Les bibliothèques participatives restent à inventer !

Patrick Bazin lors au Salon du livre de l’année dernière avait fait une remarque très juste en affirmant qu’un des principaux défis de l’avenir pour les bibliothèque est la participation des usagers. Attention je ne parle pas de participation au sens des commentaires ou des tags dans l’OPAC mais d’une participation proche du sens que lui donne le concept controversé de « démocratie participative » :

La démocratie participative est un modèle politique alternatif. Il recouvre des concepts permettant d’accroître l’implication et la participation des citoyens dans le débat public et la prise de décisions politiques qui s’en suit.

Il est clair que nous sommes interrogés aujourd’hui sur notre capacité, au même titre que bon nombre d’institutions publiques, sur la manière d’élaborer nos services et nos contenus de manière collaborative. Il me semble que nous devons nous interroger sur ces enjeux (et trouver des réponses) à l’échelle de la bibliothèque.

Car la « bibliothèque 2.0″ n’est pas seulement la bibliothèque qui proposera des interfaces innovantes, des lieux attractifs, des services ciblés en fonctions des types de publics qu’elle accueille, ou de larges horaires d’ouvertures. En réalité tout ce qui précède ne requiert pas forcément une participation directe des usagers. Il suffit en réalité de faire que nous faisons déjà : proposer des services qui répondent à une demande ou un besoin, anticipés avec nos moyens limités (Une connaissance empirique du territoire + quelques chiffres de l’INSEE, des enquêtes ou des SIG dans le meilleur des cas).

En matière numérique, les bibliothèques ne peuvent se contenter d’enrichir leur catalogues en y agrégeant des données. Je pense que dans les années qui viennent, il va être facile d’agréger automatiquement des données enrichies dans nos catalogues que les bibliothèques, d’aller loin dans leur mutualisation (nous y arriveront, c’est une question de temps) et de proposer de beaux outils de médiation. Mais le risque n’est-il pas d’oublier de rendre lisible ce lien entre ces données globales et les populations locales auxquelles elles s’adressent ?

Je pense que les bibliothèques doivent susciter des communautés d’intérêts, favoriser l’émergence de contenus à valeur ajoutée sur des thèmes tout en contribuant au renforcement du lien social et du débat démocratique. Autrement dit, une bibliothèque 2.0 doit forcément à la fois se poser la question de la circulation et de la restitution de données au service de ces objectifs mais aussi co-construire ses services et (une partie de) son offre non pas seulement POUR mais AVEC les usagers. Trop souvent peut-être (y compris dans ce blog) nous avons tendance à penser aux outils et aux contenus, sans forcément penser à la nécessité de créer des interactions entre des données et le territoire qui nous occupe.

Quelle bibliothèque aujourd’hui a RÉELLEMENT mis en oeuvre un fonctionnement participatif ?

Alors tout ça c’est bien joli mais comment faire ? Je vous préviens de suite, je lance une piste, peut-être cela vous semblera-t-il timide…mais faut bien commencer. Beaucoup reste à inventer sur ce sujet.

Par exemple : j’ai lancé l’autre jour une discussion sur les offices de livres. Lorsque j’assiste à l’office de la bibliothèque où je travaille, je suis toujours intéressé les amateurs que sont les bibliothécaires. Parallèlement, un grand classique dans les bibliothèques est d’organiser des clubs, comités ou assimilé de lectures ou de lecteurs. En général les bibliothécaires y sont animateurs. Quels sont donc les fonctions et objectifs de ces deux instances où l’on parle livres (donc contenus) ?

Offices :

  • Panorama des nouveautés éditoriales pour aider les bibliothécaires à choisir des livres pour constituer le fonds de la bibliothèque : les éditeurs envoient des nouveautés, les bibliothécaires les lisent, gardent ceux qu’ils considèrent devoir entrer dans la collection et renvoient les autres
  • Renforcer les échanges dans une équipe

Clubs de lecture :

  • Créer du lien social entre les gens
  • Fidéliser une partie du lectorat de la bibliothèque
  • Contribuer à la sensibilisation aux arts et à l’exercice du débat citoyen (voir par exemple ce chouette club des lecteurs sciences à la médiathèque des Champs libres à Rennes)

A ces fonctions on peut en ajouter une qui n’est jamais assez prise en compte : la création de contenus ( = critiques de titres récemment parus sur le marché du livre) et leur diffusion dans des communautés d’intérêts virtuelles ou dans des communautés locales. C’est le cas de plusieurs bibliothèques, dont celle, par exemple, de Romainville qui publie in extenso les avis de ses lecteurs sur le blog de la bibliothèque.

