Pour une médiation numérique dans les Bibliothèques Les bibliothécaires: superhéros de l’âge de l’information
mar 22


Signalé par Pintiniblog et par biblio-fr, le rapport du Projet Université Numérique en Région Bretagne (PUNRB, en pdf ici) me semble très intéressant notamment par son positionnement centré sur les attentes de l’usager. De quoi s’agit-il?

 [D'une] Expérience de mise à disposition d’un fonds de livres électroniques en français, commun aux Services communs de documentation des universités de Rennes-1, de Rennes-2, de Bretagne-Sud (Vannes-Lorient), de Bretagne Occidentale (Brest), et de l’IUFM de Bretagne, à destination des étudiants de Licence et Master, et, d’autre part, la base d’un observatoire des pratiques universitaires en matière de livres électroniques.

Il n’est point question ici de faire une synthèse de ce projet, mais juste de pointer le fait que le choix de ces professionnels qui ont longuement étudié la question et qui souahitent aller dans le sens de nouveaux usages et de nouvelles offres numériques pour leurs publics refusent en particulier le modèle sur lequel repose Numilog. Pourquoi?

En substance:

 Initialement retenu comme partenaire potentiel du projet UNRB, Numilog a été écarté principalement en raison de son modèle de prêt électronique. Certes, NetLibrary le propose également, mais de façon totalement optionnelle. C’est d’autant plus regrettable que Numilog offrait des contenus plus intéressants et plus variés, notamment en lettres et en sciences humaines et sociales. A côté du prêt électronique, son modèle présente deux inconvénients majeurs pour l’UNRB : d’une part l’impossibilité de la mise en commun des ouvrages entre les SCD, selon les termes des contrats passés avec les éditeurs ; d’autre part la restriction de l’usage et de l’accès aux ressources en cas de désabonnement à la plate-forme de l’agrégateur : les fichiers sont verrouillés par un système de gestion des droits numériques (DRM) qui rend problématique l’archivage, et ne peuvent être consultés que sur un nombre très limité de postes dans chaque institution, sans autorisation de dépôt sur un serveur commun. L’enquête SDTICE sur le prêt électronique réalisée en 2006 légitime d’une certaine façon le choix de l’UNRB. Au coût annuel de la plate-forme, qui apparaît assez élevé, s’ajoutent d’autres contraintes : le téléchargement lié au prêt d’ouvrages ne peut s’effectuer que sur un poste à la fois, ce qui s’accorde assez peu avec le concept de « lecture nomade » ; la recherche en texte intégral se limite au titre consulté, pas à l’ensemble du catalogue ; des fonctionnalités sont exclues par le système de DRM comme la copie d’extraits.

A l’heure du tout numérique, le prêt électronique d’ouvrages semble un anachronisme. Le public universitaire est habitué à consulter les bases de données et les revues en ligne de manière illimitée, dans le temps et en nombre d’accès. C. Forestier observe justement que les éditeurs qui publient directement en ligne leur catalogue de livres électroniques sans passer par un agrégateur ne recourent aucunement au système du prêt électronique. Il ne faut donc pas fixer une période de prêt mais laisser à l’usager le loisir d’être connecté aussi longtemps qu’il le souhaite. Numilog justifie son modèle en invoquant l’exigence, de la part des éditeurs, d’un niveau suffisant de protection des fichiers.

