Nouvelle stratégie de la presse en ligne : faire payer le contribuable… et les bibliothèques

C’est un truisme de dire que la presse va mal. Matthieu de Vivie (cité par Narvic) a écrit une thèse sur la question du financement de la presse. Il en arrive à la conclusion suivante :

« il ne semble pas aujourd’hui envisageable qu’une diffusion sur internet, à elle seule, soit en mesure de financer la production d’information de grandes rédactions de plusieurs centaines de journalistes, telles que celles du Monde ou du Figaro. Si la version papier de ces médias fait défaut, leur survie apparait bien menacée. »

Et d’évoquer 2 pistes, pas très efficaces, pour le secteur :

  • La diversification à partir de gros sites (rachat de petits sites par des plus gros comme le figaro.fr)
  • Des sites « de niche » à l’audience plus restreinte et aux sources de revenus diversifiées (vente de services, abonnement, publicité, etc.)

Pourtant, il y a une source de financement qui n’est jamais évoquée : cette source, c’est vous et moi c’est le contribuable !

D’abord ce n’est pas nouveau mais ça mérite d’être souligné : tout simplement au moyen des subventions. Vous trouverez sur le site du Ministère de la Culture une synthèse de toutes les aides à la Presse. Je ne développe pas ici, à ce sujet je vous renvoie à l’enquête édifiante menée par Owni.fr! Extrait :

Durant les huit premières années de son existence, le fonds d’aide à la modernisation de la presse quotidienne et assimilée d’information politique et générale (FDM) a distribué ses substantielles subventions sans qu’une évaluation précise n’ait été mise en place pour contrôler la pertinence et l’efficacité de ces investissements. C’est en substance ce que conclut le Rapport de la commission de contrôle du fonds d’aide à la modernisation de la presse quotidienne. Ce rapport, évaluant 65 des 260 projets financés entre 2004 et 2007, pose en effet de nombreuses questions sur ces subventions, dont nous avons publié le détail le 9 août dernier.

Subventions pas très efficaces quand on voit la santé économique du secteur… Mais la Presse peut aussi compter sur les contribuables via les Bibliothèques, qui sont des services publics comme chacun sait. De puissants agrégateurs comme Europresse proposent la presse et ses archives en intégralité, sous forme de base de données accessible aux gens qui s’y déplacent (en général) j’y reviendrai.

Bibliothécaires, vous allez me dire que ça fait longtemps que ça existe ce genre d’offre pour les bibliothèques. Oui, mais le contexte vient de changer radicalement et vous allez voir que l’ensemble n’augure rien de bon pour l’information sur le web…

Tout est parti de l’annonce de Murdoch :

« Qu’il soit possible de faire payer pour des contenus sur Internet est une évidence, vu l’expérience du Wall Street Journal » a indiqué Rupert Murdoch lors de la dernière présentation des résultats trimestriels de son groupe News Corp »

De fait, ce point de vue est désormais une stratégie progressivement appliquée par les quotidiens français. N’avez-vous pas remarqué qu’il est de plus en plus rare de trouver un article gratuit en intégralité sur le site de Libération ?

Lemonde.fr en accès libre c’est fini, comme l’explique cet article de Rue89 daté de mars 2010 :

Le Monde fait un des plus grands paris de son histoire. Le quotidien du soir a annoncé la fin de l’accès gratuit aux articles du journal papier, et une offre payante complexe pour ceux qui voudraient continuer à les lire sur le site du journal et sur iPhone (et demain sur iPad). Un modèle de plus dans l’éventail des offres payantes dans la presse, et aucune certitude sur l’appétit des internautes pour payer… A partir de lundi, et de manière progressive, les articles publiés dans Le Monde ne seront plus disponibles pour les lecteurs gratuits du site LeMonde.fr. A la place, ils auront le flux classique de dépêches, la production de l’équipe du site, mais aussi vingt contenus originaux produits par la rédaction du quotidien pour le Web. La nuance est de taille et sera examinée à la loupe, les articles du quotidien étant malgré tout le principal produit d’appel de la marque Le Monde.