Alors je vais poser un peu abruptement la question : pourquoi ne pas fusionner l’office et le « club des lecteurs » de la bibliothèque ?

Imaginons un instant ce que ça peut donner (peut-être ça existe déjà, jamais entendu parlé en tout cas) : on obtiendrait un rendez-vous régulier dans lequel des bibliothécaires (en nombre limités, par exemples les acquéreurs d’un pôle documentaire) ET des amateurs (cooptés ? tirés au sort ? volontaires ? etc.) pourraient échanger sur leurs lectures à partir d’une sélection de livres ou de documentaires récemment parus. La motivation à participer pour les deux parties en serait d’autant plus grande que les deux groupes : amateurs et professionnels ont chacun un objectif commun clairement énoncé = faire un choix de livres ou de documentaires récemment parus à intégrer à une collection publique.

Les documents (pas de restrictions de support) ainsi critiqués, pour éviter toute domination d’un groupe sur l’autre, pourraient faire l’objet d’un vote puis être intégrés au circuit du livre de la bibliothèque… Imaginez une accroche un peu emphatique, comme il se doit :

Nouveau : Votez pour les livres que vous voulez voir achetés dans votre bibliothèque !

Bien sûr cela suppose une réelle volonté, y compris politique, de participation encadrée qui aille plus loin que les traditionnels cahiers de suggestion pour lesquels le choix du bibliothécaire est toujours celui qui prime.

N’oublions pas que ce qui fascine dans notre métier c’est justement cette faculté du bibliothécaire de faire un choix dans la richesse des parutions éditoriales. Pourquoi ne pas pour une part, partager cette faculté avec des usagers-amateurs motivés ? Attention il ne s’agit en aucun cas de déléguer en bloc la compétence du bibliothécaire à constituer et équilibrer un fonds, mais d’en partager une infime partie, limitée, encadrée, dans le but de susciter une participation des usagers à la vie de la bibliothèque qui ne soit pas qu’une discussion autour des contenus mais aussi un engagement de l’institution à intégrer ces documents dans l’offre qu’elle propose à l’ensemble de la population qu’elle doit desservir. Quant on connaît les enjeux de politique locale qui peuvent être liés aux dons ou aux suggestions d’achat dans les bibliothèques, il est évident qu’il faut absolument clarifier les règles du jeu dès le départ.

Il serait bien sûr aussi très intéressant d’essayer de diffuser et de promouvoir les fruits du travail de choix de cette communauté par des moyens de médiations. Nous proposons par exemple des étiquettes collées intitulées « L’avis de Fabien, bibliothécaire », et cela pourrait être l’occasion d’utiliser ce même outil de médiation avec des amateurs : « L’avis de Jean, amateur de polar ». :-)

On sait bien qu’un des écueils de la démocratie participative est son risque de confiscation par des « groupes de pression » plus ou moins identifiés. Ce risque existe dans ce cas, mais peut à mon avis être contourné si les règles de fonctionnement ET le mode de constitution des groupes d’amateurs/bibliothécaires sont adéquats.

En écrivant cela, je me demande vraiment si les bibliothécaires et les élus locaux sont prêts à assumer dans les faits le principal apport du web 2.0 : la reconnaissance de la valeur du contenu généré par des amateurs à une échelle jamais vue jusqu’alors. Oui, les amateurs sont nos alliés.

NB : Ce billet comme tout ce blog n’engage pas un poil de la responsabilité de la collectivité comme on dit. C’est des idées, c’est tout. (1390)

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Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

40 Responses

  1. dbourrion dit :

    Totalement en accord avec toi.
    Maintenant, il faut juste dépasser un truc : cesser de penser que nous(les bibs) savons ce qui est bon pour les usagers, et leur demander ce qui est bon pour eux…
    Parce qu’en fait, ils savent :-) (bon, on va encore me traiter de poujadiste…)

  2. Discobloguons dit :

    La question mérite d’être posée, pour ma part je ne suis ni pour ni contre. Fréquenter un « club de lecture » d’une bibliothèque suppose de disposer de suffisamment de temps libre et d’une bonne dose de motivation, ce qui n’est pas le cas de tous les publics ; à l’inverse, le vieux cahier de suggestions est toujours disponible. Et s’il reste à l’appréciation du bibliothécaire, ce dernier doit apparaitre comme « neutre », dans le sens où il n’est pas censé favoriser un champ ou l’autre, un goût ou l’autre. Un « club d’acquéreurs » valorisera ses membres, cela ne fait aucun doute, et aura probablement des effets positifs sur le plan de la communication, tout en créant un risque de dévalorisation pour les personnes « non-membres ».
    Faut voir.

