Après les Geemiks, les GeemiXs : Interview

ScreenShot002J’ai souvent insisté ici sur la question de l’identité numérique des institutions, en citant régulièrement la démarche des Geemiks de l’ESC de Lille… J’avais proposé une petite typologie que vous pouvez lire ici. Tiens d’ailleurs ce billet sera publié en version légèrement modifiée dans le numéro de Février de la revue Documentaliste et Sicences de l’Information consacré à la Présence numérique.

Les Geemiks ont fait des petits si j’ose dire ! :-) ça se passe à la Bibliothèque de Polytechnique et elles se sont logiquement baptisées les GeemiXs, en particulier pour intervenir sur Facebook.

Comme la démarche me semble intéressante, même si elle est moins développée que celles des Geemiks et pas exploitée complètement j’ai posé quelques questions à l’équipe qui a bien voulu répondre collégialement. Merci au GeemiXs ! Interview !

Vous intervenez sur Facebook d’une manière originale pour une bibliothèque : pouvez-vous nous présenter les Geemixs ?

Un Geemik est un néogolisme imaginé par les documentalistes de l’ESC Lille qui ont servi de modèle pour notre projet de bibliothèque 2.0. Nous avions pensé généraliser l’usage de ce terme en le reprenant pour l’équipe BCX 2.0, et en le déclinant d’une manière propre à Polytechnique. Les GeemiX c’était une équipe de 4 « geeks » de la Bibliothèque, intéressés par les nouvelles technologies, le web social et les enjeux de médiation des métiers de la documentation. Aujourd’hui il n’en reste plus que deux à la Bibliothèque. Nos GeemiX de la génération Y ont été fidèles aux principes de mobilité propre à leur génération : l’une est partie à Paris 1, l’autre travaille désormais en communication.

Vous présentez une équipe avec des avatars virtuels sur la page Fb de la bibliothèque, mais les photos de vos profils sont réelles, pourquoi cette différence ?

A la base nous utilisions des avatars, mais finalement, pour personnaliser davantage nos relations avec l’usager, nous avons mis des photos. Ceci s’est fait naturellement, sans mot d’ordre. Sans doute souhaitions nous tous avoir une relation d’égalité avec les usagers : eux nous montrent leurs visages… nous devions leur montrer le notre.

Qu’apporte ce positionnement du point de vue de l’interactivité avec les étudiants ou les internautes ? Quelles sont les réactions ou les retours ?

En réalité le concept de GeemiX n’est pas vraiment exploité. Lors de la création de notre page Facebook, l’interface permettait de mettre dès la page d’accueil un texte de présentation avec des liens vers nos profils. Mais très vite, les pages Facebook ont changées. Elles ont gagné en interactivité (nos status apparaissent sur les feeds de nos fans, ils peuvent nous suggérer à des amis, etc…) mais elles ont perdu en ergonomie. Elles sont exactement comme des profils d’individus, ce qui est moins adapté à diffuser de l’information statique. La présentation des GeemiX est relayée loin dans un onglet… C’est un positionnement qui est devenu peu visible et que nous n’avons donc pas choisi d’exploiter.

Avez vous décliné ce positionnement de geemixs sur d’autres réseaux et d’autres outils numériques ou tangibles ?

Non, nous n’avons pas vraiment exploité ce positionnement.

Bref, je me demande bien pourquoi ce positionnement n’est pas plus exploité… et j’ai envie de dire que c’est bien dommage.

Le cas n’est pas isolé, à en croire la récente étude de Livre-Arbitre intitulé Les SCD : fiers d’être sur Facebook ? Il semble en effet que les SCD ont bien compris la nécessité d’être présents sur facebook, sans pour autant ni définir (ou exploiter dans le cas présent) une identité numérique ni même se saisir de cet outil de médiation en cohérence avec les autres sites destinés aux étudiants…

En voici la conclusion :

Sur toutes les bibliothèques universitaires présentes sur Facebook, seule la bibliothèque Michel Serres de l’école centrale de Lyon a produit un travail de visibilité numérique abouti et efficace. On ne peut que les louer pour cet effort et inviter les autres bibliothèques à les imiter.

Trois autres bibliothèques ont plus ou moins mis en valeur leur présence sur ce réseau social : la bibliothèque de l’université de Provence, la bibliothèque centrale de l’école polytechnique et la bibliothèque de la cité de l’architecture et du patrimoine.

Toutes les autres ont omis de faire mention de leurs activités sur Facebook.

Etre sur Facebook améliore la visibilité de la bibliothèque et permet un véritable échange avec les utilisateurs : alors pourquoi n’avoir pas fait la promotion de ce nouveau service ?

