l’Ipad, ce pharmakon

Cet été, j’ai acheté un Ipad, si, si. Déjà, on ne manque pas de me demander pourquoi. Alors voici quelques points de vues, l’occasion de mettre mes idées au clair, de m’agacer de certains raccourcis et de prôner une approche complexe sans pour autant défendre Apple ! (sacré programme, article nécessairement long!)

J’ai souvent pris des positions dans ce blog contre les DRM, pour l’open source, l’open access, pour la défense des libertés numériques. Rassurez vous je n’ai pas changé d’avis. Le choix d’un Ipad peut donc sembler paradoxal, voire contradictoire puisqu’il s’accompagne de l’écosystème fermé et propriétaire que propose Apple. Mais les choses sont plus complexes, en réalité je n’ai pas acheté un Ipad, j’ai acheté une tablette tactile, des interfaces. J’ai acheté un appareil à partir duquel on peut accéder à des informations de manière ergonomique, j’ai acheté la possibilité de m’informer, d’échanger, d’apprendre sur un appareil personnalisé.

De la diversité des outils et des usages

Une des critiques portée vers cet appareil et l’écosystème qu’il propose est la suivante : l’Ipad est un « Minitel 2.0 » comme l’écrit Marin Dacos dans cet article de Libération.

« Pour entrer dans le système, dans l’iPhone en particulier, l’utilisateur est obligé de devenir un consommateur abonné. Ce système induit une verticalité, un contrôle, alors que le Web est très horizontal, sans centre. L’iPad est un peu le minitel 2.0… qui fait enfin miroiter un retour financier. Chaque organe de presse peut fabriquer ses propres applications, encore plus performantes, et entrer dans une logique de navigation qui permet de fermer sur le contenu qu’il veut vendre. Pour garder le lecteur chez soi. »

Olivier Ertzscheid aussi dans ce billet, à propos de l’écosystème Apple :

Le choix à faire est binaire. Ouvert contre fermé. Interopérable contre propriétaire. Le coeur stratégique du web est celui de l’interopérabilité. Le rêve fondateur du client-serveur contre le modèle économique d’Apple, celui du client-captif. Le rêve fondateur du web : permettre à chacun, indépendamment de son équipement logiciel ou matériel d’accéder à l’ensemble des ressources disponibles. A l’exact inverse, le paradigme de la boutique Apple : permettre à ses seuls clients (= acheteurs du hardware / matériel) d’accéder aux seules ressources disponibles chez les seuls fournisseurs de sa boutique, et seulement consommables sur son matériel. Idem, mais à une autre échelle pour le Kindle d’Amazon : le kindle c’est comme le caddy ; ça ne va qu’avec un seul magasin et on ne part pas avec.

Devenir un consommateur abonné ? Faire un choix binaire ? Et si on changeait de point de vue ? Et si pour une fois on partait du point de vue de l’expérience-utilisateur et non du point de vue de l’adhésion supposée d’un utilisateur (supposé sans libre-arbitre, j’y reviendrai) à un système (vertical, fermé, c’est absolument vrai) du simple fait qu’il utilise un appareil et y développe des usages ? En premier lieu, ce qui me gêne (bien au delà de l’Ipad), c’est que cette critique suppose un lien logique très puissant (dans l’argumentation) entre utiliser une technologie et cautionner l’ensemble de la philosophie de l’entreprise qui la crée, sans prendre en compte que la réalité des usages est bien plus complexe. Il faut être Linux, ou Mac, ou Windows, sans même parler de Facebook. Moi je les utilise tous les trois, depuis des années, tous les jours, j’apprends à m’en servir j’expérimente, je teste des outils, je développe des usages qui me conviennent et si ce n’est pas le cas, j’en change (ou pas). L’informatique est un outil, ce qui est le moteur de mon action, c’est bien plus son efficacité que l’adhésion ou non à une démarche commerciale ou à une philosophie. Attention, cela n’empêche pas d’avoir des positions critiques. Par exemple, il est clairement insupportable de ne pas pouvoir exporter et manipuler mes propres données d’annotation des livres numériques de l’ibookstore (imposé par Apple) ni de pouvoir partager un livre acheté à cause des DRM (imposées par les éditeurs) !

Ce que je veux souligner ici, c’est que l’ipad est un objet technique. Dans le vocabulaire d’Ars indutrialis (inspiré d’Heidegger) il est un pharmakon :

En Grèce ancienne, ce mot désigne à la fois un remède, un poison, et un bouc-émissaire. Tout objet technique est pharmacologique, à la fois poison et remède. C’est une autre manière de dire avec Hölderlin que là où croit le danger, croit aussi ce qui sauve. Toute technique, originairement, est ambivalente : l’écriture alphabétique, par exemple, a pu et peut encore être aussi bien un instrument d’émancipation que d’aliénation. Raisonner pharmacologiquement c’est, autre exemple, comprendre que pour lutter contre les effets néfaste du web, il convient non pas de ne plus se servir du web (ce qui n’aurait pas de sens) mais de s’en servir autrement. Si le web peut être dit pharmacologique c’est qu’il est à la fois un dispositif technologique associé permettant la participationi et un système industriel dépossédant les internautes de leurs données pour les soumettre à un marketing omniprésent et individuellement ciblé (user profiling)

A la fois poison et remède, j’aime cette complexité là. Ce qui frappe quand même depuis deux années que l’Iphone est arrivé c’est la manière dont les utilisateurs n’ont de cesse de détourner les usages officiels autorisés de l’Ipad ou de l’Iphone pour les adapter à leurs propres pratiques en faire ce qu’ils veulent! A voir les chiffres du téléchargement, j’ai la faiblesse de penser que les films visionnés sur l’Ipad ne sont pas tous achetés sur itunes avec DRM, tout comme les livres sur l’ibookstore… Songez aussi à l’impressionnant jeu du chat et de la souris entre Apple et les hackers créateurs du jailbreak, cela suffit à démontrer que la fermeture d’un système entraîne AUSSI toute une série d’innovations à la fois interne (la créativité des créateurs d’application) et externe, pour le contourner (je pense à cydia). C’est bien ça qui est fascinant, c’est ce que système produit d’innovations en terme d’interfaces et d’outils de manipulation des informations.

Et puis, aujourd’hui, est-ce encore juste de dire qu’Apple propose un système de lecture verrouillé quand vous pouvez acheter et lire sur ces appareils des contenus aux formats pas forcément libres, mais devenus standards, (mp3, pdf, doc, divx, etc.), à l’exception (temporaire) du flash en les y transférant sans passer par itunes sans même jailbreaker votre appareil ? Contrairement à ce que déclare Olivier Ertzscheid ci-dessus, L’Ipad est bel et bien un outil qui permet de lire et de manipuler une multitude de formats et de contenus protégés ET non protégés, bien au delà de ceux fournis par Apple.

Il s’agit d’un outil éminemment personnalisable, adaptable, transformable et c’est ça, bien au delà du hardware, qui est le cœur de l’écosystème. Et puis, cette vision du Minitel 2.0 oublie aussi une chose : il s’inscrit dans un ensemble d’appareils numériques connectés, il n’est pas conçu pour un usage exclusif, mais il s’inscrit dans un environnement où ses acheteurs sont déjà connectés avec d’autres appareils. Dès lors, on assène que parce que l’outil n’est pas un outil de « production d’information » que ses utilisateurs sont des « consommateurs » ? C’est oublier que, si le clavier tactile ne permet pas d’écrire de longs textes, encore faut-il croire qu’écrire est la seule manière de produire une information. Le nombre d’applications dédiées à la retouche d’images, à la construction de film ou de Bd, suffit à le démontrer. C’est oublier aussi que sur internet, alors que les gens sont massivement usagers d’outils qui permettent cette production d’information (le fameux crowdsourcing) 90% des gens ne sont pas producteurs d’informations. Ceux qui souhaitent l’être le seront, Ipad ou pas.