Nous sommes entrés dans une ère où l’accès libre à l’information de la presse d’actualité sera de plus en plus rare. Concrètement ? J’ai longuement évoqué l’Ipad dans mon récent billet. C’est assurément un moyen d’habituer les gens à accéder de manière payante à l’information. Apple a réussit à vendre l’idée aux patrons de presse (ou l’inverse mais bon qui de la poule ou de l’oeuf…) que les gens allaient massivement s’abonner à des applications permettant l’accès à des journaux-pdf. Rien ne dit que cette stratégie va fonctionner, rien ne dit que les gens ne préfèreront pas payer pour des interfaces plutôt que pour de l’information. D’ailleurs, les gens ont-ils jamais payé pour autre chose que pour un support (le papier) et non pas pour l’information elle-même ? Quoi qu’il en soit, pour l’Ipad, il est encore trop tôt pour tirer la moindre conclusion.

Qu’on ne s’y trompe pas, la démarche de la presse pour le grand public sur l’Ipad est le début d’une stratégie plus globale qui entraîne TOUTES les bibliothèques et non plus seulement celles des universités dans une voie financièrement très risquée pour les budgets publics et pour le rôle des bibliothèques !

Cette stratégie, c’est celle de l’enfermement dans des modèles payants qui monétisent ce qui relevait il n’y a pas si longtemps du web en accès libre financé par la publicité. Ce modèle ne fonctionne pas, il est en train de changer et les bibliothèques sont partie prenantes. Autrement dit, il va falloir payer, encore plus qu’avant. Pas convaincu ? Pour mieux comprendre, prenons un exemple bien concret. Europresse vous connaissez ? Surement si vous êtes bibliothécaires, pas forcément. Petit rappel : Europresse est une base de donnée vendue en particulier aux bibliothèques. Elle permet un accès au texte intégral aux contenus de journaux et de magazines francophones. C’est une base assez gigantesque :

Europresse.com pour Bibliothèques est une base de presse qui donne un accès numérique à environ 2 500 sources d’information. Europresse.com est riche de plus de 80 millions d’articles en archives et près de 100 000 nouveaux documents vient enrichir la base quotidiennement. Europresse.com pour Bibliothèques permet d’offrir aux usagers des bibliothèques publiques, universitaires ainsi qu’aux lycées, un accès simple et rapide à la presse française et internationale.

Alors Europresse c’était déjà pas donné et le « Nouveau europresse » sous couvert de changement de modèle de tarification sera encore plus cher, même si des négociations sont en cours avec le consortium Couperin, les bibliothèques essayant tant bien que mal de se regrouper pour peser sur ce marché où elles sont par nature en position de faiblesse.

La nouveauté c’est que Le Monde.fr a signé un contrat d’exclusivité avec Europresse. La conséquence est directe et violente : soit vous payez Europresse pour proposer le Monde et ses archives dans votre bibliothèques, soit vous refusez de payer et vous privez vos usagers d’une source incontournable qui n’est plus accessible librement sur internet.

Questions :

  • Comment expliquez-vous au collégien du coin qui veut faire un exposé qu’on a pas Le Monde à la bibliothèque parce que c’est trop cher ?
  • Comment les bibliothèques vont-elles prendre en charge ces coûts croissants de fourniture d’information ?
  • Sur quels autres services va-t-on prendre ces ressources financières ?

Mais plus fort encore : Europresse justifie son changement de modèle par l’augmentation de son offre en nombre de sources agrégées. Désormais, vous en avez pour votre argent chers contribuables avec plus de 3000 sources fiables dont un millier de blogs et des sites web !

Des blogs ? des sites web ? Mais lesquels ? Ben il suffit aller voir sur le petit moteur de recherche et de filtrer par langue (français) et par type de source : blogue. On obtient… 7 résultats !


La question n’est pas tant celle du volume, qui va certainement augmenter que celle de la démarche. En réalité la source « libération blogues » recouvre tous les blogs crée sur la plateforme, de même que les blogs du Monde diplomatique. Il s’agit ici de revendre du contenu crée non pas par des journalistes, mais par des blogueurs volontaires qui ont accepté les conditions générales d’utilisation de la plateforme (vous savez ces choses en petits caractères que personne ne lit). Je ne suis pas certain, par exemple qu’Hervé Le Crosnier qui anime un blog sur la plateforme du Monde Diplomatique soit ravi de voir ses articles « revendu » aux bibliothèques sans contrepartie !