  3. Sylvie P. dit :

    Les pratiques de ce type – démocratie participative- sont possibles dans les BM de petites villes et et assez indispensables pour moi. Nous avons mis au point depuis 7-8 ans un comité de lecture mixte parents-bibliothécaires-libraires-instituteurs où après examen et lectures critiques, nous choisissons ensemble une partie du fonds pour la jeunesse.L’avantage, c’est pour moi,c’est non pas tant la qualité des livres que le lien qui se crée autour de la Bibliothèque appréhendée comme un équipement appartenant à tous.

    On propose à présent un site collaboratifr; je ne sais comment s’effectuera le tournant, d’une participation collective, souvent drôle à un forum en ligne …
    Sylvie P.

  4. @ Sylvie P. Oui je pense aussi que c’est pus simple dans les petites biblitohèques, mais qu’il n’y a pas de raison non plus de l’expérimenter dans les plus grandes. Ravi en tout cas de voir qu’un concept proche de celui que j’ai envisagé existe déjà ! :-)

  5. Ludivine dit :

    complètement d’accord avec l’idée soutenue dans ce billet et donc sa conclusion
    « En écrivant cela, je me demande vraiment si les bibliothécaires […] sont prêts à assumer dans les faits le principal apport du web 2.0 : la reconnaissance de la valeur du contenu généré par des amateurs »
    le loup est, malheureusement, encore dans la bergerie…et il faut parfois s’avérer un monstre de patience, de persuasion et de pédagogie pour diffuser l’idée, pourtant portée depuis des lustres, que le sacro-saint bibliothécaire/prescripteur/seulgarantdelabonneetlégitimeculture est mort !
    en bref, je rejoins D Bourrion et -enfile mes gants de boxe- continue la pédagogie

  6. MxSz dit :

    C’est bien beau, mais à mon avis, mais cela ne va pas jusqu’au bout de la logique participative.
    Je vous cite, Sylvère :

    « Attention il ne s’agit en aucun cas de déléguer en bloc la compétence du bibliothécaire à constituer et équilibrer un fonds, mais d’en partager une infime partie, limitée, encadrée, dans le but de susciter une participation des usagers à la vie de la bibliothèque qui ne soit pas qu’une discussion autour des contenus mais aussi un engagement de l’institution à intégrer ces documents dans l’offre qu’elle propose à l’ensemble de la population qu’elle doit desservir. »

    Mais pourquoi donc ne pas « déléguer en bloc » ? Pourquoi ne pas, tout simplement, élire les responsables des acquisitions, parmi la population locale ? Il faut être cohérent : si les usagers « savent » (dixit dbourrion), je ne vois pas ce qu’un bibliothécaire professionnel vient faire là-dedans.

    Même chose en Bu : pourquoi les acquisitions ne seraient-elles pas gérées par des binômes enseignants/étudiants ? Après tout, j’achète des livres en éco, et mon dernier cours, je l’ai eu en seconde. Les profs (et les étudiants) sont bien plus qualifiés que moi pour faire ce métier.

  7. @ MxSz : L’argument (provocateur? qu’à cela ne tienne, ça permet quelques rappels utiles) paraît logique et serait imparable s’il s’agissait juste de « s’y connaître » sur un sujet pour constituer le fonds d’une bibliothèque publique. 15 ans de développement des politiques documentaires ont montré qu’une collection de bibliothèque n’est PAS une accumulation de gens qui ont sélectionné des livres parce qu’ils « savent de quoi ils parlent ». Ce dernier point est nécessaire mais ne saurait suffire ? Pourquoi ? Parce qu’une collection de bibliothèques est un « organisme vivant », alimenté grâce à un dosage entre une connaissance des domaines documentaires ET une bonne connaissance des besoins documentaires exprimés ou non d’une population, le tout orienté vers des objectifs de politiques publiques validés par la collectivité. Bon ce discours peut semble techniciste à certains, mais je vous assure que pour tenter de pratiquer cet équilibre au quotidien et avoir formé des collègues à ces pratiques, ça n’a rien de spontanément évident. D’ailleurs si le sujet vous intéresse, j’avais publié un support de cours : http://www.bibliobsession.net/2008/07/14/mettre-en-place-une-politique-documentaire-20-en-bibliotheque-de-lecture-publique/
    Par contre, il nous faut sans doute compenser nos lacunes dans certains domaines par la consultation et le partage encadré d’une expertise sur des sujets avec des personnes-ressources, approche notamment promue par Jérôme Pouchol des médiathèques Ouest Provence.