Diversité des usages, des stratégies d’appropriation. L’ipad peut tout à fait être un excellent outil de lecture, ou pas. Encore faut-il savoir que quelle lecture on parle, pour qui et pour quoi. Mais que sait-on au juste des pratiques ? A lire l’excellent article d’Hubert, on se rend vite compte que le sujet est émergent, le recul manque, les usages sont très différents d’un groupe à l’autre, sans même parler du fait que les études portent bien trop souvent sur des usages universitaires liés à la recherche. En fait, tout le monde a un avis sur la lecture numérique, mais rares sont ceux qui ont observé la réelle diversité des usages (et ceux-là même sont perplexes!).

Quant au web, les sociologues qui se sont penchés sur les pratiques d’usagers face à l’information démontrent que l’audience est fragmentée. Par exemple, l’étude sur « les usages sociaux de l’actualité » (lien payant), de Fabien Granjon et Aurélien Le Foulgoc, (cité par Narvic ici) montre que :

« L’écosystème médiatique et informationnel se complexifie ainsi notoirement, tant en amont (production diffusion), qu’en aval (réception) et se trouve structurellement fragmenté. A la profusion des programmes et des contenus mis à disposition, viennent se greffer de nouveaux usages (multi-écrans, délinéarisation, agrégation de contenus, etc.) qui tendent à déplacer les routines et les expériences informationnelles et à faire bifurquer les trajectoires d’usage des individus. »

C’est bien ce qui permet de dire que la condamnation d’UN outil (l’Ipad) au nom d’UN usage (celui de la consommation d’information supposée passive) manque singulièrement de complexité.

L’ipad = interfaces

Qu’est-ce qui change vraiment alors avec l’Ipad ? Josselin Raguenet de Saint Albin dans l’article pré-cité :

Actuellement, les versions web des journaux par exemple n’apportent que peu en terme d’ergonomie du contenu, certes on y a gagné en transversalité de l’information, mais les moyens d’interagir restent basiques. Les pages d’accueil sont d’immenses fourre-tout où chaque section bataille pour des pouces carré de pixels à l’écran, il semble qu’il soit impossible de voir tous les contenus produits, sans parler des bannières Flash qui viennent littéralement polluer la lecture… comptez avec ça qu’il faut naviguer à la souris, passer son temps sur les boutons “précédent”/”suivant” du navigateur, ajuster la taille des polices (par défaut basée sur une résolution de fenêtre de 800×600 ce qui correspond aux écrans du millénaire précédent !), jouer de l’ascenseur constamment… (…)

Si l’engouement Internet a fait exploser les embauches d’informaticiens — à tort et à travers, chaque journal, entreprise, association, personnalité… avait son site web et ses défauts — demain ce sont surtout les interface designers qui seront prisés pour leur expertise dans la conception d’univers manipulables cohérents où l’agencement de l’information et des données devra plus que jamais faire sens

Pour moi le vrai point important est celui-ci, c’est ce déplacement, ce besoin d’interfaces, d’ergonomies, de graphismes. On commence à peine à imaginer ce qu’on peut faire avec une tablette tactile capable de reconnaître de la matière et du papier en particulier.

Dans une économie de l’attention ce qui compte c’est la liberté d’interagir des données dans l’ensemble des écosystèmes et d’y organiser des contre-pouvoirs. Ce qui importe c’est la liberté de construire la qualité de ma relation aux informations. C’est de liberté d’expression et d’utilisabilité dont on parle. Je crois que le « journalisme de données » a un avenir très prometteur, qui ne se limitera pas aux journalistes…(heureusement).

Outils libres ou idées libres ?

De ce point de vue la critique d’un Cory Doctorow devient risible :

Je suis intimement convaincu de la pertinence du Manifeste du constructeur (NdT : Maker Manifesto) : « Si vous ne pouvez pas l’ouvrir, alors ce n’est pas à vous ». Il faut préférer les vis à la colle. Le Apple ][+ d’origine était fourni avec le plan schématique des circuits imprimés, et a donné naissance à une génération de hackers qui bidouillaient leur matériel informatique ou leurs logiciels et ont bousculé le monde dans le bon sens. Mais, avec l’iPad, il semblerait que pour Apple le client type soit la maman technophobe et simplette, celle-là même dont on parle si souvent dans l’expression « c’est trop compliqué pour ma mère ».

Je ne relève pas la « maman technophobe », mais voilà typiquement le genre d’argument agaçant d’un prosélyte du logiciel libre qui veut transformer la terre entière en développeurs informatiques. Je déteste cette vision parce qu’elle présuppose que l’épanouissement de tous les utilisateurs d’un appareil passe d’abord par la maitrise des méandres du code ou des circuits imprimés et non pas ce que l’outil permet en terme de rapidité d’accès, d’appropriation, de découvertes et de partage de l’information. Oui le logiciel libre porte une philosophie très intéressante et utile, mais faut-il affirmer que c’est l’efficacité qui prime lorsqu’il s’agit d’outils ? Oui on peut avoir des chocs esthétiques, déplacer ses horizons d’attentes, accéder au « dévoilement de l’être » (Heidegger), rencontrer des gens importants, échanger et s’épanouir, s’engager politiquement dans des activités déconnectées au moyen de dispositifs techniques, que ce soient Ipad, Ubuntu, Mac, Windows !

Hypothèse : dans le web des nuages, la bataille pour des logiciels libres s’atténue et se confond avec celle pour la liberté d’expression et l’accès libre au savoir. Je sais que cela peut sembler paradoxal, mais il faut se rappeler que dans la définition d’un logiciel libre donnée par le Free software fondation, lorsqu’on parle de la liberté de l’utilisateur, c’est celle qui fait référence à sa liberté d’utiliser un programme. La nuance est essentielle par rapport à la liberté d’expression qui a pour objet non pas l’outil mais l’information, les données, les pensées, les œuvres. Attention, je sais bien que la libération du code est une libération de données, fruit d’un travail intellectuel de codage, mais l’essentiel pour moi ce sont bien les informations créent à partir des logiciels. Une partie du mouvement du logiciel libre a tendance à oublier que c’est de biens informationnels dont on parle, pas seulement d’outils. Je m’inquiète plus, au final, des brevets sur le vivant ou sur les œuvres que ceux sur le code des logiciels. Je suis contre les restrictions techniques et juridiques à la circulation des œuvres, contre les DRM et contre les logiques propriétaires d’accès aux données. Ce qui m’importe, c’est que les œuvres circulent et qu’elles puissent être lues, disséminées, recommandées. Les bibliothécaires sont très bien placés pour connaître le danger des monopoles des fournisseurs de contenus. Ce combat là (open access notamment) prend une importance toute particulière quand tout passe par le navigateur, quand on passe des logiciels aux services comme c’est le cas dans le web d’aujourd’hui. Au fond, est-ce important qu’une œuvre ou une idée soit crée ou reçue à partir d’un outil comme l’Ipad à partir du moment où elle existe et qu’elle peut circuler ? C’est peut-être ça finalement le changement, dans le web dans les nuages, à l’exception cruciale du navigateur, nous avons besoin de données libres, ET de logiciels ou d’outils libres.