Si l’on creuse encore un peu dans les sources, on s’aperçoit qu’il y a aussi une catégorie « twitter ». On n’y trouve non pas une liste de comptes, mais une fiche descriptive relative à twitter :


« Une sélection de tweets en anglais dans les domaines de la culture, de l’économie des finances et de la consommation ». Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?

Dans les sites web on trouve 91 sources en français dont rue89 et Marianne ainsi que tous les blogs de libé… En plus, c’est vous dire si l’offre est ciblée, on a droit à une belle sélection de sites internet d’actualité locale … au Québec !

Europresse joue donc sur deux tableaux : d’un côté des exclusivités incontournables et des sources gratuites « sélectionnées » (et puis sur quels critères ? ah bon c’est pas le bibliothécaire qui sélectionne ? ) qui assurent un volume justifiant des prix élevés ! Il s’agit de  revendre aux bibliothèques les contenus payants exclusifs de la presse agrémentés de contenus qui sont librement accessibles sur le web tout ça avec une valeur ajoutée technique à examiner…

Et si demain cette stratégie de la part de la presse s’étendait au web et à d’autres plateformes des infomédiaires comme Wikio ou Paperblog par exemple ? Et si demain les bibliothèques étaient un des rouages essentiels de la stratégie de balkanisation du web à laquelle on assiste ?

Je ne peux ici me retenir de vous proposer, oui vous Bibliothécaires, un rapide rappel historique. Tout ça ne vous rappelle rien ? Si vous êtes abonnés à Electre vous savez que cette entreprise revend elle aussi à prix d’or, une matière première (des informations bibliographiques) faiblement augmentée d’une « valeur ajoutée » (résumés mal foutus, premières de couv’). Matière première obtenue gratuitement après des éditeurs et qui est aussi disponible librement auprès d’autres fournisseurs : la Bibliothèque Nationale de France. :roll:

Les conséquences de la stratégie de repli défensif de la presse et plus largement des fournisseurs de contenus me semblent à moyen terme assez catastrophiques pour les bibliothèques :

  • Nous sommes en quelque sorte piégés dans nos propres missions par les fournisseurs de contenus qui s’adressent à nous en jouant sur le volume d’information que nous offrons à nos publics et négocient des exclusivité que nous n’avons pas le choix d’accepter sous peine de ne pas remplir nos missions de manière satisfaisante;
  • Malgré le formidable travail d’un consortium comme Couperin, nous ne pesons pas lourd face à ce qui est une stratégie de sauvetage de tout un secteur, celui de la presse et des contenus numériques dans un contexte de crise économique;
  • Nous sommes embarqués contre nous-mêmes dans une voie inverse à celle du libre accès à l’information et à la circulation de la culture;
  • Nous devenons des lieux d’accès à un web payant (payé par le contribuable), au risque de n’avoir à l’avenir que cette seule valeur ajoutée d’autant plus que nous persistons à proposer du contenu payant dans de beaux systèmes informatiques sécurisés et à filtrer l’accès au web gratuit

Un peu d’optimisme ? Pas aujourd’hui non. :cry:
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Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

14 Responses

  1. JM Salaun dit :

    Bonjour Sylvère,
    Je ne suis pas sûr de bien suivre le raisonnement. Autant, je comprends qu’il y a un danger sérieux pour le budget des bibliothèques à cause de la concentration des portails qui conduit à un monopole et une augmentation difficilement contrôlable des prix. Les BU en savent quelque chose avec les revues scientifiques. Il y a là une bataille difficile à mener, mais il faut la mener et avec l’aide des pouvoirs publics.
    Autant au contraire, je crois que cette évolution renforce le rôle des bibliothèques qui deviennent un lieu d’accès important, gratuit pour tous.
    Les bibliothécaires, par ailleurs, doivent-ils vraiment se désintéresser de l’équilibre financier de la presse, qui ne joue pas un rôle anodin dans nos démocraties ? Que je sache, ils achètent toujours des livres..
    Enfin il est un peu étonnant que les bibliothécaires ne se préoccupent pas plus du modèle de la pub sur le web qui, certes, rend gratuit les informations mais à quel prix pour la vie privée ! La bibliothèque est aussi un lieu d’anonymisation de la lecture.
    Bref, mis à part le premier argument fort, le reste me parait quelque peu corporatiste.
     