  8. MxSz dit :

    Sur le fond, en fait, je n’ai pas honte de ma légitimité en tant que professionnel, car c’est la collectivité, et donc, en partie – et en partie seulement -, les usagers, via des procédures démocratiques directes ou indirectes, qui m’a chargé de procéder à ces acquisitions.

    Mieux (ou pire, daniel & Ludivine !) : c’est cette même collectivité qui m’a chargé de dire ce qui était « bon » pour ses membres. Le jour où l’on me dira que les enseignants-chercheurs, par exemple, seront responsables de secteurs d’acquisition, je m’inclinerai (avec plaisir, soit dit sans ironie).

    C’est pour cette raison que j’approuve pleinement le projet de décret permettant aux enseignants-chercheurs de devenir reponsable de SCD (c’est d’ailleurs ce qu’envisage de faire prochainement l’université d’Angers.
    Le jour

  9. MxSz dit :

    PS: ma dernière affirmation est un hoax

  10. jean-marc / mediatheque de martigues dit :

    Bonjour,
    dans l’article que je viens de lire ci-dessus je lis la proposition suivante :
    « pourquoi ne pas fusionner les clubs de lecture » et le système des office » ?

    c »est chose faite à la médiathèque de martigues depuis début février 2008 !
    ça fonctionne très bien, c’est enrichissant tant pour les lecteurs que pour les bibliothécaires et en plus ça rajoute du lien « social » ; en prime, nous enrichissons le site de la bibli. avec une rubrique « le choix des lecteurs ».

    si ma contribution vous intéresse, si vous voulez des infos je suis dispo.
    jmc.

  11. @ Jean-Marc : Magnifique, je vais vous contacter par mail pour une petite interview sur le sujet que je publierai dans un prochain billet si possible.

  12. biblioroots dit :

    moi je suis assez d’accord avec mx (c’est bizarre non ???), pourtant je suis aussi convaincu que les politiques documentaires sont utiles…

    Cependant dans beaucoup de bibliothèques, on colle tout et n’importe quoi à ce jargon professionnel. Je le sais par expérience même la meilleure poldoc n’empêche pas les incohérences et surtout la subjectivité inhérente à chacun même professionnel…

    J’en reviens donc à la participation, elle permettra d’attenuer « l’effet d’élite » par « l’effet de masse » et peut être de trouver l’équilibre…

    Tiens Tiens …. C’est pas ce qu’on devrait faire à toutes les échelles ??????? Rééquilibrer les responsabilités ???

  13. PV dit :

    Bonjour
    qq remarques :
    @ biblioroots : en quoi la subjectivité est-elle un problème ? Pourquoi lier subjectivité et incohérence ? L’idéal serait-il de gommer la subjectivité au profit d’une mécanique « objective » et neutre ? Qu’il y ait des sujets humains au sein d’une communauté humaine et qu’ils travaillent pour celle-ci riches de toute(s) leur(s) subjectivité(s) me paraît plutôt une bonne chose, garante de diversité et d’humanité, mais cela n’est plus à la mode… il nous faut à présent des sous-énarques dans les bibliothèques, j’oubliais !
    @ bibliobsession : l’idée que vous développez est très intéressante mais, soit on la mène jusqu’au bout (comme le dit Mx) et l’on se contente de bibliothécaires techniciens qui organisent des sondages pour savoir quoi acheter (avec Médiamétrie comme tutelle ?), soit on se contente, comme vous le dites, de « partager une infime partie » de notre activité d’acquisition, et l’on risque fort d’être dans le faux-semblant, sans effet pratique réel sur les collections, soit on ne retient qu’une part réduite de ce qui est proposé, et l’on a donc une réactualisation du cahier de suggestions, comme vous le dites dans l’article.
    Je ne suis pas trop convaincu par cette idée, pour le coup… mais je suis du bon côté car je crois au 2.0, ne me mettez pas en « atelier » de rééducation…;-))
    @ db et Ludivine : que faites-vous encore en bibliothèques comme (simples) bibliothécaires ? Soyez fous, démissionnez et participez du côté des usagers… En outre, les bibliothécaires ont-ils jamais voulu être, plus que d’autres corps de métiers aux mêmes époques, prescripteurs de bonne et légitime culture ? Pas très convaincant, ça… je pense même le contraire : vous connaissez sans doute « La grâce de l’auteur » de Robert Damien, très beau livre qui éclaire ce sujet.
    Bref, je suis perplexe mais tout prêt à être convaincu par vos précisions…
    Bonne continuation et bravo pour ce blog,
    PV