Si l’on essaie d’avoir une vision globale, très loin de la défense d’un appareil d’une marque, ou de la généralisation de mes pratiques à l’ensemble du monde, la question est : que cherche donc à faire Apple ? Dans un article intitulé Digital Media : La Guerre des Trois a déjà Lieu…, Josselin Raguenet de Saint Albin propose cette réponse. Apple tout comme Amazon et Google cherchent à résoudre rien de moins que :

« La quadrature du cercle qui veut rendre la consultation des contenus agréable, charnelle et mobile comme peut l’être le papier, offrir un mode de partage, d’interactivité, de transversalité propre au monde de l’information du XXIème siècle, tout en restant viable financièrement »

Quelle ambition et quel magnifique projet pharmacologique ! Dès lors, jouer, comme souvent, le libre contre le propriétaire, le méchant Apple fermé contre les gentils développeurs Linux n’est pas sérieux. Rappelons que les engagements pro-libres d’un Google avec son Android market n’ont rien de philanthropique. Comme le rappelle le même dans ce commentaire du billet d’Olivier :
Google comme Apple soutiennent plus qu’activement le développement des nouveaux standards et investissent dans l’open-source (HTML 5, OpenCL… et consort). Pourquoi ? parce que les “bonnes pratiques” du développement communautaire (décrites dans l’analyse de Linux par E.S. Raymond) sont la souche de leur viabilité et vitalité technologiques, les grandes sociétés privées doivent beaucoup au monde du libre et ne cherchent pas à s’en “affranchir”, elles continueront à en tirer le suc parce que c’est un régime d’excellence, et elles continueront à y injecter des millions.

Bien sûr, cela ne règle en rien la question suivante : « Pourquoi alors Apple souhaite-t-elle faire des profits dans une logique “propriétaire” et contrôler drastiquement les applications ? Le même Josselin Raguenet de Saint Albin propose une réponse que je ne trouve pas convaincante, mais qui a le mérite de souligner le projet d’Apple.

Aussi incongrue que ça puisse sembler Apple le fait pour ses consommateurs. Le développement des nouveaux terminaux nécessitait cet “enfermement”, ce contrôle, parce que ces nouvelles machines ont besoin d’être appréhendées de façon optimale par le développeur qui souhaitera proposer son contenu : adieu les dispersions de mémoire, bannis les process énergivores, haro sur les interfaces inadaptées. La documentation fournie avec le SDK iPhone OS (téléchargement gratuit, certes nécessite Mac OS X) insiste constamment sur ce point, et de façon litanique ! Les “Big Brothers” de l’App Store qui valident les applications ont pour objectif premier de renvoyer aux développeurs les appli plantogènes, buggées, inutilement lourdes, à la sécurité de passoire… bien avant de traquer du mamelon. Le souci est avant tout de ne délivrer que du contenu “qualifié”, sur des critères techniques et non pas moraux. Toute entreprise responsable rompt ses contrats avec un fournisseur peu fiable, il n’y a pas de raisons que ça change sous prétexte qu’on est connecté au nuage. Les nouvelles “gated communities” du web ne sont qu’une version “safe” d’accès à un contenu (ouvert ou fermé) motivée par un souci d’adéquation optimale entre les applications pour l’afficher et les spécificités du terminal sur lequel tournent ces applications. C’est la philosophie d’Apple depuis le début, lier le hardware et le software pour une meilleure expérience utilisateur (/consommateur).

On pourrait lui opposer que l’app store n’a pas besoin d’être fermé pour être efficace, le modèle ouvert de google et l’Android Market suffit à le démontrer. C’est d’ailleurs souvent l’ouverture du code source qui favorise l’efficacité des applications, sans que ce soit pour autant automatique. Non, la stratégie commerciale d’Apple est incontestablement celle de l’articulation de la vente d’appareils et de softwares proposant des interfaces ergonomiques, il ne fait aucun doute que la valeur de l’innovation produite dans cet écosystème revient à Apple. Soit.

Mais pourquoi la stratégie d’Apple est-elle efficace, en particulier auprès des étudiants ? Du point de vue de l’utilisateur, le web dans les nuages abaisse considérablement le degré d’exigence sur les performances hardware des ordinateurs. Pour une majorité de gens, ce qui est essentiel, c’est que l’ordinateur me permette de développer des usages sur le web à travers un navigateur et/ou depuis des bases de données de contenus stockées dans les nuages. Ce qui compte ce n’est plus la taille du disque dur ou la richesse des logiciels, mais l’efficacité de mes interactions avec le meilleur des interfaces à partir de contenus web (l’utilisabilité en fait). Bon nombre des applications de l’App store n’ont AUCUNE utilité sans les contenus ou services issus du web qu’il soit ouvert ou pas (que l’on songe à des Drop box, des googles docs, des IMDB, Wikipédia, etc.). Rappelons que la licence d’utilisation d’un des symboles du web ouvert, Wikipédia, permet les usages commerciaux, donc la réalisation d’interfaces d’accès innovantes à son contenu, donc son intégration dans ce genre d’écosystème au bénéfice de l’utilisateur, faut-il s’en plaindre ? En fait un Ipad déconnecté, c’est un ipad presque inutile, sauf à en faire une console de jeux ! L’écosystème vertical d’Apple est en réalité consubstantiel aux contenus et services du web dans les nuages. Dès lors, l’opposer au « web ouvert » au nom de sa défense ne me semble pas pertinent sauf à penser que le potentiel d’innovation des sociétés occidentales existe en quantité limitée, ce qui ne me semble pas crédible un instant.

Vigilance, contres-pouvoir et viralité

Pour autant, tout cela pose AUSSI la question de censures de nature clairement politiques comme celle qui a récemment touché le Prix Pulitzer dans cet article du Monde :

Mark Fiore, caricaturiste américain, a beau avoir remporté le prix Pulitzer du dessin de presse, Apple lui interdit de mettre ses animations sur l’Apple Store. Certaines de ses réalisations multimédias entreraient en violation avec les conditions d’utilisation de la plate-forme.

Sur Rue89 on apprend que :

Aux Etats-Unis (pas en France), cette nouvelle a déclenché une fronde contre Apple. L’entreprise s’est donc sentie obligée de proposer à Mark Fiore de soumettre à nouveau son application [Steve Jobs lui a même, fait rare, présenté des excuses,ndlr].

A la censure doit répondre la mobilisation, d’autant plus facilitée par la nature virale de la circulation des informations dans l’immense communauté des utilisateurs des produits Apple. Oui mais en dehors de cette communauté ? Concrètement ? Récemment, est apparue une extension firefox (prochainement disponible sur d’autre navigateurs) CensorCheap. L’idée est de détecter (automatiquement) de répertorier et de dénoncer les sites bloqués par les fournisseurs d’accès : La sagesse des foules au service de la lutte contre la censure. C’est un paradoxe contemporain : l’atteinte à l’image d’une entreprise a une efficacité proportionnelle à sa taille et c’est un levier de changement bien plus efficace que la mobilisation pour une régulation de nature politique surtout lorsqu’elle se situe à l’échelle mondiale… Belle illustration : « Là où croit le danger, croit aussi ce qui sauve. » (Hölderlin)

De la nécessaire dissémination des contenus

Parlons des contenus et de la presse en particulier : la vision Minitel 2.0 présuppose que les usagers de l’Ipad utiliseront massivement les applications presse dédiées payées à prix d’or. Les producteurs de contenus ont identifié l’Ipad comme une machine de guerre contre la diffusion gratuite de leurs contenus sur le web. Je pense au contraire comme Narvic que l’intérêt de beaucoup d’utilisateurs va se tourner vers des agrégateurs :

Ce que n’ont pas compris non plus les éditeurs de presse, c’est que si leurs applications iPhone (puis iPad) ne donnaient accès qu’à leur seul site, labellisé sous leur propre marque (reconstituant la formule du « paquet » qui avait fait leur succès dans l’univers du papier), d’autres applications ne manqueraient pas, également, de permettre la consultation de leurs sites de manière transversale et fragmentée, comme le permettent les agrégateurs de toutes sortes sur le web. Je citais déjà, en février, l’application LeNewz, « un GoogleNews pour mobiles », en imaginant que d’autres, plus ergonomiques, plus sociales, plus personnalisables, etc., ne manqueraient pas d’arriver avec l’iPad. Et bien ça y est, elles arrivent ! Pulse News etFlipboard, pour commencer. On attend déjà la suite.

