Géolocaliser les usagers inscrits à la bibliothèque sur google maps

La bibliothèque de Fresnes teste en ce moment la géolocalisation des usagers inscrits sur une carte google maps pour le territoire du Val de Bièvre. Voici comment le projet est présenté par Pierre Bournerie, bibliothécaire-développeur à Fresnes (hé oui ils ont de la chance d’avoir ces compétences, incarnées dans l’indispensable Pierre qui est musicien aussi, tssss quand on vous dit que les bibliothécaires ont des talents cachés). Vous verrez les explications sont assez techniques (j’y comprends rien du tout moi, mais comprenne qui pourra, comme on dit)

J’ai développé à titre expérimental un module utilisant les APIs Google Maps, et renseignant le nombre d’inscrits à la bibliothèque par commune de la communauté d’agglomération du Val de Bièvre. Le résultat est visible ici : http://bm.fresnes94.fr/BibChantier/tgm3JS
IMPORTANT : il faut savoir que dû à des limitations en termes de requêtes à distance à la base « Universe » du SIGB actuel, il n’est possible de récupérer que le nombre total d’inscrit par commune, et pas les emprunteurs actifs, ce qui serait plus parlant.
En bref, la technique consiste à dessiner un « overlay » (couche) via « google earth » et à le sauvegarder en tant que fichier au format KML (format xml propriétaire de google –> Keyhole Markup Language), qui devient dès lors un fichier d’échange de données géographiques. Ceci nous donne les coordonnées des « bordures » des frontières des villes. Cette opération est extrèmement chronophage, c’est pourquoi je ne l’applique pas encore aux ilots. Le fichier « KML » sera ensuite modifié pour y inclure des balises <style> qui définiront le mode de remplissage, la couleur et la transparence des overlays.
Lorsque l’internaute ouvre la page, une requête est faite sur le serveur Universe, et le fichier KML est modifié à la volée en ce qui concerne la couleur (un algorithme assez simple va calculer la couleur en fonction du nombre d’inscrits).
Le reste du code est issu des APIs Google Maps, est écrit en JavaScript et va gérer l’affichage du chbinse.
NOTES :
A propos du format KML, il faut savoir que ce dernier est devenu un standard géré par le Open Geospatial Consortium, Inc. (OGC). plus d’infos ici : http://code.google.com/apis/kml/documentation/kmlreference.html

Il s’agit à ma connaissance de la première tentative d’intégrer les données issues d’un SIGB à Google Maps. C’est vrai aussi que de plus en plus de communes ont remplacé les bons vieux cadastres par des Systèmes d’information géographiques permettant de mieux appréhender les territoires.

La question est : les bibliothécaires font-il la démarche de collaborer avec les services d’urbanisme pour essayer de mesurer, par exemple, la « zone d’influence » de la bibliothèque à partir des inscrits par rapport à la population à desservir? (ok ça jargonne un peu là, désolé). Bien sûr il manque toujours à ce type d’étude une représentation des personnes qui fréquentent sans être inscrits pourlequels il est possible de recueillir des données en faisant par exemple des semaines-tests. Aux esprits inquiets de l’usage des données personnelles que cela implique, on rappellera, encore une fois, que ces données sont anonymes, que les adresses ne sont pas exactes mais par « ilôts » (pour l’instant) et que le traitement de données à des fins d’étude statistiques est autorisé par la CNIL. La preuve dans l’article 2 de la NORME SIMPLIFIEE, DELIBERATION N° 99-27 du 22 avril 1999:

Les traitements doivent avoir pour seules fonctions :
– de fournir des informations individuelles pour la gestion financière des prêts et la récupération des ouvrages ou supports prêtés ;
– d’éditer des états statistiques dépersonnalisés pour les besoins de gestion et d’amélioration des services rendus (nature des ouvrages les plus souvent consultés, nom des oeuvres et des auteurs ou références des documents d’archives, etc.)

En tout cas, aux USA on a compris depuis très longtemps l’intérêt des SIG pour l’analyse des populations sur les territoires desservis par les bibliothèques. J’avais présenté en effet le projet Geolib de l’université de Floride en 2005 et le projet date de 2002! Voyez par vous-mêmes la richesse des informations qui sont proposées sur la population locale.