  14. biblioroots dit :

    La subjectivité est un problème car elle permet de grosses dérives… ENtre sous énarques et fonds d’art et de littérature qui représentent 30 % des documentaires…. Il y a un monde…

    Vous me faites dire ce que je n’ai pas dit …. c’est un peu extrapolé !!! entre anarchie et dictature il y a un juste milieux non ????

    Je suis plus pour la participation des masses que pour un quelconque élitisme.

    Je pense que beaucoup de bibliothécaires ont encore une vision élitiste et trop prespcriptrice. Ou tout simplement ne connaissent pas certains domaine et pêchent par ignorance…

    pêle mêle : cultures urbaines, sports et notament sports de glisse, nouvelles technologies, sciences pures et appliquées, spirituaalités autres que les religions monothéistes…

    Il suffit de diversifier les profils socio culturels des professionnels pour impacter les collections durablement… bien plus qu’en rédigeant une politique documentaire à mon avis, même si les deux se complètent.

    En fait une équipe plus représentative des publics …

    Voilà pourquoi je suis pour la participation des usagers, tout comme la participation des citoyens à la vie politique.

    Car ceux qui choisissent pour nous ne nous représentent pas…..

    à méditer

  15. @ PV : c’est intéressant parce que c’est les mêmes questions que pour la démocratie participative… jusqu’où on délègue ? C’est bien d’ailleurs le vrai enjeu politique de la question… Ben ici je le répète, l’idée est de rendre les usagers acteurs d’un service. Bien sûr on peut aller plus loin et imaginer de déléguer carrément une partie du budget, mais on est plus ici dans la co-construction d’un service mais dans un projet politique global… Même si ça m’intéresse beaucoup en tant que citoyen, en tant que bibliothécaire (et fonctionnaire) je cherche des solutions pragmatiques et innovantes, susceptibles d’être des premières pierres.

  16. PV dit :

    @ biblioroots
    Je ne veux rien vous faire dire à votre insu… non, non !
    Simplement, quand je lis :
    « n’empêche pas les incohérences et surtout la subjectivité inhérente à chacun »
    Je comprends que « subjectivité » et « incohérence » sont mises sur un même plan : je suis en parfait désaccord avec ça ! Mais peut-être ai-je mal entendu votre phrase ? Si c’est le cas, désolé !
    En outre, si la subjectivité comporte des risques, le manque de subjectivité aussi… et pour ma part je préfère prendre celui de la subjectivité que celui de l’objectivité parfaite – vieille antienne métaphysique !
    Vous avez raison : les bibliothécaires ne savent pas tout… c’est pourquoi le travail avec des spécialistes variés et extérieurs à notre contexte local est enrichissant… reste que notre rôle de bibliothécaires est à mon avis mieux tenu quand on développe un fonds selon des techniques bibliothéconomiques et avec un regard global sur notre collection et notre budget et l’aide de deux ou trois spécialistes d’un domaine, plutôt qu’avec un groupe d’usagers arrivés là par le hasard de leur disponibilité et qui ne seront pas mieux placés que les bibliothécaires pour choisir…

    S’il s’agit de faire du lien social… je suis tout à fait partant et le pratique, mais je ne déguise pas cela derrière du participatif ou du 2.0 ! Je fais du lien social, point. Comme le dit Patrick Tort sur son site, l’interactivité est dans la vie !