    • Voilà qui est assez cocasse ! Me taxer de corporatisme alors que je défends au contraire l’accès libre à la presse en dehors des bibliothèques, sur le web ! Ce qui me gêne c’est de défendre le fait que d’un côté le contribuable paie en amont pour le développement d’un secteur industriel (subventions) et que de l’autre les même deniers publics soient également sollicités pour payer l’accès à ces informations en aval (bases de données) sans qu’à aucun moment ne soit demandé aux prestataires la moindre contre-partie ! Bien sûr que les bibliothécaires sont tout à fait dans leur rôle en donnant accès à la presse, mais pas dans n’importe quelles conditions ! Force est de constater qu’aujourd’hui les offres sont éclatées, exclusives (et si demain libé donne une exclusivité à un autre agrégateur on le paie aussi en plus de l’autre parce que c’est dans notre rôle?). Oui pour que le secteur public soit un des marchés de la presse, si possible de qualité, mais non pour servir de béquille à un secteur sans aucune contrepartie ! Il y a un champ inexploré des politiques publiques en matière de qualité de la fourniture de contenus numériques…. Le même raisonnement est bien entendu valable pour l’édition, très subventionnée aussi alors même que les éditeurs ne se préoccupent guère des besoins spécifiques liés aux bibliothèques pour délivrer des contenus aux usagers.

      Ce qui est corporatiste, c’est bien au contraire de se féliciter de cette situation dans laquelle le « produit d’appel » des bibliothèques est le fait qu’elles donnent accès a du web fermé… Croyez-vous vraiment que ça va suffir à faire venir les 80% de gens qui n’ont jamais mis les pieds dans une bibliothèque à l’avenir ? Même en prenant en compte l’accès à distance, je ne crois pas que ce soit une solution viable, ni pour la presse, ni pour les bibliothèques. Ce qui est clair c’est que nous sommes dans des contradictions fortes entre le soutien à un internet neutre et libre et des logiques d’accès fermés qui grèvent les budgets publics. J’avais essayé de l’exprimer dans ce billet : Des licences “glocales” publiques dans les bibliothèques en attendant une licence globale ?

      Quant à « se préoccuper » du modèle de la publicité de la part des bibliothèques, je ne vois pas trop ce que vous voulez dire. Sur la vie privée et à la publicité je n’ai pas le temps de développer ici, mais je crois qu’il y a énormément de fantasmes à ce sujet. Sans nier l’influence par le marketing, je ne crois pas à sa toute puissance (voir mon billet sur l’Ipad où j’abordais ce point) et je ne crois pas non plus, bien au contraire, que la solution soit dans l’anonymisation (comme vous semblez le croire en parlant du lieu bibliothèque en l’opposant au web en accès libre payé par la publicité).

  2. B. Majour dit :

     
    Salutations
     
     
    Oui, je vois ce que tu veux dire sauf que…
     

    1) les subventions (pour les journaux) sont surtout des subventions de survie.

    Plutôt que d’avoir des milliers de journalistes au chômage, on préfère subventionner la survie de la profession… et assurer la survie des sous-traitants par la même occasion.
     
    Et là, tu trouveras encore plus de monde à ne pas mettre au chômage.
     
     

    2) la publicité sur Internet, c’est un leurre. (surtout quand une part, non négligeable, glisse dans la poche d’un tiers) et qu’il est possible de mieux cibler.

     
    En effet, à quoi sert de connaître le profil des internautes ?
    => si ce n’est à mieux cibler sa publicité,
    => à diminuer les coûts de cette publicité pour la même efficacité de ventes.
     
    Or les journaux sur-vivaient de cette manne financière que représente la publicité.
    Comprendre : ils offraient leurs plages de publicité fort chères, suivant leur nombre de lecteurs.
     
    Or ce nombre de lecteurs est multiplié par combien sur Internet ? Et que vaut une plage de publicité sur Internet, dans le meilleur des cas… à part des dixièmes de centime.
     
    Ils l’offraient fort chères, faute de concurrence.
    Maintenant, elle est massive. Massive et ciblée. Avec un retour direct d’expérience.
     
