements? En bon bibliobsédé, je me demande bien sûr si une bibliothèque peut proposer un ou des sites qui soient le support de communautés virtuelles, et surtout à quelle échelle territoriale, administrative et géographique cela peut se faire. Aujourd’hui, à ma connaissance, il n’existe pas de véritable plateforme d’échange 2.0 gérée et crée par une bibliothèque. Cette question était un des objets de la
petite synthèse que j’avais faite en novembre (et qui depuis se propage joliement : vue + de 5000 fois sur Slideshare!)

Pour être très clair : au-delà de la médiation numérique des contenus et des réponses aux demandes des internautes, sera-t-il possible que les bibliothèques créent et "organisent l’interaction" sur des Opac 2.0 avec des internautes par différents moyens (que j’avais essayé de repérer en novembre dernier) ?

Les internautes (lesquels?) suivront-ils des initiatives institutionnelles? Ne vaut-il pas mieux tisser des liens avec des communautés déjà existantes comme zazieweb, critéo, l’agora des livres, mais aussi Readme.CC ou U.[lik])? Qui l’initie en France? Comment?

Car n’oublions pas que la plus emblématique et la plus importante communauté virtuelle (en taille) de lecteurs est peut-être Librarything  aux Etats-Unis… et qu’elle n’est pas née de bibliothèques, alors qu’elle joue le rôle d’outil de mise en valeur à très très large échelle (plusieurs millions de Notices, des milliers de membres…et des renvois vers des bibliothèques via worldcat.)
 
Sans prétendre creuser plus avant la question aujourd’hui je voudrai vous livrer ces quelques lignes sur les communautés virtuelles tirée d’un texte de Luis Ángel Fernández Hermana, et dont l’intégralité est disponible sur l’excellent vecam.org (dans ce texte CV veut dire Communauté virtuelle, je le précise parce que ça m’a perturbé au début..) 

La CV crée, finalement, un espace virtuel pour l’apprentissage informel, un environnement que nous ne pouvons rencontrer dans le monde réel. Il ne s’agit pas de processus d’apprentissage spéculatif ou intellectuel. Ce qui est déterminant est l’action collective, dans laquelle se partagent l’information, la connaissance et l’expérience, d’une manière plus ou moins formalisée, plus ou moins consensuelle. Les réflexions partagées et la méthode de travail dans un espace virtuel commun font se manifester des éléments de connaissance dispersés, qui se socialisent, s’échangent, se combinent pour engendrer une connaissance opérationnelle. Les CV mûres ou complexes sont également appelées Réseaux intelligents, pour les raisons suivantes :

 leur contenu est lié à des objectifs concrets (intelligence du projet) ;

 leur contenu ne réside pas seulement en ce que savent certains de leurs membres mais dans la génération et la gestion collective de la connaissance qui intéresse la CV (intelligence du travail en collaboration)

 leur contenu dépend de l’ouverture du collectif vers les autres réseaux, pour échanger information et savoir, que ces réseaux soient ou non dans la même organisation. (intelligence des interactions en réseau.)

 la difficulté objective pour construire une religion de la CV au sens étymologique du terme, c’est-à-dire « relier » l’activité exercée dans l’espace virtuel avec ce qui se passe dans le monde réel. Cette difficulté persiste même quand se manifeste dans ce dernier l’émergence de mouvements sociaux organisés en réseaux. Cette difficulté porte atteinte à la construction du concept même de « valeur », qu’il soit pris dans son sens politique, économique ou culturel, puisque, en réalité, « vapeur » s’appliquerait mieux à notre époque. De mon point de vue la CV exprime clairement ce caractère diffus et s’en fait même le porte parole.