Narvic sera content d’apprendre que depuis la sortie de l’Ipad en avril, selon cette étude menée en aout en Australie, sur les 6 premières applications payantes pour la presse sur l’Ipad, 5 sont des agrégateurs ! L’Ipad est d’abord une révolution en terme d’interface homme-machine, c’est bien en cela que c’est un objet attractif, nouveau, fascinant. Ce que propose Apple ne sauvera pas les producteurs de contenus (y compris les éditeurs) qui n’accepteront pas d’y disséminer leur valeur ajoutée et qui continueront à jouer le contenu contre l’interface, le contenu contre l’expérience-utilisateur exactement comme l’exprime Narvic. C’est bien tout le problème des éditeurs et des patrons de presse qui n’ont pas compris qu’ils devaient libérer leurs contenus pour tirer plein avantage du potentiel d’innovation des interfaces. Il est certain qu’il ne pourront le faire qu’à condition d’expérimenter de nouveaux modes de financement de la création. C’est la quadrature du cercle du web d’aujourd’hui. Des pistes existent, comme le souligne Lionel Maurel qui en détaille quelques unes dans ce billet.

Le danger est bien entendu qu’Apple contrôle les contenus, exerce une censure de nature politique, et AUSSI que les contre-pouvoirs ne soient pas à la hauteur. Je ne nie pas une seconde que le contrôle de l’offre soit d’inquiétant, mais, au fond, dans un modèle qui est celui de la longue traîne, Apple n’a-t-il pas plutôt un intérêt commercial à ce qu’un maximum de contenus se disséminent pour voir éclore des interfaces d’accès rentables à ces contenus ? Dans ce modèle, les fournisseurs de contenus ont intérêt à proposer une masse de contenus la plus large possible. Les contenus académiques gratuits présents en masse sur Itunes U ne sont-ils pas aussi présents sur internet ? De plus, le danger de monopole repose sur le présupposé d’un guichet unique qui nie la diversité des offres et des pratiques considérant le fournisseur de contenus comme exclusif alors que dans les faits, à l’échelle micro-sociale, à l’échelle des croisements entre des pratiques connectées et déconnectées, c’est loin d’être aussi évident !

Force est de constater qu’aujourd’hui, sur le web comme sur l’appstore, ce ne sont pas les moyens de diffusion qui manquent à quiconque souhaite s’exprimer… Entendez-moi bien, je ne nie pas les dangers d’une transformation de l’idée d’une licence globale en licences privées, mais je ne peux me résoudre à y voir le même danger qu’avant le web social. Je n’arrive pas à me dire qu’avec de telles tailles de catalogues, un internet qui permet à bas coûts de produire et de diffuser de l’information l’utilisateur va être muselé, perdant, formaté par une offre contrôlée.

Alors on va me dire que l’enjeu ne semble plus tant être au niveau du contrôle de l’offre que de celle de l’influence des marchands à attirer notre attention sur tel ou tel contenu. Là aussi il y a des peurs excessives.

En finir avec la seringue hypodermique !

Jean-Marc Manach (qu’on ne peux décemment pas accuser d’optimiste ni de naïf) dans Place de la Toile affirme avec raison beaucoup plus s’inquiéter de l’explosion des fichiers nominatifs mis en oeuvre par le pouvoir politique et du développement de la vidéo-surveillance que du marketing d’un facebook, d’un google ou d’un Apple. Cela ne veut absolument pas dire qu’il ne faille pas s’en préoccuper. J’ai moi aussi tendance à vraiment m’inquiéter des (més)usages politiques des informations personnelles et définitivement du mal à croire aux effets surpuissants du marketing au sens où l’entend Olivier :

In fine, c’est le contrôle et l’instrumentation totale de la part de pulsionnel et d’impulsivité (au sens d’achat impulsif en sciences de gestion : voir cet article .pdf) de chaque comportement connecté qui sous-tend l’ensemble de l’offre aujourd’hui disponible dans les boutiques du web : nous dire quoi acheter, quoi aimer, contre quoi se révolter, nous dire ce qui est bien ou mal, ce qui est moral ou ne l’est pas.

La dénonciation de la captation marchande de la libido et de l’aliénation par la consommation s’inscrit dans la tradition critique issue de l’Ecole de Francfort. Pour les médias, elle s’incarne dans la théorie de « la seringue hypodermique », qui postule que le comportement des humains répond aux stimuli informationnels. Il suffirait donc d’injecter une bonne dose d’information, de communication, de propagande ou de séduction pour obtenir l’effet recherché par le locuteur. En réalité, cette théorie a été remise en cause dès les années 50 par les travaux de Paul Lazarsfeld sur les leaders d’opinion et la two step flow theory, et bien d’autres ensuite. Les travaux de MacLuhan, en particulier l’adage « le médium c’est le message » ont parfois été compris comme un déterminisme de l’outil qui déplace l’influence du côté des appareils. C’est bien là ce qui me gêne : les médias, comme le marketing, comme les outils N’ONT PAS une influence directe et massive sur les individus. Si j’admire beaucoup les brillantes analyses d’Olivier sur les rapports de forces globaux qui se dessinent aujourd’hui, il me semble qu’on ne peut se contenter de dénoncer l’aliénation produite par des systèmes techniques en dehors de leur contexte de réception.

J’aime beaucoup la métaphore de Kim Christian Schröder dans cet article de 1990 de la revue Réseaux : intitulé : Vers une convergence de traditions antagonistes ? Le cas de la recherche sur le public :

« Si le contenu des productions des médias commerciaux peut-être un « aliment pour l’esprit », il nous faut alors penser l’étape de la réception comme une étape de digestion progressive plutôt que d’injection instantanée. Et, pour rester dans la métaphore, les prédispositions psychologiques de chaque spectateur individuel font qu’il est susceptible de métaboliser la nourriture, de même, d’ailleurs, et, différemment, les stimulants les plus équivoques. En allant toujours plus loin, le téléspectateur ne peut désormais plus être considéré comme une cible atomisée et sans défense devant l’arsenal des médias mais doit être appréhendé comme un être social pourvu d’une identité culturelle spécifique formée par les relations interpersonnelles de la communauté ou des communautés dont il relève.

Passionnant article qui retrace l’opposition, le rapprochement et l’imbrication des deux paradigmes opposés de la recherche sur les mass-médias (la télévision en particulier). D’un côté le paradigme sociologique empirique (effets mesurables des médias) et de l’autre le paradigme critique (inspiré de l’Ecole de Francfort). La recherche sociologique sur les médias et la publicité s’est orientée depuis 1980, dans une voie mixte qui s’efforce de limiter le réductionnisme de l’effet mesurable quantitativement par l’usage des appareils interprétatifs issus de la linguistique et de la sémiologie. L’ensemble permet de redonner du sens aux pratiques individuelles sans nier pour autant l’influence réelle globale des messages des médias. Un monde complexe nécessite une approche complexe, on parle de sociologie pragmatique.

Alors bien sûr on pourra m’objecter que la critique est plus subtile en convoquant Foucault et Deleuze : les dispositifs de contrôle sont insidieux.