Il apparaît paradoxal de créer un compte pour ses usagers (et tout autre internaute) et de ne pas les en informer…

Alors qu’en pensez-vous ? Phase expérimentale ? Timidité consubstantielle à la condition de bibliothécaire ? Manque d’organisation/de compétences/de formation interne ? Politique des petits pas ? Pas si élémentaire mon cher Watson. (365)

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Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

3 Responses

  1. amarois dit :

    Les Geemiks et GeemiXs font un travail formidable. C’est un point de vue de « stratégie marketing » intéressant. Mais cela est-il généralisable à beaucoup d’établissement ? Cette différentiation volontaire d’individus, sorte de coming-out 2.0 salvateur, est-il compatible avec des organisations plus « classiques » (ECLille = Ecole de commerce dynamique ; X = …X).  Je m’interroge. Sans doute est-ce une étape (à saluer, bien entendu) vers une intégration de la médiation numérique et des nouvelles pratiques aux équipes. Ou peut être existera-t-il toujours des Geemiks parce qu’il en va ainsi de la diffusion des nouvelles technologies/usages informationnels au sein des organisations et qu’il est plus rentable de choisir cette solution plutôt que de vouloir changer le monde (Monde); les Geemiks et GeemiXs seraient alors de véritables pionniers.
    D’aucuns pourraient y voir la réponse (inconsciente ?) à une frustration de plus en plus partagée d’une certaine tranche de personnel de bibliothèque, à l’inertie de la profession. Il existerait ainsi des Geemiks parce qu’il y a  une vaste cohorte de Bibliotorio (partant de du fait que Geemiks =  « Geek (férues de nouvelles technologies) + Gimmick  (terme de jazz : les 5 premières notes qui donnent le ton) » ,  un Bibliotorio serait un Bibliothécaire (« personne à qui sont confiées des tâches de gestion des collections » , férue d’autres choses que des nouvelles techno ? A voir…) + Oratorio (« une œuvre lyrique  dramatique représentée sans mise en scène, ni costumes, ni décors »; j’ai pensé à Requiem aussi, mais c’est trop macabre).
    Il s’agirait d’une entrée en dissidence vis à vis de la profession; d’une « grande transgression » contre le Surmoi Abes-sien ou je ne sais quoi encore (à l’échelle de la profession, entendons-nous. Cette psychanalyse de comptoir ne vise bien entendu personne précisément).
    Parce que tu cite le document de Livre-Arbitre, je signale mon commentaire sur le post du site en question.

    • Merci pour ton commentaire! Si on commence à convoquer les psychanalystes, c’est pas gagné ! Pour bibliotorio, chapeau, il fallait le trouver celui-ci ! Bon bien sûr et comme tu le rappel dans ton commentaire chez Livre Arbitre, il y a de vrais enjeux bien sur et le besoin d’une approche globale et non d’une approche par outil. Just (try to) do it ;-)

  2. Livre arbitre dit :

    Tout d’abord un grand merci d’avoir cité mon article (la fréquentation de mon blog a fait comme par hasard un bond spectaculaire…). L’interview que vous présentez des GeemiXs est extrêmement intéressante et apporte un éclairage utile à cette initiative. Utile, car leur projet n’est au final que très peu visible sur le net (je n’en avais jamais entendu parler, et une recherche via un célèbre moteur de recherche ne donne que peu de liens intéressants, le meilleur étant… le vôtre).
     
    La substitution de vraies photos aux avatars peut paraître anecdotique mais révèle une réflexion fondamentale sur la frontière entre réel et virtuel. En tant que professionnel, est-ce pertinent de se dissimuler derrière un avatar?
    On peut concevoir avec facilité l’intérêt d’un pseudonyme pour les utilisateurs (levée des inhibitions, des pressions sociales et familiales,…), mais un professionnel offrant un service a sans doute besoin du sérieux et de la franchise d’une photo réelle. L’échange devient certes plus « institutionnel », mais plus direct et plus sincère. Le bibliothécaire se pose en tant que personne humaine (pléonasme volontaire…) spécialiste de la documentation et à même de répondre aux demandes de ses usagers. Il serait intéressant d’interroger les Geemiks sur ce sujet (est-ce que les usagers prennent plus contact avec des avatars ou des profils transparents ?).
     
    Les problèmes d’ergonomie de leur page sont aussi un détail significatif. J’ai visité leur page lors de l’élaboration de mon billet, et j’ai bien vu les avatars dans l’onglet « encart », mais ne les ai pas identifiés (honte sur moi, il fallait juste lire). L’onglet étant loin, les informations paraissaient avoir moins d’importance. N’ayant rien trouvé sur le site de leur bibliothèque sur leur existence, aucun lien, ni images, leur initiative m’est restée totalement invisible.
    Un enseignement peut être tiré de leur expérience : dans les réflexions précédant la création d’une page Facebook, la visualisation de la réalisation concrète (la place des onglets, où mettre quoi) apparaît tout aussi primordiale que la définition d’objectifs précis.
     
    Une phrase m’a intriguée : «La présentation des GeemiX est relayée loin dans un onglet… C’est un positionnement qui est devenu peu visible et que nous n’avons donc pas choisi d’exploiter. » Leur projet a donc avorté ?
     
     
     

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