Gestion de communautés 3/3 – Cycle de vie des communautés

Dernier billet de la série autour de la gestion de communautés avec le livre de Jean-Yves Prax. Le modèle du KWC (Knowledge Workers Community) propose 4 phases dans le cycle de vie d’une communauté. Cela signifie, dans le cas d’une communauté de connaissance ou d’une communauté d’intérêt, qu’il ne suffit absolument pas de créer un outil et d’auto-déclarer une communauté, mais bien d’organiser des rencontres pour aller vers une phase de formalisation, qui elle même repose sur des échanges. (et tout recommence, c’est l’éternel retour)

les 4 périodes générales de la vie d'une communauté - modèle KWC - p310

Ce second schéma subdivise les 4 principales phases en 6 sous-ensembles.

la rosace fonctionnelle KWC - p312

Le schéma ci-dessous propose quant à lui un cycle de vie pour une communauté de marque qui souhaite mettre en œuvre une « stratégie de media social ».

riosace

Si l’on compare les 4 phases du modèle KWC au schéma ci-dessus, on retrouve les 4 phases énoncées : existence, participation, performance et valeur. En partant de « join » qui définit une identité numérique de la communauté, en suivant la rosace on obtient bien : existence = join, participation = share et interact, performance = measure et listen = valeur.

Ce qui est frappant c’est de constater que pour le cycle de vie d’une « communauté marketing » la valeur n’est pas la connaissance produite, mais plutôt le monitoring (listen) qui est à la fois le fondement et le résultat de la démarche. Là ou la communauté de pratique va concevoir la veille (étape 3) comme une phase intermédiaire (phase 3) au service de la constitution de communauté, dans la communauté marketing la veille est  l’objet de la communauté.

De même, alors que les contenus sont à l’origine de la « stratégie social media » conçus pour enclencher le processus, la communauté de connaissance conçoit la formalisation comme une étape déjà assez avancée, produits d’une participation pour laquelle la connaissance est au centre.

Ces deux types de cycles de vie montrent bien que les objectifs sont différents, même si la démarche est proche. Il s’agit soit de constituer un réseau d’experts (ou d’amateurs dans un domaine) soit d’essayer d’entrer en relation avec des « clients potentiels » (ou des usagers dans le cas d’un service public) via une stratégie marketing.

Il me semble que cette simple comparaison doit appeler quelques nuances dans la manière de prendre en compte les communautés. Les deux positionnements ci-dessus sont naturellement proches, il ne s’agit donc pas de créer des frontières artificielles, mais d’essayer de définir une démarche. Appliqué aux bibliothèques, il me semble qu’on peut distinguer deux types de démarches, nécessairement poreuses.

  • Dominante « relation à l’usager » = faire connaître la bibliothèque, ses activités ses ressources et obtenir des retours d’usagers : les contenus ne sont pas au cœur, mais visent à alimenter un cercle vertueux pour diffuser une image positive.
  • Dominante connaissance = participer à un réseau d’amateurs sur un thème au nom de la bibliothèque, pour en premier lieu partager des points de vue, les retours sur l’image de l’établissement étant au final des « externalités positives », mais la qualité des contenus prime.

Le choix d’une des deux dominantes devrait, idéalement guider le choix de l’identité numérique de l’institution.

Bon je clos ici cette courte série sur la gestion de communautés, espérant qu’elle aura donné quelques repères. Merci pour votre attention, vous pouvez reprendre une activité normale. ;-)





(94)

This work, unless otherwise expressly stated, is licensed under a Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 France License.

Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

  • http://www.i2s-bookscanner.com Alain Pierrot

    Recenser qui cite un billet (et via quel chemin) est certes un élément d’information intéressant, mais venir encombrer un espace dédié à la discussion et aux commentaires me paraît dommage. Un plugin et un espace à créer pour regrouper ce genre de rétroliens ?

    • http://www.bibliobsession.net bibliobsession

      oui tu as raison, je me suis fait la même remarque, je vais me pencher sur ce pb. ;-)