Ce qui se joue aujourd’hui avec tout ce maillage systémique planétaire, ce déploiement du méga-réseau matriciel à vocation ubiquitaire, c’est un processus de globalisation des « sociétés de Contrôle » , fluides, ouvertes, modulaires, multipolaires et à géométrie variable comme installation d’un nouveau régime de domination qui remplacent peu à peu les « sociétés disciplinaires » (Foucault) avec la crise généralisée des milieux d’enfermement en système clos (familles, écoles, armée, usines, prisons, hôpitaux, etc.) ainsi que l’avait bien vu à la même époque Gilles Deleuze, et où, entre autres choses, les individus deviennent peu à peu des entités « dividuelles » encodées comme multiplicité de données dans un macro-système d’information. « Ce sont les sociétés de contrôle qui sont en train de remplacer les sociétés disciplinaires. (..) On ne se trouve plus devant le couple masse-individu. Les individus sont devenus des « dividuels », et les masses, des échantillons, des données, des marchés ou des « banques ». (..) les sociétés de contrôle opèrent par machines de troisième espèce, machines informatiques et ordinateurs (..). Ce n’est pas une évolution technologique sans être plus profondément une mutation du capitalisme. » plus loin :

« Le marketing est maintenant l’instrument du contrôle social, et forme la race impudente de nos maîtres » affirmera ainsi sans détours Gilles Deleuze. »

Franchement, je reste perplexe devant ceux qui d’un côté déclarent l’éclatement du sujet et donc sa soumission pieds et points liés à des forces incontrôlables (on est pas si loin de la seringue non ?) et de l’autre glorifient le pouvoir des individus en réseaux, des hackers-bidouilleurs comme chevaliers de ces temps post-modernes. Et les auteurs de cet article paru sur Framablog de dénoncer le web 2.0 comme une ruse du capitalisme, au lieu d’y voir un facilitateur d’expression et d’exercice de la liberté de parole des individus… La question est à la fois philosophique et politique, est-ce qu’on considère que le sujet atomisé se décompose en « dividuels » sous contrôles ou est-ce qu’on pense que le sujet a une autonomie (et laquelle?) par rapport aux influences culturelles économiques et sociales ? Grande question, qui est une question d’équilibre !

En somme, il me semble qu’il ne faut pas se tromper de combat. Dénoncer le « consumérisme » des acheteurs d’Ipad au nom de la défense d’un « web ouvert » est une manière pratique de nier la complexité des usages, une manière de trouver dans Apple un coupable idéal qui n’est, au fond qu’un producteur d’interfaces, un diffuseur de contenus et l’architecte d’un écosystème très rentable basé sur l’innovation à partir de contenus de ce même web !

L’Ipad, c’est un bout de tuyau ergonomique, le vrai enjeu, il me semble, c’est celui de la possibilité d’y mettre tous les contenus que l’on veut. Force est de constater qu’aujourd’hui c’est politiquement et concrètement possible. Demain ? Nous avons besoin d’une libre circulation de données, de contenus accessibles et d’un Internet neutre, conditions de possibilités de la libre expression de chacun et de la construction de la connaissance. L’Ipad, ce pharmakon.


Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

44 réponses

  1. Bonne remise au centre. Oui oui, on peut faire du web avec un iPad : tout n’y est pas si fermé.
    On voudrait bien savoir surtout c’est comment tu t’en sers. Pour toi, quel rôle il remplit et quel rôle il ne remplit pas. Ou est-ce qu’il se substitue à ton PC et à ton mobile, et où est-ce qu’il ne s’y substitue pas. Et notamment, en quoi le tactile change certaines consommation de contenus. Et à l’inverse, en quoi il le limite.
    Pour ma part, par exemple, il me semble impossible d’écrire plus de 2 phrases avec un iPad… Ce qui rend impossible de nombreuses fonctions de lecture (car l’écriture est liée à la lecture).

  2. Personnellement, j’ai pris le clavier avec l’iPad (marche aussi avec clavier wireless)
    Utilisation -> 60% jeux, 10% google maps, 10% lecture news/feed, 10 % Lecture livre/papiers, 10% essayer tout et n’importe quoi.

  3. Bonjour Silvère,
    Heureux de ton retour, surtout avec cet intéressant billet. Je n’ai pas craqué sur l’ipad, tout bêtement parce que je n’ai pas ressenti de besoin urgent qui me conduirait à l’utiliser intensivement (vu son prix). En revanche, j’apporte ma pierre sur plusieurs points :
    – j’ai sinon un ipad du moins un ipod touch : je confirme que cet engin – très parent de l’ipad – est beaucoup moins fermé qu’on veut bien le dire : livres électroniques, musiques et vidéos sont parfaitement récupérables (via un transcodage ad hoc le cas échéant) sans passer par itunes. Du moins pour ce qui n’est pas protégé par des DRM.
    – Mille fois d’accord avec ta remise au point sur la confusion outil-intention. Comme le disait Ésope, la langue est la meilleure et la pire des choses. C’est le cas de n’importe quelle technologie, et je ne comprends pas cette manie de toujours se référer, hors de propos, à des outils qui seraient par nature (!!) moraux, justes, éthiques – rayez la mention inutile -.
    – Je confirme à titre perso l’intérêt d’une analyse de chaque outil dans le contexte connecté de chaque utilisateur. Par exemple, ce qui m’a convaincu dans mon ipod touch, c’est sa synchronisation automatique d’un agenda par wifi avec le google agenda présent en permanence dans un onglet de mon navigateur.
    – Enfin, d’accord avec toi pour râler contre cette déficience de ces machines innovantes à « enregistrer » les annotations, à permettre le transfert vers d’autres, etc.
    Cordialement,
     

  4. B. Majour dit :

    Le danger est bien entendu qu’Apple contrôle les contenus, exerce une censure de nature politique, et AUSSI que les contre-pouvoirs ne soient pas à la hauteur.

    Tiens, ça m’amuserait de voir ce que donne cette phrase en changeant Apple par bibliothèque, en me demandant ce que sont les contre-pouvoirs (à la hauteur ?) dans une bibliothèque.
    Ainsi que les « contrôles » de contenus. (contrôles implicites, explicites)

    Apple ouvre une niche (de sélections ?) sur le Web… pourquoi pas !
    Cependant, Apple pourra-t-il contrôler l’afflux de participants tiers (et de leur offre ?), je me le demande aussi. Le contrôle est-il possible face une marée ?

    Mais ce serait un autre sujet.

    Par contre, ce qui m’intéresse bien plus dans ton expérience, c’est :

    – Vas-tu laisser tomber les autres moyens de connexion Web à ta disposition ?
    – Quel pourcentage de ton temps « connecté » avec l’Ipad ?

    Car le vrai danger est là : ne plus accéder au Web que par un seul moyen de connexion, tel que l’Ipad.
    Ne plus avoir qu’un seul point de vue (une seule oeillère), une seule oreille collée à la porte du Web.  🙂

    Mais, nous avons déjà ce problème-là depuis des décennies (et de manière plus criante ces derniers temps):

    Une seule chaîne télé d’information.
    Oui, je sais, en théorie, on a plusieurs chaînes… sauf que, ce sont les mêmes infos sur toutes les chaînes, et peu importe le sujet : ce sont LES MEMES REPORTAGES !… Et après, on va me parler de « journalistes professionnels ».
    Problème identique avec l’AFP, que tout le monde recopie.

    Ce ne sont plus des journalistes, ce sont les commentateurs d’un unique canal d’information.

    Bref ! Non, le problème de l’oreille unique n’est pas nouveau.