    Et si j’ai bien lu, pas loin de 50 % de la manne publicitaire des journaux s’est déplacée, avec au moins 30-40 % de cette dernière somme qui s’est volatilisée (le réchauffement climatique sans doute)
     
     

    3) il me semble donc normal que les équipes journalistiques en place essaient de survivre, et de revenir à un modèle payant : vous voulez de la valeur vraiment ajoutée, il faut payer.

     
    Oui, c’est possible. Mais dans les espaces de niches. (Ce qui suppose, ici, un vrai travail de journaliste, et pas des digéreurs de prébouillie AFP, ou moins bien que les membres de twitter plus rapides et plus réactifs)
     
    Le Wall Street Journal apporte cette particularité de niche.
    Mais pas les journaux généralistes. (en décodé, pas l’info traitée par les journaux gratuits, qui eux, étrangement, arrivent quand même à survivre et se développer. Cherchez l’erreur !)
     
     

    4) Tout ça pour en arriver à ce que tu dis :

    Certains vont essayer de nous fourguer des montagnes d’information ou de sources (à majorité gratuite ?) et tenter de nous les faire payer.
     
    Un truc me chiffonne ici, pourquoi devrions-nous payer de manière obligatoire. (pour attirer les 70-80 % de gens qui vivent sans les bibliothèques… et qui en vivent fort bien, hein ! :-) )
     
     
    Dans ma structure, si je n’ai pas le Monde diplomatique, je ne l’ai pas.
    Et, à tout prendre, je ne me pencherai sur la question que si plusieurs lecteurs me le demandent régulièrement (rentabilité de mon budget oblige).
    Mais, avant tout, je vais chercher si je peux l’avoir autrement. Et à défaut, fournir la presque même info autrement.
    Au moins, le collégien pourra croiser ses sources avec ses compagnons et découvrir un traitement différent.
    Je ne parle même pas de blogs accessibles en mode gratuit.
    Pourquoi voudrais-tu payer pour ça ? (ce n’est pas du tout une offre ; d’ailleurs on peut nous-mêmes créer ce genre de liste.)
     
    Autre question immédiate : en quoi est-ce vraiment utile à l’usager ?
     
    Certes, la bibliothèque peur m’offrir la Lune, mais à quoi ça me sert si je n’ai pas envie d’y aller.
     
    Tu sais, je crois que, dans les bibliothèques, on s’illusionne beaucoup sur l’offre pléthorique du style : il faut tout offrir pour satisfaire tout le monde.
     
    Car, à vouloir satisfaire tout le monde, on ne satisfait personne.
     
    Et je reste persuadé qu’il vaut mieux offrir très peu, mais du très bon (bon suivant les contextes particuliers propres à chacun.) à ceux qui viennent.
     
    Du très bon, plutôt que beaucoup de médiocre, comme dans les supermarchés de l’information.
     
    Pour moi, les bibliothèques ne sont pas des supermarchés de l’information.
    Ne devraient pas l’être.
     
    Ce qui impose de trier, sélectionner, ce que nous offrons.
    Chose que nous réalisons déjà très bien pour les documents physiques.
     
    Alors, pourquoi être moins exigeants avec le Web ?
     
    Bien cordialement
    B. Majour

    • Tu parles du Monde diplomatique là où je te parles des grands quotidiens nationaux, Le Monde en particulier, du coup ta démonstration ne me semble pas valide car le choix de l’avoir ou pas n’existe pas pour une bibliothèque ! Il y a des incontournables qu’il est indispensable de fournir au citoyen en quête d’information. Après qu’il y ai des choix oui, mais le problème est bien celui que connaissent actuellement les université : de moins en moins de choix au titre et de plus en plus de bouquets sans choix au titre… Sinon pour un modèle payant, oui pourquoi à partir du moment où se dégagent une vraie valeur ajoutée dans le traitement de l’information. Je ne suis pas le premier à constater que c’est de moins en moins le cas pour une presse qui reprends en les étoffant un peu des dépêches AFP. Alors oui, les internautes proposent la quadrature du cercle : une presse de qualité, librement accessible. Aux entreprises de trouver le bon modèle. Voici ce que le directeur de Rue89 écrivait en 2009 : « Nous avions parié sur un modèle économique prudent, puisque nous ne sommes pas uniquement un site gratuit d’information qui vit de recettes publicitaires, nous proposons également des activités connexes : web agency et formation professionnelle. Notre web agency se porte bien, nous recrutons d’ailleurs un troisième informaticien qui arrivera fin janvier. Nous avons développé la formation professionnelle pour répondre à une forte demande de formation au journalisme web. Aujourd’hui, la publicité représente 40 à 50 % de nos revenus, nos activités de service 40 % et le reste environ 10 %. Nous nous sommes lancés sur une intuition journalistique, en l’absence de modèle économique précis dans ce secteur nouveau. Il n’est donc pas figé. Mais je suis convaincu, maintenant que nous avons validé le modèle journalistique, que nous sommes dans la bonne voie pour le définir. »

