Utilité des bibliothécaires sur le web : et si on avait déjà trouvé ?

En lisant ce titre, vous allez peut-être penser que vous vous apprêtez à lire un Nième billet qui s’interroge que les bibliothèques peuvent apporter au web (et non pas l’inverse), sur fond d’angoisse existentialo-bibiothéconomique de savoir à on sert, nous autres pauvres agents du service public…

Hé bien non !

Et si on avait déjà trouvé ? Et si, à l’heure où des puissances financières et, dans une bien moindre mesure, les contribuables via la Bnf financent une numérisation de masse des collections, les bibliothécaires avaient déjà compris et mis en oeuvre que ce qui se joue pour l’avenir est dans la médiation des contenus ?

Récemment un reportage pour Télématin sur France 2 a fait connaître Bibliosésame : résultat le nombre de question a fortement augmenté à la suite de la diffusion du reportage ! On se souvient qu’aux débuts du Guichet du savoir c’était un article dans Télérama qui avait provoqué un gros afflux de questions. Au delà de l’effet « vu à la tv » ou dans la presse, il me semble que les services de question-réponses tels que le Guichet du Savoir ou Bibliosésame ou Ubib répondent à un vrai besoin de service public numérique de manière opérationnelle, directe et gratuite.

Constat empirique confirmé par cet article du blog de Wikimédia à propos du service de questions-réponses proposé sur Wikipédia et (modestement) nommé l’Oracle :

Une chercheuse de la School of Library and Information science de l’université d’Indiana, Pnina Shachaf, a étudié la qualité comparée des SRV (services de renseignement virtuel) de Wikipédia et des bibliothèques. Ses résultats ont été publiés dans une revue universitaire, le Journal of Documentation (2009, vol. 65, n°6, p. 977-996). (…) La conclusion est sans appel (p. 988) : « Les deux [les bibliothèques et Wikipedia] fournissent la même qualité de réponse avec des variations minimes et, excepté pour l’usage des sources, le service de référence de Wikipédia est meilleur que les bibliothécaires » Je vous invite vraiment à lire cet article !

J’aime beaucoup cette conclusion car elle rend lisible le fait qu’aujourd’hui les compétences d’orientation et d’aide à la recherche sont à la fois le fait de professionnels ET d’amateurs motivés et organisés avec une même qualité de service (y a des nuances, mais bon).

Loin d’y voir une concurrence, qui n’existe pas, par définition dans le secteur non marchand (à la limite une saine émulation…) nous ne pouvons que nous réjouir d’un tel état de fait et de la concordance de ces services à valeur ajoutée.

L’enjeu, aujourd’hui, est pour moi le suivant : tout comme les bibliothécaires se sont rendus compte (et c’est loin d’être fini) de l’importance capitale de libérer et disséminer leurs données bibliographiques, il est désormais essentiel de rendre lisible et disséminer ces données de médiation que sont les réponses et les questions, très souvent emprisonnées, sauf exception, dans des silos d’information et gérées avec un logiciel propriétaire sur un modèle payant pour les membres du réseau : Question-Point. Il ne s’agit rien de moins que de diffuser la qualité de nos réponses et des compétences mises en œuvre dans la longue traine des données référencées dans les moteurs de recherche….



Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

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