Le point précédent est crucial car il est lié au transvasement qui peut se faire entre les activités d’individus en CV aux caractéristiques et aux propos différents et une activité hors réseau qui instaure un modèle d’organisation sociale basée sur des principes d’autogestion et d’auto organisation. Parfois, vouloir appliquer la même échelle de valeur entre l’une et l’autre, entre le virtuel et le réel, nous fait perdre de vue jusqu’à quel point ce que nous pourrions appeler « philosophie de la CV » sur le plan organisationnel (auto organisation, autogestion, transparence des comportements, registre historique ouvert à la consultation et à la dissémination de ses contenus, etc..) permet actuellement des relations sans fin, à toutes les échelles : individuelles, professionnelles, d’entreprises, gouvernementales et non gouvernementales (ONG), institutionnelles, citoyennes, etc.. Ceci ne signifie pas, bien entendu, qu’un transvasement automatique des formes organisatrices de la CV au monde réel se produise nécessairement. Il en va de même pour les formes organisatrices du monde réel qui entrent immédiatement en tension et en conflit quand on prétend les imposer dans le monde virtuel comme manière d’atteindre des buts par l’interaction et le travail collectif.

La typologie des CV est illimitée, en fonction de leur simplicité de construction et de développement : un objectif explicite, un groupe de gens qui se mettent d’accord pour développer cet objectif au moyen d’échanges, une méthode de travail (qui inclut une possibilité de modération), un espace virtuel organisé (qui va de la liste de diffusion jusqu’aux environnements virtuels hautement organisés, avec services d’assistance à la communauté, consultants, matériaux additionnels obtenus sur le web, références bibliographiques, connections à d’autres réseaux ou CV, chercheurs de matériaux générés par la CV, etc), des dossiers transparents avec différents degrés d’organisation.

De plus, le territoire susceptible d’être colonisé par une CV ne connaît pas de limites : des groupements spontanés ou plus ou moins animés dans des cadres ouverts à ceux qui s’organisent en entreprises et institutions ; dans les relations entre citoyens ou entre ceux-ci et les administrations publiques ; dans les cadres professionnels ou de loisirs ; pour ceux qui poursuivent des objectifs sociaux, économiques, culturels ou scientifiques ; tout cela entretient une immense diversité de critères concernant la provenance ou les caractéristiques des nouvelles CV. En réalité, comme nous l’avons dit plus haut, nous parlons d’une cellule de base de production d’information et de connaissance dans la société de la connaissance, c’est pourquoi nous insistons sur les traits politiques de ce type de production tel qu’il se déroule dans les CV.

Au caractère illimité de la typologie des CV s’ajoute un autre facteur : son gouvernement. Une question posée depuis les règles diffuses des premiers BBS proposant des CV organisées par thèmes, au début des CV relatives aux technologies et aux programmes informatiques permettant de créer et faire fonctionner des CV dans l’espace virtuel du réseau, jusqu’aux CV d’une plus grande complexité, dont le règlement intérieur préfigure les éléments avancés d’auto gouvernement, de consensus démocratique et d’une nouvelle approche de la politique à travers un contexte délibératif implicite qui émerge fortement dans les moments critiques du fonctionnement d’une CV.

Le modérateur a joué un rôle historique essentiel dans ce gouvernement de la CV. Celui-ci émerge progressivement comme une figure neuve parmi les modèles de coopération asynchrone et d’auto organisation de ce qui, sinon, tendrait au chaos par accumulation.

Le modérateur, s’il est armé d’une méthodologie de travail claire, est une des rares personnes de la CV qui peut influer sur sa qualité, son rythme de fonctionnement et la tonalité des échanges.

En définitive, la société de la Connaissance se construit sur la capacité de créer, traiter et transmettre information et connaissance. Cette capacité implique une nouvelle perception – ou conjugaison – de mots comme productivité, efficience et rentabilité des savoirs. L’organisation en Communauté Virtuelle tend à optimiser la création, la gestion et la diffusion de la connaissance collective, considérée comme résultat des pratiques des membres, ce qui suppose une augmentation de la liberté d’action de chacun d’entre eux.

24 avril 2006

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