  3. JM Salaun dit :

    Il y a malentendu, sans doute me suis-je mal exprimé.

    Il me semble plutôt sain dans une démocratie que la presse privée soit subventionnée (sans préjuger ici de la validité des critères ni des montants, ni du nécessaire contrôle). Il me semble aussi sain qu’elle ne relève pas uniquement du marché publicitaire, mais aussi du marché des lecteurs. Il ne me parait pas anormal que les bibliothèques paient pour pouvoir donner accès à leurs lecteurs à des informations qu’il a été très couteux de récolter. Nous sommes donc, si j’ai bien compris, d’accord sur ce sujet.

    Maintenant penser que les bibliothèques serviraient de béquille à la presse, me parait une vue de l’esprit, même si il aura certainement des négociations difficiles sur les tarifs. Le marché de la presse est ailleurs. Et je crois qu’il est un peu facile de critiquer de l’extérieur une branche qui a beaucoup tâtonné et tâtonne encore sans trouver de solution viable à son problème économique. C’est en ce sens que je parlais de corporatisme, c’est à dire une vision par le petit bout de la lorgnette bibliothéconomique. Mais le vocable est sans doute inapproprié et la critique exagérée.

    Par contre, cela a toujours été le rôle des bibliothèques de retirer les documents du marché pour les rendre accessibles à la communauté. Il ne s’agit pas d’un produit d’appel, mais bien d’une mission.

    Je ne crois pas que cela a grand chose à voir avec la neutralité du net qui traite des débits dans les réseaux et non de la gratuité des contenus.

    Sur la publicité, je ne suis pas sûr que nous parlions de la même chose. Mais j’attends de lire votre billet.

    • Sur votre premier point, vous mettez des nuances là où je dénonce une situation qui n’est plus saine. Sans développer ici, Narvic à très bien expliqué ça dans cet article : Subventions à la presse en ligne : une trahison pour un plat de lentilles et encore plus clairement ici : Comment les pros de l’info tentent un hold up sur l’internet. Pour résumer : il existe un moment où les subvention ne sont plus de l’aide légitime au hors-marché ou à ses marges, mais où elles deviennent des béquilles qui empêchent toute innovation et freinent les tentatives plutôt que de les encourager. Sans doute cette solution est-elle transitoire et partagée par nombre d’industries culturelles qui voient leur modèles économiques bousculés. Il ne me semble pas du tout biblio-centré d’appeler en tant que citoyen à ce que la presse expérimente, tout comme les bibliothèques, les libraires, les éditeurs qui tatônnent.

      Sinon je vous rejoins sur ce point : les bibliothèques seront UNE béquille de la presse, mais tout de même le marché des agrégateurs concerne toutes les bibliothèques publiques, qu’elles soient universitaires, municipales, spécialisées, ou dans l’éducation nationale. Une des voies serait de négocier globalement un tarif acceptable : une licence nationale, mais comme les ministères concernés sont différents ce n’est pas demain la veille.

      « Par contre, cela a toujours été le rôle des bibliothèques de retirer les documents du marché pour les rendre accessibles à la communauté. Il ne s’agit pas d’un produit d’appel, mais bien d’une mission. » Pour moi c’est précisément ce qui a changé avec le web ! C’est parce le modèle du libre accès à l’information (financé par la pub) était actif qu’énormément d’internautes ont pu avoir accès à des informations. Même si ce n’était pas le fait des bibliothèques dire ce que vous dites revient à se satisfaire de ce recul du libre accès à l’information qui devient payante et accessible dans les bibliothèques, justifiant par là même leur existence, si ça ce n’est pas une forme de corporatisme… Je reste convaincu que les bibliothèques sont un outil de politique publique dont le rôle ne sera pas forcément à l’avenir de fournir de l’information payante, pas seulement, et que ce ne sera plus cette valeur ajoutée là par rapport au web de tout un chacun qui sera le moteur de leur fréquentation, il faut bien entendu développer d’autres aspect, de l’expérience-utilisateur » que connaissent les gens dans les établissements, dans l’usage des lieux.