    Un autre problème, du même genre : la langue.
    Notre sacro-saint français.

    Une oeillère limitée pour voir le monde.

    Quand on parle plusieurs langues, le monde devient soudain plus grand, plus vaste, plus large.

    Si on ne parle plus qu’Ipad, on est limité.
    Si l’Ipad ne parle plus qu’une seule langue, alors l’outil est une limite en lui-même.
    Un outil binaire.

    Je m’en contente ou pas.
    Ou alors je parle, je continue à pratiquer plusieurs langues.

    Moi, c’est ça qui m’intéresse dans ton expérimentation. 🙂

    Bien cordialement
    B. Majour

  5. willy dit :

    je ne vais pas faire si long mais à mon avis il y a plusieurs points très litigieux dans ton billet (j’en prends deux au pif) :
    L’Ipad, c’est un bout de tuyau ergonomique, le vrai enjeu, il me semble, c’est celui de la possibilité d’y mettre tous les contenus que l’on veut. Force est de constater qu’aujourd’hui c’est politiquement et concrètement possible.
    Et bien non ! Tu parles toi même en amont du pb avec le prix pulitzer, la politique de l’appstore, et – autre chose – du flash. L’ipad c’est une volonté claire de s’approprier un marché fermé. Le tuyau ce serait les tablettes, pas l’Ipad.

    Je déteste cette vision parce qu’elle présuppose que l’épanouissement de tous les utilisateurs d’un appareil passe d’abord par la maitrise des méandres du code ou des circuits imprimés et non pas ce que l’outil permet en terme de rapidité d’accès, d’appropriation, de découvertes et de partage de l’information.
    Je ne crois pas que c’est ce que dit l’auteur. Il faut laisser la possibilité à la personne (plutôt qu’au consommateur) de s’approprier l’outil, il doit pouvoir se sentir en confiance et libre (d’où les vis, je crois que c’est primordial). Cela n’implique en rien une forte connaissance du code ou quoique ce soit (pour prendre l’exemple Linux-Ubuntu, tu peux en faire ce que tu veux et je connais des grands mères qui s’y sont mis très vite, le problème majeur étant que la majorité des personnes sont formatées à windows : si tu pars de rien ubuntu ce n’est pas plus difficile, au contraire, qu’un windows mais en plus tu es libre de l’adapter). Apple peut créer ce problème par son omniprésence fermé : formater et ne créer qu’un modèle de fonctionnement (et si tu ne le trouves pas marketé là je ne peux rien faire !)

    Voilà après il y a un rapport de « confiance » avec les produits. Je comprends qu’on ai confiance en ce que ça va devenir mais, malheureusement, je ne partage pas ce sentiment.

    Ensuite si on en vient aux usages il semblerait que dans mon entourage, l’ipad sert à jouer ou se divertir (et à faire joli quand même) et, bon, on peut s’amuser avec l’ipad ça va pas faire de ce monde un monde plus fermé.
    Je veux conclure en disant que le truc de la vis est pour moi primordial. Si on ne souhaite pas apprendre à utiliser un outil on en sera toujours prisonnier (je sais un peu comment marche un ordi, et j’aime ça ; je ne sais pas réparer ma voiture et je me sens coincé avec ce truc même si j’aime rouler longtemps). En passant du coq à l’âne cela me fait penser à mon oncle, garagiste, qui ne supporte pas les nouvelles voitures puisqu’elles ne sont plus très bidouillables. Il en conclut que les marques (apple/renault) souhaitent tout controler avec leurs nouveaux outils (ipad/derniere renault) pour maitriser toute la chaine. Je le suis.
    On gagnera toujours à laisser les outils ouverts et à apprendre à les bidouiller.Après je ne veux pas gâcher le plaisir de ceux qui craquent pour l’ipad ou l’iapplederniercri, il y a une marge entre la volonté globale et les petits plaisirs (même quand ils coutent chers 😉

    Allez je prends un risque : je ne relis pas, ce sera brouillon et pleins de fautes, veuillez m’en excuser.
     

    • @Willy : ben si je pense que c’est bien ce que dit l’auteur, exactement comme l’image de la voiture et du garagiste. Je réfute complètement le fait que « Si on ne souhaite pas apprendre à utiliser un outil on en sera toujours prisonnier »? Pour moi c’est complètement faux. L’intelligence et la liberté n’ont pas besoin de la maîtrise de l’outil. Si on pousse l’image, les meilleurs écrivains devraient être les meilleurs spécialistes des traitements de textes ?? ça ne tient pas 2 secondes parce qu’on est dans l’immatériel. Oui à la circulation des données, non à cette vision centrée sur l’outil.

      • willy dit :

        Non, non sylvere tu confonds : si tu n’apprends pas à utiliser le traitement de texte tu en seras toujours prisonnier serai plus juste. Les meilleurs écrivains ont à maitriser le langage sous tous les angles si tu veux. Je n’ai pas dit qu’il fallait démonter l’ipad pour savoir lire un texte numérique 😉

        • toujours pas convaincu désolé ! 😉

          • willy dit :

            on en reparle plus tard, après deux ou trois mauvaises expériences. Je fais le pari que tu me rejoindras !  😉 Sinon plutôt heureux que tu fasses le test ! (et j’espère me tromper !)

          • T____U dit :

            Salut tout le monde !
            Il me semble que la question est plutôt « d’avoir la possibilité de… » et non « de devoir impérativement… » [bidouiller]. Enfin c’est peut-être pas le propos de l’auteur cité mais c’est ce qui me semble important 🙂
            Bon, à part ça, je remarque (sur le faible nombre de mes connaissances qui en ont) que les utilisateurs de ces machines ont un lien très intime avec. C’est un peu un condensé de leur vie / un couteau suisse à tout faire… Et j’ai pas intérêt de les critiquer 🙂
            Pour ma part, l’outil me semble très bon, mais je n’ai pas envie de cautionner la politique d’Apple, d’une part, et je n’ai pas envie de développer une nouvelle addiction [l’ordinateur, fantastique invention, me gâchant déjà bien assez de temps]. Je pense que mon temps sera bien mieux employé en trimballant un bon journal papier (un Diplo par exemple). Le côté « zapping » de la tablette qui permet de faire 10^9 choses me semble contre-productif. (bien sûr, tout est question d’auto-discipline)
            Mais sinon, je suis d’accord avec votre point de vue raisonnable & argumenté. Là ma réponse est plus du domaine du ressenti / idéologique.
            Ah si juste un truc : je ne suis juste pas d’accord avec l’intro, selon laquelle, il faudrait déconnecter l’utilisation et le côté idéologique inhérent à l’utilisation d’un objet [désolé si je déforme j’ai vite lu !]. Je trouve au contraire que dans notre société, l’acte de consommation est pratiquement toujours déccorélé de ses significations / implications réelles. (j’sais pas moi en vrac, des trucs du genre : le gaspillage de ressources, les ouvriers exploités, la condition des animaux, les valeurs sous-jacentes, les multinationales soutenues etc.)
            Voilà, l’article se tient tout à fait, mais des fois, la solution « raisonnable » ne me satisfait pas, ce qui n’invalide en rien vos arguments ! (avis subjectif assumé quoi)

          • Filca dit :

            @T___U : n’y a-t-il pas contradiction entre « gaspillage des ressources » et volonté de « trimballer un bon journal papier » ? 🙂

  6. Pascal Méheut dit :

    Merci pour ce point de vue nuancé qui dépasse effectivement les prédictions apocalyptiques qui accompagnent chaque nouvelle technologie, et ce probablement depuis l’invention du feu, de l’arc et de la roue.
    Mais aussi l’ordinateur dans les années 70 perçu comme un outil d’oppression/contrôle avant que le PC connecté à Internet ne devienne bizarrement un symbole de liberté ?
    Je suis aussi étonné de ces inquiétudes devant les technologies et de ces positionnements si forts quand le risque semble plus venir de l’utilisation qui en est faite par les structures de pouvoir. On peut parfaitement construire une société totalitaire cherchant à tout savoir sur tout le monde avec du papier et des machines à écrire comme par exemple la défunte RDA.
    C’est plutôt sur l’obsession du contrôle total des gouvernements et de multinationales beaucoup plus puissantes et omniprésentes qu’Apple qu’il faudrait se pencher que sur un simple outil que personne ne nous force à acheter et dont l’usage est effectivement multiple.

