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Naviguer dans la longue traîne nécessite des médiateurs

Je suis particulièrement ravi de vous recommander cet article de Daniel Kaplan sur la longue traîne publié par l’excellent Internet Actu.

Ma première rencontre avec le web 2.0 date de la traduction de l’article fondateur de Chris Anderson.
C’était le 12 avril 2005 (2 ans presuqe pile poil). Ce fut un choc et une évidence : désormais ce que de confidentielles lois bibliométriques avaient démontré ont trouvé dans la Longue traîne une expression économique limpide. Un modèle était né, repris, traduit et théorisé par Chris anderson sur son blog puis dans  son livre (à paraître en français). J’ai réalisé que, pour la première fois dans l’histoire, l’offre des bibliothèques entrait dans le champ du marché. Les collections, les données bibliographiques, les accès et même les lieux représentent désormais une valeur économique. (c’est ni bien ni mal, c’est comme ça c’est tout, on fait avec)



Depuis, comme le rapelle Daniel Kaplan, les chiffres de la longue traîne ont été révisé, ce n’est plus 50% du CA des grands distributeurs de produits culturels qui constitue les niches de la longue traîne, mais entre 20 et 25%, comme l’indique le schéma ci-dessus.

L’article que je vous invite à lire prend acte de ces révisions de l’enthousiasme initial et tempère l’efficacité économique du phénomène. Qu’à cela ne tienne, Guillaume Champeau et Daniel Kaplan soulignent avec raison l’importance de la diffusion et de la médiation de ces contenus…

la diversité musicale n’est pas le produit mécanique de la numérisation et de la mise en réseau, mais celui de la diversité de l’offre, de la multiplicité des canaux et des formes d’exposition des œuvres, ainsi que de l’existence de relais et médiateurs, professionnels ou amateurs.

Car le changement principal introduit par les effets de réseaux ce n’est pas un changement de modèle économique, mais c’est un changement médiatique, au sens de la necessité de médiation entre les producteurs de contenus et tout ceux qui souhaitent découvir des oeuvres ou obtenir une information ciblée…

L’important ce n’est la longue traîne soient rentable pour nous autres, mais c’est de réaliser le rôle essentiel de la navigation dans les contenus auxquels nous donnons accès, en particulier ceux de la longue traîne. Cela passe par des conseils, des recommandations, des coups de coeurs, etc. Le bibliothécaire est l’un des maillons de la chaîne qui offre l’accès et peut guider dans cette offre, il n’est pas un prescripteur (on prescrit des médicaments….pas des oeuvres), il organise des interactions entre une offre et une demande documentaire, il rend possibles des parcours de découvertes.

Ce qui m’avait enthousiasmé et que j’avais essayé de présenter en 2006 n’est que confirmé; nous autres Bibliothécaires avons un rôle à tenir en tant que médiateurs, un nouveau champ s’ouvre, c’est celui de la médiation numérique des collections. A nous de nous en saisir!


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Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

  • http://sophiebib.blogspot.com/ Sophie

    Enfin !

  • bibliobsession

    Enfin quoi???

  • http://sophiebib.blogspot.com/index.html sophie

    c’était un compliment déguisé. Ce billet tombe à pic, il fait le point et nous renforce dans nos convictions, du moins les miennes ;-)
    Merci

  • bibliobsession

    Alors merci! ;-)

  • http://www.lahary.fr/pro Dominique Lahary

    "J’ai réalisé que, pour la première fois dans l’histoire, l’offre des bibliothèques entrait dans le champ du marché."

    D’accord avec la fin de la phrase, pas avec le début.
    Pour moi Internet révèle (parce qu’il l’exacerbe) une réalité préexistante : l’offre des bibliothèques est objectivement une composante de l’offre globale. C’est donc un élément du marché (même si ce n’est pas une offre commerciale : il ne faut pas avoir une vison uniquement marchande, si j’ose dire, du marché).
    C’est ce que j’ai voulu exprimer dans "Bibliothèque et concurrence : par quel(s) bout(s) prendre la question ?"editionsdelabibliotheque….
    et plus récemment dans "Le rôle du bibliothécaire à l’âge de l’accès"
    http://www.lahary.fr/pro/2007/le...
    où je place la bibliothèque du côté de la rareté (fondement de l’économie classique) en me demandant comment elle peut faire mouvement vers l’abondance (la nouvelle économie émergente ?).

    … notamment par la médiation numérique, comme vous le soulignez dans ce billet !

    Dernier commentaire : la médiation numérique n’est pas la seule entrée possible de la longue traîne en bibliothéconomie. Si celle-ci renvoie à des problématiques bibliothéconomiques classiques (loi de Bradford…), comme le souligne Jean-Michel Salaün (blogues.ebsi.umontreal.ca… c’est aussi qu’elle concerne la fourniture de documents physiques, que vous abordiez dans votre billet du 13/11/2005 (bibliobsession.free.fr/do… Pour moi, satisfaire la longue traîne est de la responsabilité des bibliothèques et n’est possible qu’en réseau (avec déplacement des usagers et/ou des documents). Plus que jamais nous sommes au pied du mur pour y faire face (mais pas tous seuls, avec la librairie bien sûr).