    Je suis enfin tout à fait d’accord avec vous : « ceux qui choisissent pour nous ne nous représentent pas » – mais comment faut-il méditer cela ?
    Pour ma part, je ne suis pas d’accord avec vous quand vous rapprochez la représentation bibliothéconomique de la représentation politique… ça n’a rien à voir !
    1. Ceux qui nous représentent politiquement ne nous représentent pas nécessairement, le terme est polysémique : représenter, c’est vague – une image représente une personne, les élus représentent la collectivité, un noir au gouvernement représente la communauté noire… trois sens différents et que l’on mélange allègrement en ce moment… question de mode, peut-être. Barak Obama représente-t-il les noirs, les américains, les démocrates, les riches ?
    Je suis pour ma part attaché à la deuxième occurrence.
    2. J’avais compris en entrant dans le métier que les bibliothécaires n’étaient pas là pour représenter la collectivité mais pour travailler à son service… si une évolution de nos missions est souhaitable pour que nous ayons à charge de représenter ladite collectivité, c’est une décision politique en l’occurrence, pas un choix à faire entre professionnels « dans le vent » ! Cela va être aussi très complexe ! Faudra-t-il une représentation par typologie sociale, ethnique, sexuelle, culturelle ? Faudra-t-il des bibliothécaires croyants, non croyants, de gauche, de droite, scientifiques, littéraires, sportifs, gros, maigres ? Faudra-t-il que les usagers qui viennent choisir avec les bibliothécaires soient représentatifs de leur communauté ou groupe d’origine ? Les concours et les recrutements vont devenir… intéressants ;-))
    Je caricature mais je souhaite simplement faire saisir que ces débats, qui méritent d’être menés, méritent aussi de l’être à tête reposée et sans se laisser aveugler par des termes évocateurs.
    Enfin, vous connaissez vraiment beaucoup de bibliothécaires élitistes et hautement imbus d’eux-mêmes ?? Je ne me souviens pas en avoir rencontré tellement… et ils doivent être en voie de disparition !

    @ bibliobsession : oui, c’est précisément la même chose et vous ne serez pas surpris que la démocratie participative m’ait toujours semblé être un concept assez creux… C’est comme la laïcité… dès qu’on y ajoute un qualificatif, ça ne présage rien de bon, souvenons-nous des démocraties populaires ou de la récente laïcité positive !
    Mais je vous suis : il faut trouver des solutions… innovantes certes, mais ça ne doit pas être une finalité que d’innover ! 2009 : c’est l’année Darwin, « Origin of species » publié en 1859… voilà un bon sujet de méditation pour nous ! « L’évolution des bibliothèques, l’évolution des espèces et la question de l’innovation » : je suis sûr que vous auriez le talent pour nous faire profiter d’un article des plus stimulants sur le sujet !

    Mais voici l’intérêt du blog : la richesse d’un (bon) débat contradictoire !!!
    PV

  17. MxSz dit :

    @Bibliobsession
    « Car ceux qui choisissent pour nous ne nous représentent pas….. »
    Très bien. Dans ce cas, prenons l’ensemble des données statistiques de l’INSEE (http://www.insee.fr/), et procédons par ordre.
    11% d’ouvriers dans la sociétés française = 11% de bibliothécaires, qu’il faudra donc tirer au sort.
    Ah, dans la commune où je travaille, la proportion d’ouvriers est plus importante (16%). Nous allons donc en augmenter la proportion parmi l’équipe des acquéreurs… ou parmi les membres du comité de lecture.

    La question de la représentativité occupe l’espèce humaine depuis l’invention des premières formes démocratiques, comme le rappelle Bernard Manin (http://www.scienceshumaines.com/index.php?lg=fr&id_article=13065).

    Il n’y a pas de solution parfaite.

    • Yvonnic dit :

      Quand on commence à confondre démocratie participative avec dictature du Prolétariat , vaut mieux arrêter la provoc à deux balles ! Vous allez finir par envoyer aux champs toutes les porteuses de lunettes (et de chignons? ) comme Pol Pot.

  18. @ MxSz : hé rendez à Biblioroots ce qui lui appartient, c’est pas moi qui ai posé le problème de la représentativité d’une équipe de bibliothécaires par rapport à la population à laquelle elle s’adresse… En ce qui me concerne je ne suis pas du tout d’accord avec lui sur ce point. (on est dans la pire des applications de la logique de l’échantillonnage et je rejoins complètement PV sur ce point !)

    @ PV : non pas « innover pour innover » (beurk) mais pour répondre à un enjeu : trouver des voies d’appropriation des services publics qui fassent en sorte que leur utilité sociale soit plus efficace et mieux comprise par les usagers auxquels ils s’adressent.

  19. biblioroots dit :

    Bon ok, visiblement être « représentatif » des différents courants cultures etc etc n’est pas important pour le bibliothécaire puisque les parfaites techniques bibliothéconomiques nous permettent de constituer des fonds parfait et qui correspondent parfaitement aux attentes de TOUS les publics !!! ……..

    C’est marrant mais j’aurais juste aimé qu’il y ai des revues de skate à la biblio en tant qu’usager… j’en aurai parlé autour de moi « de proche à proche » et j’aurais surement pu partager cette découverte… et au final ça aurait été bénéfique à tout le monde.