Voilà une position saine et pragmatique, que je soutiens pour ma part, car les pratiques de "nos" publics susceptibles d’être intéressés par ce type d’offre n’ont aucune raison d’êtres différentes du public universitaire de Bretagne… L’offre de Numilog, actuellement proposée aux bibliothèques publiques via CAREL ne me semble pas adaptée à la demande (dans l’état actuel). Sans développer plus sur ces questions, je vous renvoie aux enjeux des fichiers chronodégradables dans le domaine de la musique, au risque de m’autociter ce qui peut agacer certains mais qui n’est finalement rien d’autre qu’une saine recommandation dont la fréquence reste mesurée ;-) en particulier vers l’article sur les DRM et les problèmes soulevés par le positionnement d’entreprises comme Ithèque

Précision apportée plus loin dans le rapport :

En éliminant d’emblée le système de prêt électronique proposé par Numilog, l’UNRB 2.4 a exprimé son refus d’un modèle qui limite la durée de consultation des ouvrages. En revanche, l’accès peut être limité ou illimité en nombre de connexions simultanées. Ainsi, l’UNRB dispose de 5 accès simultanés pour l’ensemble des Mémentis Lefebvre et de 2 accès pour chaque titre de la collection NetLibrary. Ce nombre peut sembler insuffisant rapporté au nombre total d’utilisateurs au sein des établissements de l’UNRB. Toutefois, les différentes études menées sur les usages du livre électronique montrent que la durée moyenne de consultation d’un livre électronique par usager n’excède pas 15 minutes (1). Le nombre d’accès pourrait cependant être augmenté à l’avenir s’il s’avérait insuffisant.

Il s’agit donc d’affirmer haut et fort que ce qui vaut pour le prêt physique (le prêt/téléchargement à l’unité, limité dans le temps) n’est pas valable pour le numérique (logique du droit d’accès à une base)

De manière plus globale, je vous invite vraiment à lire l’intégralité de ce document (pdf) et à vous rendre sur la page dédié sur le site de l’Université

En tout cas, de mon côté je dis bravo ce projet innovant et constructif si poétiquement nommé "action 2.4"…ce qui peut-être un subtil stratagème pour, sous couvert d’un intitulé moche et administratif, de se situer au delà du 2.0…!



 

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10 Responses to “Le prêt électronique d’ouvrages est un anachronisme.”

  1. Mercure Says:

    Pourquoi jeter le bébé avec l’eau du bain ???
    1. Numilog et autres plateformes ont le mérite d’exister, de faire une offre marchande, ce dont sont bien incapables tous les autres acteurs du marché et les partenaires institutionnels. Respectons-les
    2. Les étudiants, ce n’est pas le publics des BM : leur demandes et leurs choix ne sont pas ceux des publics de bibliothèques.
    3. S’il n’y a pas expérimentation, comment choisir le bon modèle ?

    Parlons-en dans les projets de biblioblogueurs
    ;-)

  2. bibliobsession Says:

    Mercure, je suis d’accord avec toi pour dire que leur offre a le mérite d’exister, mais nous avons aussi la possibilité de les critiquer. (cf ithèque et consorts). ça ne me semble pas manquer de respect à Numilog de dire que leur leur offre ne correspond pas à ce que je perçois de la demande. Maintenant, j’ai précisé “dans l’état actuel” et une offre commercial peut toujours évoluer, elle le doit même pour survivre. Je ne prétend pas avoir la vérité mais il me semble que le positionnement de ce projet bretons est révélateur. D’ailleurs, en tant qu’acheteur public c’est notre fonction aussi d’analyse le marché et de choisir non? d’ailleurs; une phrase du même document le montre : “Depuis, Numilog a annoncé le lancement en 2007 d’une offre parallèle de consultation en ligne d’ouvrages sans procédure de téléchargement.”

  3. raybaja Says:

    J ai acheté voila qq semaines un PDF chez Numilog
    Malgré plusieurs tentatives, j’ai été incapable de l’ouvrir et j’ai été remboursé
    Le DRM utilisé est selon moi détestable

  4. guillaume Says:

    Bonjour,
    Merci Mercure de défendre notre travail.
    Bibliobsession je ne m’attends pas à ce qu’un opposant farouche aux DRM défende notre modèle mais comme Mercure je vous invite à faire preuve d’un peu plus de discernement. Voici une partie de la réponse de Numilog lors de l’enquête SDTICE que vous citez (je vous invite à lire l’intégralité de cette réponse sur le site de Couperin):
    "En ce qui concerne l’accès illimité, c’est une question intéressante de modèle commercial, qui ne concerne toutefois pas les usagers, sauf de manière un peu démagogique, mais les responsables des budgets d’acquisition numérique. Les modèles de Numilog et de Netlibrary permettent tous les deux aux bibliothèques de constituer des collections titre par titre, à des prix souvent inférieurs à ceux des livres imprimés dans le cas des livres français, et avec des budgets maîtrisables en fonction des moyens de chaque établissement. D’autres modèles, que nous proposerons peut être dans l’avenir si la demande est forte, supposent d’acheter uniquement des collections négociées en accès illimité au prix de "big deals" qui ne sont pas souvent à l’avantage des bibliothèques : en d’autres termes, notre modèle commercial permet d’éviter ce qui est reproché vivement à certains gros éditeurs de revues scientifiques anglo-saxons. Je m’étonne que vous en ayez la nostalgie.
    En ce qui concerne les mesures de protection ou "DRM", c’est une question de droit : les auteurs et les éditeurs souhaitent protéger leurs contenus des risques de reproduction illicite ou de copiercoller, en offrant toutefois en général des droits d’impression au moins aussi importants que les droits de photocopie mais bien plus faciles à utiliser, reconnaissons-le. Ces mesures de protection sont aujourd’hui définies légalement par la loi DADVSI. Sans elles, aucun contenu numérique récent ne serait jamais proposé aux bibliothèques."
    Cordialement,
    Guillaume
    Numilog.com

  5. bibliobsession Says:

    D’abord, je ne critique pas votre travail en soi, mais le choix de votre modèle, ce qui n’est pas exactement la même chose. Vous avez raison de pointer la différence entre acquérir des accès et acquérir des titres. Le fait est qu’aujourd’hui nous sommes (nous professionnelsde l’info-doc) face à un choix, c’est à dire soit restreindre l’usage titre par titre avec des DRM, comme les majors de l’industrie musicale l’ont fait et en sont revenues (de manière spectaculaire (même steeve Jobs…), et pragmatique : on vend mieux sans DRM), soit promouvoir d’autres modèles économiques du côté de l’accès, au risque pour nous d’être dépendants des fournisseurs de contenus pour les évaluations de l’usage, l’archivage et le choix des bases.

    Le fait est que la demande des usagers est du coté de l’accès et que finalement ce choix n’en est pas un sauf à aller contre les pratiques de nos usagers. Il y a quand même un paradoxe de votre part à défendre les DRM et l’accès titre par titre alors que vos conccurents proposent des modèles de l’accès et que vous même comptez vous y mettre non? Ceci dit, je sais aussi que ce sont les ayants droits et les éditeurs qui imposent un certain nombre de contraintes aussi. Encore une fois, au risque de me répéter, le droit d’auteur sont un équilibre entre les conditions de production et de diffusion des idées, et aujourd’hui les DRM représentent une situation de déséquilibre au profit des ayant-droit. (on sait bien qui a eu intérêt à la promotion des DRM et les ont amenées à l’agenda politique avec DADVSI)

    L’accès ne règle pas tout, mais au moins il permet à nous autre diffuseurs et aux usagers de de proposer des offres sécurisées. En tout cas, PUNRB montre bien les difficultés (réticences?) qu’ont les éditeurs à se positionner sur le numérique, alors que ceux qui mettent aujourd’hui à disposition leurs fonds constatent une augmentation des ventes…Il s’agit bien d’une question politique tout autant qu’économique. Je ne suis pour ma part, inquiet de ce dit ce projet PUNRB qui indique que le SNE espère un soutien de l’état pour les coûts de numérisation, alors que des firmes étrangères (google pour ne pas les citer) numérisent à tour de bras, même si cela pose des questions aussi. Le fait est que de se retourner vers l’état montre que le secteur est inquiet et peu volontaire pour investir. Pourtant économiquement le numérique est un secteur dans lequel l’édition a à gagner. Si les éditeurs s’y mettent, il sera alors possible pour nous bibliothécaires de proposer des offres plus intéressantes et étoffées que ce qui existe actuellement. Cordialement