      Pour la publicité, pas particulièrement de billet prévu, mais je vous recommande cette émission avec J-m. Manach sur la vie privée et les données personnelles et la publicité, si je peux me permettre.

  4. Matthieu de Vivie dit :

    Bonjour,
    A-t-on idée du montant des contrats signés par la presse avec les bases de données et autres agrégateurs (par exemple l’exclusivité du Monde avec Europresse) ? Est-ce que la presse gagne beaucoup plus qu’avant par ce biais ? Ou est-ce seulement Europresse et autres agrégateurs qui tirent profit du manque de concurrence pour surfacturer les bibliothèques ? Dans ce cas, cela me parait dangereux pour ces agrégateurs : la valeur perçue (agrégateur de blogs et médias, gratuits sur le net + qq contenus exclusifs) est bien inférieure à la valeur payée. Quid de l’arrivée d’un nouveau concurrent tel que Google (ou de l’abandon des agrégateurs par les bibliothèques) ?
    De manière plus générale, il me parait aujourd’hui plus difficile de faire payer le contenant. Impossible de tirer des conclusions sur l’iPad par exemple, mais du fait du grand écran, un navigateur (ou lecteur RSS) doit suffire au plus grand nombre

    • C’est en effet une très bonne question, je n’ai pas ce chiffre et je suppose qu’il est confidentiel… En fait les agrégateurs comme Europresse sont déjà bien implantés sur ce marché institutionnel et continuent de jouer la carte de leur valeur ajoutée avec les archives des quotidiens ce qui pour le coup est nécessaire dans une bibliothèque, attendu par les usagers comme les bibliothécaires. Quant à savoir si d’autres arriveront comme google à conquérir ce marché, on verra bien mais ces agrégateurs ont encore quelques années devant eux si l’on ajoute à l’arrivée d’un nouvel acteur l’inertie des collectivités et universités à choisir la meilleure offre.

  5. JM Salaun dit :

    Je connais bien les analyses de Narvic, mais elles pèchent par une absence de solution crédible. Je connais bien aussi celles de JM Marnach, mais j’ai le sentiment que nous n’en faisons pas du tout la même lecture.. peut-être suis-je un vieux con ;-).
    Quant à penser que la publicité a libéré l’accès aux informations sur le web, c’est faire une analyse un peu courte. Pour s’en tenir à la presse, Google a réussi à financer la recherche d’information par l’ouverture d’un nouveau marché publicitaire qui a eu tendance à dévaloriser les anciens, dont celui de la presse. De façon superficielle, on peut considérer qu’il s’agit d’une avancée, mais à moyen terme cela assèche les industries de contenu et il y a nécessairement un recadrage. C’est bien ce à quoi on assiste aujourd’hui.
    Disant cela, je ne me réjouis pas pour autant de la montée de nouveaux oligopoles qui vont verrouiller les accès.
    Enfin, je maintiens que les bibliothèques ont toujours un rôle d’accès aux documents, hors marché, car je ne crois pas une seconde qu’il n’y a pas de marché sur l’internet.

    • « De façon superficielle, on peut considérer qu’il s’agit d’une avancée, mais à moyen terme cela assèche les industries de contenu et il y a nécessairement un recadrage ». Pas faux, reste à savoir comment se fait ce recadrage… on peux souhaiter le contraire ou le regretter mais nous aurons de fait affaire à des oligopoles, tout ça est bien une question de politiques publiques. Souhaitons que nous ayons la capacité de proposer des licences glocales (globale et locale) dans les bibliothèques, et que nous ne misions pas sur le seul atout de l’accès.