    Malheureusement la case « sport » du plan de classement et de la poldoc tout comme dans la dewey ne correspondait pas… Ou le bibliothécaire n’estimais pas cela assez « important » ou « pertinent » pour en acquérir !!!!

    Le débat il est marrant c’est sur, mais le résultat c’est toujours le même … On ne touche qu’une minorité de gens alors qu’on est payé par tous !!!!

    Et je trouve que ça n’est pas normal… Les bibliothécaires aiment bien mettre tout dans des cases bien cadrées bien normées… Construire une équipe compétente mais diversifiée ne relève pas de quotas ni de « discrimination » et encore moins d’une « technique d’échantillonage » mais juste d’un état d’esprit et d’un constat simple.

    On ne peut tout connaitre tout savoir, plus on est de gens très différents plus on a une approche large du réel et plus on laisse place à différentes « lectures du réel » donc à différents choix. Nous sommes tous sujets au « socio centrisme » à l' »ethno centrisme » au « culturo centrisme » et c’est normal, moi en premier !!!! Mais s’il y avait que des gens qui me ressemblent dans l’équipe et bien la bibliothèque perdrait en richesse car on finirait par tourner en rond.

    Et oui je connais encore beaucoup de professionnels qui « se la sentent » et intellectualisent et théorisent à outrance un métier qui part d’une base humaine, d’un sentiment : celui du plaisir de faire découvrir et de partager… de proche en proche en espérant qu’un jour grâce à « l’effet papillon » ce qu’on a partagé avec « un » soit utile à tous…

    Moi je trouve ça bizarre que la majorité des bibliothécaires soit des femmes, souvent plus proche de la retraite que du début de carrière, quasiment toujours de gauche et de formation quasi exclusivement littéraire…

    Je ne trouve çà pas très universaliste et je n’ai rien contre mes propres collègues et amies mais je constate tout simplement ! Celà joue forcément sur la « pertinence » des collections des services et de bien d’autre choses dans la bibliothèque !!!

    Non ????????

  20. PV dit :

    @ Bibliobsession : ouiiii ! appropriation, compréhension, efficacité… je suis 100% d’accord avec vous… il nous reste (hors antenne, Guy !) à se mettre d’accord sur les méthodes… mais c’est très intéressant de débattre des méthodes quand ont est d’accord sur l’objectif !

    @ biblioroots : la subjectivité et la liberté sont deux choses qui doivent toujours pouvoir s’exprimer, et comme le dit M. Bertrand « Big Science » Calenge, le tout est que cette subjective liberté s’exprime dans un cadre défini… à nous managers de définir des cadres précis mais souples ;-)) donc, les revues de skate ont leur place en bibli ! Mais à mon sens ce sera plus dur de faire venir les skateurs en bibliothèque que de convaincre un bibliothécaire d’acheter une revue sur le sujet, non ?
    Et en bibliothèque, il y a pleine de jeunes femmes, à la mode et même plus forcément de gauche, j’en ai croisées de centristes.
    PV

  21. uju dit :

    dans la médiathèque municipale (3500 hab. 3etp) où je travaillais il y a plus de 3 ans, nous avions 2 clubs lecture : instits à la retraite (je plaisante), et ados. C’est d’ailleurs à l’occasion d’un office qu’est concrètement né ce club ado dont nous parlions mais que nous n’arrivions pas à concrétiser.
    un grand merci à la
    jamais envisagé ça pour le club adulte (pas représentatif ; on les connaît bien).
    Notre problématique de fond(s) était de garder les ados (pas de collège ni de lycée au village) et d’élargir le public adulte

    en écrivant ce message, j’ai un peu l’impression d’avoir abusé de la meilleure compétence des ados modernes : ce sont d’excellents consommateurs (ou pigeons d’éditeurs, comme on veut)

  22. uju dit :

    désolé pour le brouillon ci-dessus, pas eu le temps de relire (pressé [enter] par erreur) donc de finir mon remerciement à la librairie spécialisée jeunesse.
    je voulais aussi supprimer/adoucir le dernier paragraphe, un peu trop pas assez sobre et légèrement hors-sujet.