En France, rappelons comme l’avait annoncé Bibliofrance que les données de l’INSEE sont géolocalisées, ce qui peut permettre à défaut d’une étude d’impact, une analyse géographique fort utile du territoire dans lequel s’inscrivent nos bibliothèques.
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Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

9 Responses

  1. Cécile dit :

    Bonjour,
    Merci! Je crois que Nanterre a réalisé le même travail avec le SIG de la ville en rapportant le nombre d’inscrits à chaque adresse du fichier électoral.
    Cela donne une représenation des inscrits en patates distribuées sur les artères de la ville. Impressionnant car l’exercice distingue chacun des équipements de LP de la ville. On voit alors précisément les zones de chalandise de chacun des équipements.

  2. Oui, mais ce n’est pas vraiment une tentative d’intégrer les données issues d’un SIGB à Google Maps, parce que les 2 outils ne se branchent pas vraiment l’un sur l’autre. Pierre a tout fait à la main : il a récupéré les données de son SIGB à la main. Il a fait le détour des communes à la main… etc. Tout est fait à la main. C’est bien. Ca montre quelque chose du territoire…. Mais on n’est pas du tout dans des données qui se parlent. Et c’est justement là, le problème.

  3. Karakorom dit :

    Moi-même bibliothécaire à Montréal (Canada), je trouve cela très intéressant mais je me pose une question concernant l’information que vous utilisez…Demandez-vous l’autorisation des usagers ? Ici, il serait impensable d’utiliser une quelconque information provenant du dossier de l’abonné : protection du domaine privé oblige…
    Qu’en est-il en France ?

  4. @Karakorom : la réponse est dans mon billet…En France l’usage des données est régulé par la CNIL, Commission Nationale informatique et libertés.

  5. B. Majour dit :

    @Karakorom

    Sans utiliser les données nominatives, ni même les numéros des adresses, on peut jouer sur le nom des rues, et même les découper en quartier.

    C’est un projet que j’ai sur ma propre commune. Puisque j’ai une carte communale (style : ABCD, 12345), je vais bientôt découper la liste de nos inscrits rue à rue pour savoir dans quels quartiers la bibliothèque n’est pas ou peu connue.

    Ce sera à usage interne, mais ça me donnera une idée des endroits à mieux prospecter. Ceci sans toucher au « privé » de l’usager : son anonymat sera respecté.

    Mais je pourrais envisager un meilleur service vers ceux qui ne sont pas « encore » touchés par notre affichage.

    Bien cordialement
    B. Majour

  6. Karakorom dit :

    @B. Majour

    Effectivement, l’idée est très intéressante dans un but de promotion dans les « régions » où la proportion d’abonnés est plus faible. Dans le contexte de la bibliothèque pour laquelle je travaille, ça serait un peu complexe (nombre d’abonnés « trop élevés » et étendus sur toute la province du Québec) de faire se genre de couplage d’info mais je comprends très bien la pertinence. Et je sais que nous ici, nous sommes très « frileux » face aux données « privées »…
    Mais beau projet, peut-être seront-nous influencé par ce genre de projet!

  7. ddp30 dit :

    Bravo à Pierre. Il nous a devancé de quelques mois. Pensées très amicales à toute l’équipe de la bibliothèque de Fresnes.

  8. Pierre dit :

    Précisions :

    A chaque visite une requête est envoyée à la bdd du SIGB, et le résutat est généré dynamiquement… le nombre d’inscrits par commune est visible en cliquant sur la représentation des communes, et il devient possible d’en apprécier l’évolution entre chaque visite.

    Plus généralement, il faut bien comprendre que le SIGB n’est pas « branché » directement à google maps, mais on pourrait modéliser se qui se passe en 2 étapes :

    1) un internaute visite la page, une requête sur la bdd (base de données) est envoyée par le serveur web sur le serveur bibliographique et le fichier KML est modifié en dur sur un espace disque spécifique est sécurisé en conséquence. La requete ne concerne alors que le nombre d’inscrits par commune et aucune donnée personnelle ne transite.

    2) les apis google maps prennent la main côté client (c’est important) et récupèrent le fichier KML modifié précédemment. Et les seules données auxquelles il a alors accès sont des chiffres représentant le nombre d’inscrits par commune.

  1. 21 juillet 2008

    […] de Fresnes de connaître son aire d’influence dans tout le Val de Bièvre. Vous pouvez lire l’article du blog Bibliosession 2.0, mais, je vous préviens, il est un peu […]

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