  7. j-c dit :

    Bonjour,
    Je n’ai pas lu l’entièreté de l’article (par manque de temps, mais je le ferais dès que je pourrais) et je réagis sans doute à chaud, mais en survolant le texte, je suis tombé sur le passage reprenant l’argumentation de Cory Doctorow, qui, àmha, a mal été comprise (et je remarque de plus en plus souvent les gens faire cette erreur face aux remarques ayant le même fond que l’argument de Doctorow).
     
    Vous dites:
    « Je ne relève pas la « maman technophobe », mais voilà typiquement le genre d’argument agaçant d’un prosélyte du logiciel libre qui veut transformer la terre entière en développeurs informatiques. »
    Or, je ne pense pas qu’il s’agit du message que veut faire passer Doctorow. En effet, je ne connais pas Apple ][+, mais je doute que le message de Doctorow soit que « l’épanouissement de tous les utilisateurs d’un [Apple ][+ ] passe d’abord par la maitrise […] des circuits imprimés ». Bien sûr que non, pas plus que la présence de vis sur un grille-pain ou un radio-réveil implique que la ménagère les démonte et connaisse leur fonctionnement.
    Je pense que le message de Doctorow est le suivant: depuis toujours, on a la possibilité de démonter _si on le souhaite_ et cela n’a jamais entrainé de perte de simplicité sur l’outil en question (est-ce qu’un radio-réveil fermé à la colle sera plus simple d’utilisation qu’un radio-réveil fermé avec des vis ?).
    Apple, sous le prétexte fallacieux que « la simplicité implique la fermeture » (ce qui est hautement discutable: les dépôts linux permettent une plus grande simplicité, qualité et sécurité, sans être fermé puisque n’importe qui peut créer un dépôt alternatif), modifie ce qui était la norme depuis des décennies, et qui est, selon Doctorow, ni justifié ni normal.
     

  8. NT dit :

    Oui, le plaisir d’utilisation d’un outil est essentiel (Ah !, Eros, quand tu nous tiens !). Je pense même que cela est vrai depuis très longtemps (allez faire un tour à la Maison de l’outil et de la pensée ouvrière de Troyes). Apple en a fait le moteur de ses développements, quitte à limiter parfois (au début) les fonctionnalités. Le tactile (bien interfacé, pas le tactile pour le tactile) cristallise cela. Enfin on caresse l’objet, on chatouille l’interface, on titille la typographie hypertextuelle 🙂
    La firme Apple est excellente quand elle innove dans cette direction et bouscule les usages des industriels, elle séduit parce qu’elle ne leur ressemble pas (son identification à un « Think different » sort de là, aussi) et ça fait plutôt du bien. Parce que les industriels, pfff 🙂 Ensuite, ils essaient de rattraper le terrain perdu. Ipad V1 est un début, mais évidemment nous n’allions pas en rester au laptop 🙂
    Elle est moins douée quand elle copie (ça lui arrive) bride (marketing de gamme : toujours acheter le haut de gamme chez Apple) ou censure (surtout quand cette thématique de puritanisme coïncide avec un objet aussi hédoniste que ipad) : tout le monde ressent la tension. Le macintosh a été un objet adopté largement par les artistes, auteurs, créateurs, etc.  Apple ne s’est pas défaite de cette affinité imaginaire, même si elle a étendu son empreinte, et la censure la met vraiment en tension, même si Steve n’a vraiment pas tort sur l’industrie pornographique. Sauf que… on dirait que le problème c’est surtout, ici encore, « l’industrie ».

  9. Julien Prevost dit :

    J’ai trouvé à quoi sert vraiment l’i-pad:
    http://www.youtube.com/watch?v=Wf_bOwtIiIM
     

  10. Foxapoildur dit :

    C’est toujours un spectacle un peu pathétique quand l’intelligence ne sert qu’à justifier la volonté. Voilà un type qui comme tous les autres e-ploucs crevait d’envie d’acheter le dernier gadget proposé par la société de consommation. Alors hop ni une ni deux il se lance dans une longue séries de justifications toute aussi contestables les unes que les autres. T’as voulu ton ipad, tu l’as, et de ton propre aveu tu ne sais même pas à quoi ça va te servir. La honte quoi.

  11. Daniel Pascot dit :

    Il est vrai qu’il existe des extrémistes libertaires que vous dénoncez autant qu’il existe des extrémistes technophiles, dont vous parlez peu, mais il existe aussi des extrémiste du « juste milieu » auquel vous me semblez appartenir. Bon je caricature, c’est un peu injuste, mais c’est pour aller plus vite.
    Quelques remarques avant de présenter mon point de vue :

    oui la technologie est un pharmakon, mais elle est fortement structurante, elle n’est pas neutre. Comme le montre très bien Michel Serres (rtsp://stream-serv.inrialpes.fr/Disc/web/2007/40ans/14-revolution.rm) l’invention de l’écriture a changé le monde tout comme l’imprimerie ou la numérisation.

    Le code n’est pas neutre, c’est la loi : Lawrence Lessig l’a expliqué de manière magistrale (http://www.framablog.org/index.php/post/2010/05/22/code-is-law-lessig), autrement dit le code régit nos agissements, notamment en interdisant.

    Avez-vous remarqué que Apple met en oeuvre tout ce qui est possible pour juridiquement interdire le jailbreak, ignore les réseaux sociaux avec une stratégie minitel-2 avec le lancement de ping (http://www.numerama.com/magazine/16667-avec-ping-apple-essaie-de-construire-un-reseau-social-hors-du-web.html)

    La free software foundation insiste autant sur la liberté de redistribution que celle d’usage (http://framablog.org/index.php/post/2007/04/11/Stallman-en-grande-forme-conference-ENST-03-avril-2007)

    Je pense que votre position n’est acceptable que dans la mesure où le « ipad et Apple et son modèle d’affaires» ne sont pas dominant (comme dans le marché d’une certaine musique ou Apple d’après ce que j’ai lu accapare plus de 70 % du marché). S’il dominait cela serait certainement dramatique et votre lutte de soutien pour Acta ne pourrait plus exister (Apple est derrière Acta, autant que je sache). Alors utilisez votre ipad avec les degrés de liberté que son environnement lui impose car dieu merci vous ne semblez vraiment pas être un de ces nombreux « esclaves heureux » (http://www.fedepsy.com/html/index.php?menu=3&sous_menu=16&page_id=303) qui se sont précipités pour acheter un ipad.
     
    Et pourquoi votre prochain achat ne serait pas une tablette avec Android sur une belle technologie comme le Archos 101 (http://www.archos.com/products/ta/archos_101it/index.html?country=fr&lang=fr), en tout quoi, cette « interface » me fait rêver sans arrière pensée amère.