  6. Clolo Says:

    Cher Bibliobsédé, je ne suis pas d’accord du tout (pour une fois) : En bonne normande je dirais ça dépend des utilisateurs !
    J’ai déjà parlé dans mon blog de l’expérience de la Bibliothèque Numérique pour le Handicap (klog.hautetfort.com/archi… avec Numilog justement et je trouve que dans ce cas, et pour ces publics, le projet est justement super.
    Ensuite, on ne peut pas comparer Ithèque et Numilog. Le mérite de Numilog c’est de proposer un modèle économique viable pour les éditeurs, et au moins ça fait avancer la réflexion sur le sujet, même si ce n’est pas encore parfait.
    Et enfin, il ne faut pas être aussi fermé aux DRM. J’ai testé le modèle de Numilog et j’ai moi aussi téléchargé un fichier pdf chronodégradable sous DRM et je trouve ça très bien en tant que lectrice, je n’ai eu aucun problème, et j’ai pu transférer mon bouquin sur mon portable et en faire la lecture tranquillement pendant les 3 semaines de "prêt" virtuel. Ce genre de système me satisfait pleinement en tant qu’utilisatrice, point de vue à ne pas oublier dans l’histoire….

  7. bibliobsession Says:

    Chère Clo-lo, encore heureux que tout le monde ne soit pas d’accord! ;-) c’est vrai que je n’avais pas cité le projet BNH mais c’est vrai que les usages et le public sont spécifiques. Je connais un peu Alain Patez qui a lancé le projet très très tôt quand on ne parlais même pas de DRM au tout début des e-book…ce projet était vraiment novateur à son lancement et il a été recentré sur les publics handicapé, précisément parce que l’offre tarde à décoller vraiment et à dépasser des usages de niches. Je ne me situe pas seulement contre les DRM sur le plan de l’utilisateur (et pas en référence à ma seule expérience, non représentative) mais aussi sur un plan plus général. Sans développer plus avant ici je vous renvoie à la conférence de Hervé Le Crosnier qui aura bientôt lieu à l’ENS le 29 mars et sera diffusée en ligne à cette adresse: http://ecole-ouverte.ens-lsh.fr/article.php3?id_article=750

  8. Mercure Says:

    eh ben !
    je ne défends ni les uns ni les autres, je me contente d’analyser les offres commerciales comme des modèles expérimentaux.
    On est loin d’avoir développé tout le potentiel du livre numérique : les vidéos, les schémas, les exercices (pour la formation), le multilinguisme (comme le DVD), la version audio, etc… : pensez à des pièces de théatre, lues, jouées, à lire, à voir ….C’est ce qui me paraît à terme le PLUS intéressant . Il faut forcer la frilosité des éditeurs et trouver des "libraires" qui risqueront ; j’observe que l’exemple de Numilog devrait permettre ces développements et à ce titre je me pose la question de la taille critique (en même temps que celle de la concurrence) pour y arriver : dans une bibliothèque, pour des bibliothèques, pourquoi pas ?

  9. bibliobsession Says:

    Pour info, le billet d’aujourd’hui de Marlène relate l’abandon d’un périodique imposant les DRM au MIT…http://marlenescorner.blogspirit.com/archive/2007/03/22/pas-de-sae-au-mit.html

  10. Bibliobsession 2.0 » Lettre ouverte à Gérard Pelletier, vice président d’Ithèque Says:

    [...] s’assimilent à un prêt de document. C’est faux. Les pratiques ne sont pas les mêmes, on ne prête par un CD comme on prête un fichier numérique. Dans un cas le bien est rival et dans l’autre non. Les fichiers que vous proposez sont en [...]

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