  6. Et si on citait les deux spécialistes des médias français que sont Patrick Eveno et Dominique Wolton (entretien publié aux Echos du 3 avril 2008) :

    P. Eveno — […] la corporation de la presse française, gérée dans un système d’aides de l’Etat. Ce sont celles-ci qui lui permettent de survivre depuis un quart de siècle. En 1945, on a pensé la presse en termes politiques et jamais en termes d’économie d’entreprise.
    D. Wolton — […] A partir du début des années 1980, les éditeurs ont cédé à la mode des nouvelles technologies en investissant massivement dans des imprimeries ultra- modernes. Des ingénieurs systèmes leur ont fait perdre tout leur argent. Ils n’ont pas repensé les rédactions. Ils n’ont pas repensé le lectorat. Les patrons de presse n’ont pas vu que la société a changé. Ils n’arrêtent pas de parler de la crise de la presse, ils n’arrêtent pas d’obtenir des aides de l’Etat. Ils ont tout remis en cause sauf eux-mêmes. Ils n’ont pas compris que le lecteur était intelligent.
    P. E. — Ils ont fait du lobbying permanent pour assurer leurs fins de mois. Quand on est dans l’industrie ou le service, il faut s’occuper du client.
    My 2 cents : ces aides, cette fois, ne leur permettront pas de survivre. Même si l’Etat décide de les augmenter nettement, les déficits et l’endettement sont devenus trop importants. Le FDM a alloué 25 millions en 2008 ? Eh bien, le besoin de financement actuel de la seule Tribune est de 10 à 15 millions … Faites le calcul. Ces deux dernières années, quelques titres locaux ont mis la clé sous la porte. clairement, ce n’est pas fini.

  7. Le total des aides directes et indirectes à la presse française est plus élevé que ce que je pensais.
    Extrait du Figaro du 9/9/10 :
    >> « Il faut remettre à plat les aides à la presse »
    Le rapport d’Aldo Cardoso a été remis aux ministres de la Culture et du Budget.
     
    à partir de la page 23 INTERVIEW L’ancien président d’Andersen, Aldo Cardoso, a remis hier aux ministres de la Culture, Frédéric Mitterrand, et du Budget, François Baroin, son rapport sur « La gouvernance des aides publiques à la presse ». Sous forme de quinze propositions, ses conclusions suggèrent notamment la création d’un fonds stratégique pour remédier aux effets pervers d’aides d’État jugées trop nombreuses et versées sans contrôle aux éditeurs. Le FIGARO. – À combien s’élèvent les aides d’État à la presse ? Quel est leur rôle ? Aldo CARDOSO. – Ce rapport est le premier à s’attaquer aux différentes aides à la presse écrite : à leur efficacité et leur mode d’attribution. Les aides de l’État à la presse atteignent plus d’un milliard d’euros par an, soit 12 % du chiffre d’affaires du secteur, réparties entre 401 millions d’euros d’aides indirectes (taux de TVA réduit, exonération de la taxe professionnelle…) et 626 millions d’aides directes (au pluralisme, à la diffusion, à la modernisation…). Au total, on dénombre une douzaine d’aides directes à la presse, dont certaines remontent au XIXe, qui ont chacune un mode de gestion spécifique, non contrôlé. Malgré ce maquis d’aides, la presse se porte mal […] <<

  8. Filca dit :

    Je ne vous suit pas dans cette histoire. Autant je suis d’accord avec JM Salaun  :
    « Il me semble plutôt sain dans une démocratie que la presse privée soit subventionnée (sans préjuger ici de la validité des critères ni des montants, ni du nécessaire contrôle). Il me semble aussi sain qu’elle ne relève pas uniquement du marché publicitaire, mais aussi du marché des lecteurs. Il ne me parait pas anormal que les bibliothèques paient pour pouvoir donner accès à leurs lecteurs à des informations qu’il a été très couteux de récolter. »
    Dans une logique économique libérale, le vendeur propose un produit et le bibliothècaire n’est pas obligé de l’acheter. Cela explique que je ne trouve ni toutes les revues, ni tous les livres que je veux dans ma bibliothèque de ville. Si la presse se montre trop gourmande, elle n’arrivera pas à vendre ses produits. Pour ce qui est des subventions, c’est un des prix à payer pour que le pluralisme de la presse continue, élément essentiel de la démocratie : comme citoyen, cela ne me gêne pas.

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