    • @M. Pascot : « extrémiste du juste milieu », voilà qui n’est pas banal ! 🙂 Merci pour ces liens. Je n’ai pas dit que la technologie n’était pas structurante, et en tant que bibliothécaire je sais parfaitement les impacts sociétaux liés à l’histoire des hypomnematas (supports de mémoire). Je retiens une très belle phrase dans le texte relatif aux « escalves heureux » : « L’humanisation, c’est quand ça résiste. Et la déshumanisation c’est quand l’objet du désir se réduit à un objet du besoin ; c’est-à-dire quand l’objet du désir se veut consommable et que, de surcroît, c’est la pression de l’extérieur qui le rend appétissant. » Ce que j’interroge dans ce billet c’est bien la nature du « consommable » concernant l’Ipad. Cette nature ne peut en aucun cas se réduire à l’objet à partir du moment où il me permet d’accéder à des contenus que je choisi, issu d’un web neutre, c’est bien ce que je voulais pointer. Pour le reste, bien sûr je suis inquiet pour l’avenir du web et bien sûr que je regarde avec attention des offres alternatives à l’Ipad….

  12. Filca dit :

    Article foisonnant et protèiforme ! Une partie des critiques de l’Ipad que vous relevez ne sont pas en effet très nouvelles. Certaines s’appliquaient même aux produits apple dans les années 1990 : architecture fermé, impossibilité d’accéder aux entrailles de la machine, ou de fabriquer ses propres logiciels. Et de vanter l’énorme offre de logiciels sur pc. Constater que tout le monde utilise les mêmes 5 ou 6 logiciels ne gênaient personne. L’Ipad est un système fermé. Soit. Ma machine à café « what else? » également. Dois-je changer de machine à café ? Plus sérieusement, ce qui compte, c’est les usages que je peux en avoir, les possibilités qui me sont offertes. Si je n’aime pas le café, je peux m’offrir une théière. L’Ipad semble me promettre un accès au livre. L’offre sera-t-elle suffisante en terme de richesse et de qualité ? De même, les journaux devaient proposer un accès à un contenu multimédia. Je ne vous cache pas que ma décision d’achat est suspendu à l’arrivée de ces offres. Lire tous les jours un grand quotidien, avoir accès à ses archives est pour moi un critère déterminant (ou une offre web 2.0 à venir). Ipad, Kindle ou autres, peu m’importe le fabricant si le contenu correspond à l’usage que je veux en faire. Le critère de la gratuité de l’accès à l’information me semble relever d’une autre tarte à la crème. Dans l’ère gutemberg, le journal et le livre se monnayaient chez le marchand (de livres et de journaux). Pourquoi ces informations devraient-elles être gratuite à l’ére du web dans les nuages ?
    PS : je constate que les commentaires sont conformes à l’usage du web : avis tranchés ou nuancés, prise de position à l’emporte pièce par des lecteurs profitant de l’anonymat. Pourquoi une nouvelle machine (et une nouvelle interface)empêcherait cette « bio-diversité » ?

  13. T____U dit :

    (je réponds là car le bouton reply n’existe pas dans le thread plus haut)

    Filca says:
    5 septembre 2010 à 16:19
    @T___U : n’y a-t-il pas contradiction entre “gaspillage des ressources” et volonté de “trimballer un bon journal papier” ?
    Bonne question, que je me pose souvent. C’est une question de mesure. Regardez la tonne de pubs dans la boite aux lettres (que je ne reçois pas car j’y ai apposé un autocollant). De plus le journal que je mentionne est mensuel. Ensuite il faudrait faire le bilan réel de tous ces petits bidules électroniques… Bref, on pourrait discuter longtemps là dessus et je n’ai pas la réponse (car la question en soit est pertinente), mais cela m’exaspère un peu qu’on me pointe une minuscule contradiction au sein d’un gros post 🙂

  14. Matchail dit :

    Très intéressant et très dense ! Intéressante conclusion (très claire, surtout) et globalement avec l’idée qu’il faut privilégier les usages libres aux mécaniques libres (passer son temps à programmer/bidouiller dans le cambouis, ce n’est pas exactement ma vision de l’épanouissement humain).
    J’ai quand même un doute quand au fait qu’un tuyau pas libre avec tout un fonctionnement commercial pas libre et utilisant le libre uniquement pour continuer à être dans le coup (exploitant d’une certaine manière le réservoir d’innovation qu’est le libre sans contrepartie active, un peu comme l’usine exploite l’environnement, avec le résultat qu’on sait), j’ai quand même un doute, disais-je, sur le fait qu’il puisse déboucher d’un tel fonctionnement et d’une telle ligne de conduite des résultats permettant l’émancipation et la liberté d’usage et de pensée de l’usager.
    A l’exception peut-être des usagers initiés : notamment toi et tes lecteurs assidus… Quand à ceux qui n’ont pas ce recul, l’iPad sera une prison de plus, ils auront à peu près autant d’autonomie et de liberté que devant leur télé, sur une chaîne privée bien rôdée.
    Mode cynisme on // Et c’est pas en écoutant des mp3 de Mika piratés et en lisant des pdf de PPDA piratés que l’usager lambda va affirmer sa liberté…
    PS : si si, tu es un peu geek sur les bords. Et tu vois, j’ai fini par le lire ton article (même si je confesse avoir lu certains paragraphes sans trop savoir où j’allais et sans en retirer de sens évident).

    • merci pour l’effort de lecture et le commentaire ! 🙂 Tiens wikipédia dit que « Depuis le début du XXIe siècle, les multiples définitions qui furent attribuées au terme geek peuvent se résumer par leur point commun : le geek est celui qui s’évade grâce à son imaginaire, c’est-à-dire qui se divertit grâce à celui-ci, en se passionnant pour des domaines précis (science-fiction, fantastique, informatique…) dans lesquels il aura une connaissance très précise, et en s’insérant au sein de communautés actives de passionnés. » Je ne me sens pas geek, parce que je connais pas grand chose, ni à la science-fiction, ni au fantastique, ni à l’informatique ! Par contre, j’aime bien m’informer, essayer de comprendre et m’amuser avec des interfaces web, ça suffit pour employer ce terme ? je ne crois pas ! 😉

  15. N. A. dit :

    Bravo pour cet article, c’est un des meilleurs états des lieux que j’ai pu lire sur internet, cela va bien au-delà de la question de l’iPad. La pléthore de lien s’intègre tout à fait organiquement, j’ai fait chauffer Instapaper.
    C’était un vrai plaisir de vous lire ! Trop rare est la sensation d’avoir fait progresser sa réflexion sur un sujet en sortant d’un long post sur le web !
    Et de lecteur à lectrice, j’aimerais beaucoup avoir votre retour sur Journal d’un Caprice, un projet de roman iPad sur lequel je travaille, quand il sortira !

  16. En ce d茅but d聮ann茅e 2010, la marque suisse bouscule ses habitudes avec la collection Swatch Chrono Automatic.

  17. ryilhyxzkd dit :

    l’Ipad, ce pharmakon –
    ryilhyxzkd http://www.g0q0y1u7mgeu492i98xuonz63i66745ks.org/
    [url=http://www.g0q0y1u7mgeu492i98xuonz63i66745ks.org/]uryilhyxzkd[/url]
    aryilhyxzkd

  1. 2 septembre 2010

    […] Cet article a été publié initialement sur Bibliosession […]

  2. 6 septembre 2010

    […] sera de plus en plus rare. Concrètement ? J’ai longuement évoqué l’Ipad dans mon récent billet. C’est assurément un moyen d’habituer les gens à accéder de manière payante à […]

  3. 22 septembre 2010

    […] d’actualité sera de plus en plus rare. Concrètement ? J’ai longuement évoqué l’Ipad dans mon récent billet. C’est assurément un moyen d’habituer les gens à accéder de manière payante à […]

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