    (grand tech guru de la library 2.0, c’est quand qu’on peut prévisualiser ses messages ou les éditer ? perso je préfère la prévisualisation. l’édition serait bien pour l’orthographe mais permet aussi de modifier au fond le message, ce qui peut fausser des discussions)

  23. uju dit :

    maintenant que je suis fonctionnaire de l’état à Paris, et que j’ai toujours des lectures un peu spéciale que je ne m’atttends pas à trouver dans toutes les bm ou bu, je m’occupe aussi d’une bibliothèque associative où ce sont nous les membres qui décidons ce qui rentre dans notre fonds ou pas.
    Quand je retournerai en lecture publique, je pense naturellement collaborer avec ces structures associatives qui par leur existence même montrent que les bibliothèques publiques ne peuvent satisfaire tout le monde. Il ne faut surtout pas y voir concurrence, mais complément.

  24. uju dit :

    dans la médiathèque municipale (3500 hab. 3etp) où je travaillais il y a plus de 3 ans, nous avions 2 clubs lecture : instits à la retraite (je plaisante), et ados. C’est d’ailleurs à l’occasion d’un office qu’est concrètement né ce club ado dont nous parlions mais que nous n’arrivions pas à concrétiser.
    un grand merci à notre libraire spécialisée jeunesse.
    Nous n’avons par contre jamais envisagé ça pour le club adulte (pas représentatif ; on les connaît bien).
    Notre problématique de fond(s) était de garder les ados (pas de collège ni de lycée au village) et d’élargir le public adulte.

    j’ai un nouvel écran de saisie de ce message déjà publié après en avoir publié un autre. j’en profite modifier mais ça va faire un moche presque double post. dsl je recommencerai plus

  25. sophie dit :

    @biblioroots : serait-il possible de connaître la source d’ou vous tenez que « la majorité des bibliothécaires soit des femmes, souvent plus proche de la retraite que du début de carrière, quasiment toujours de gauche et de formation quasi exclusivement littéraire… » ? Merci

    • Yvonnic dit :

      Effectivement, si l'on se réfère au rapport de l'IGB de juin 2008 concernant la filière d'état , concernant tout de même 6539 personnes dont 61% de cadres A et B réunis, donc à priori assez représentative de l'ensemble de la profession, le taux de féminisation a baissé. Il n'est plus que de 68% en moyenne, tous grades confondus. Il reste effectivement assez élevé (80%) en catégorie B. Les pourcentages d'hommes augmentent depuis 2000 : de 22% à 36%¨en B et de 15% à 19% en A. Pour les âges, les plus de 56 ans ne représentent que 16% des effectifs globaux. 75% des conservateurs ont moins de 41 ans. A noter que la quasi- parité est atteinte…chez les magasiniers. D'autres chiffres et d'autres découvertes sur http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BR
      .

  26. ljodoin dit :

    Bonjour, c’est Luc de la Bibliothèque de Montréal au Québec.

    Lors de la refonte de notre site web en juin 2007, nous avions en tête justement de susciter «l’émergence de contenus à valeurs ajoutées». Nous voulions que la production de ces contenus soit le fait de clientèles jeunes (15-25). Nous nous sommes rapidement entendus sur la forme des contenus que nous allions sollicités.

    Nous avons organisé un concours de clips qui portaient sur les thèmes «bibliothèque» et «Montréal». Nous avons reçu une centaine de vidéos que nos usagers ont pu visionner tout au long de l’année sur la page d’accueil de notre site web. Plusieurs des vidéos produites étaient de grande qualité.

    Nous nous étions fixés trois objectifs que nous pensons avoir atteints

    – Moderniser l’image de notre réseau de bibliothèques, trop souvent encore associée à un lieu austère, à un lieu créé par ou pour les seuls bibliothécaires.
    – Favoriser la création de produits culturels par les jeunes
    – Diffuser leurs productions.

    Nous relançons le concours cette année. C’est ouvert au monde entier… Le thème : «culture» et «Montréal»

    Je vous invite.

    http://ville.montreal.qc.ca/biblio

    Voir aussi sur FaceBook : Biblioclip le Concours

  27. herself dit :

    A quand la démocratie participative dans la direction de la bibliothèque ?

  28. Do you BnF ? dit :

    Je découvre ce blog passionnant en tombant sur ce billet.  Je me permets donc de laisser un commentaire, même très tardif, pour vous féliciter et dire qu’en tant que lecteur assidu d’une autre grande bibliothèque parisienne (que la BPI, mais j’irais bien y faire un tour aussi ;-) ) je trouve très intéressantes ces propositions pour associer mieux les lecteurs, qui en général aiment leur bibliothèque et sont prêts à s’investir (enfin, j’espère :)
    bonne continuation

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