De l’animateur de communauté à l’architecte en médias sociaux du point de vue des bibliothèques

D’habitude je n’aime pas relayer les informations liées aux « community managers », parce que (sans aller aussi loin que Thierry Crouzet) je trouve que c’est un anglicisme fourre-tout qui sert surtout à renouveler un marché de services aux entreprises. Je fais une différence fondamentale entre créer et propulser des contenus amateurs depuis une position institutionnelle (une bibliothèque) par rapport à une marque.

Ceci dit, une infographie a récemment retenu mon attention. Elle s’attache à détailler en français différents 9 métiers (qui ne sont pas forcément des métiers en soi, mais aussi des fonctions) liés aux médias sociaux. La voici : je commente ces métiers en dessous, n’hésitez pas à jouer de la souris !

Il me semble que les premières de ces différentes catégories sont applicables à une bibliothèque qui souhaite développer un projet de médiation numérique. Cette répartition des rôles a le mérite de faire apparaître la différence entre celui qui intervient directement sur les médias sociaux (numéro 1, le community manager) et l’architecte social média (numéro 4 qui va définir une stratégie globale et susciter, par exemple des identités numériques). Par contre, la hiérarchisation induite par le dégradé de bleu vertical me semble complètement fausse, parce qu’elle induit un ordre entre des fonctions/métiers qui sont de natures différentes dans un organigramme.

Voici rapidement quelques commentaires sur chacun des métiers/fonctions proposés, de mon point de vue, dans le cas d’une bibliothèque lambda organisée en départements thématiques (je prends les intitulés français) :

Gestionnaire de communauté => Il peut s’agir du (ou des) responsable(s) de département(s) thématique(s), coordonné(s) par le responsable de la politique documentaire, lui même endossant des fonctions de « gestionnaire de contenus » (voire d’architecte, cf plus bas). Il s’agit de développer et d’animer des communautés thématiques, et il me semble que ceux qui sont chargés d’une thématique que ce soit en terme de collections ou d’accueil sont les mieux placés pour intervenir et interagir dans des cadres négociés à l’avance dans l’organisation. Insister dans le titre sur la communauté ne veux pas dire à mes yeux qu’ils ne créent pas de contenus, bien au contraire, il me semble qu’il faut absolument coupler ces deux fonctions.

Gestionnaire de contenus => c’est le responsable éditorial, c’est à dire que c’est lui coordonne la production éditoriale, c’est un peu le rédacteur en chef me semble-t-il, celui qui va motiver les troupes a propulser des contenus ou à en créer, il doit connaitre l’ergonomie éditoriale et l’écriture web.

Veilleur => Il s’agit d’une fonction de documentaliste responsable d’une cellule de veille (rare dans une bibliothèque). En revanche la veille est une activité qui doit être propre à chaque « chargé de collection » ou à chaque « chargé de contenus » sur son thème. L’ensemble pouvant être coordonné sur des thématiques globales au niveau de l’architecte en médias sociaux.

Stratège ou architecte en médias sociaux => C’est ce qui me semble le plus intéressant dans cette infographie, la mise en évidence de celui qui va définir et coordonner avec le gestionnaire de contenus et les gestionnaires de communautés les dispositifs de médiation numérique, c’est aussi lui qui impulse la mise en oeuvre de dispositifs innovants et accompagne les équipes. La notion d’architecte montre que les compétences portent à la fois sur les usages, les outils mais aussi la gestion de projet.

Voilà pour les 4 métiers/fonctions qui me semblent intéressants, à partir de là ils sont moins adaptées au secteur public.

Quant au spécialiste du référencement et au webmaster 2.0, il me semble qu’ils relèvent plus de fonctions spécifiques que d’un métier à part entière. Je note la proximité du webmaster 2.0 tel qu’il est définit ci-dessus avec les métiers liés au journalisme de données... On pourrait tout à fait acceuillir ce genre de compétences dans une bibliothèque où les données sont légions. Personnellement je ne l’aurait pas nommé Webmaster, mais bien Gestionnaire des données, c’est-à-dire celui qui est capable de structurer les données d’une bibliothèque de manière à pouvoir aisément mettre en oeuvre des dispositifs de médiation.

Chargé de développement commercial 2.0 => sans véritable objet pour une bibliothèque, il peut néanmoins exister comme une fonction pour les établissements comme les musées qui ont une activité commerciale de vente d’objets ou de produits dérivés…

Directeur de communication 2.0 => idéalement il est une émanation du service communication de la ville.

Plannificateur 2.0 => alors là j’avoue avoir du mal à le cerner celui-là… pourquoi séparer la conception, la mise en oeuvre et la plannification ? Il me semble que cette dernière relève d’une fonction commune à l’architecte pour la stratégie globale tout comme des gestionnaires de contenus ou de communautés…

Tout ça reste bien entendu une esquisse à reprendre et à affiner, voilà en tout cas des pistes intéressantes qui ont le mérite de resituer les activités liées aux médias sociaux dans des fonctions, des compétences et des métiers, donc dans une organisation !

Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

3 réponses

  1. amarois dit :

    Ha, oui, très très bon cette infographie. Et merci pour la reformulation / critique / analyse.
    Ta mise au point du début sur les « fonctions » est essentielle : à part pour les grosses grosses bib très innovantes aux équipes structurées et bien managées (une seule, à ma connaissance), c’est souvent une, ou 2, personnes qui les cumulent, ou qui sont sensées les cumuler : le « webmaster » (entre guillemets car la plupart du temps en bib c’est quelqu’un qui n’a pas de culture web ou pratiquement pas mais qui est assez bon informaticien pour gérer à la fois l’opac, le sigb et le site, ce qui est bien pratique pour les RH :-)) et le « chargé de com » (et là, là…).
    J’aurais aimé avoir ton analyse quant aux « fonctions/ métiers » les plus « collaboralisables » : je dirais « veilleur » et « community manager » (ce n’est pas un état de fait, attention : la veille est sans doute la chose la moins partagée au sein des équipes en bib !). Pour moi les fonctions les plus critiques et les moins partageables sont « Stratège ou architecte en médias sociaux » et « Gestionnaire de contenus ». Faire faire sa révolution copernicienne à une équipe pour que systématiquement les personnes penses à se coordonner et à valoriser conjointement les actions, ressources, outils,…de l’établissement bien en amont puis en aval (expo, achats, projets divers nouvelles ressources élec,..) est, selon moi, totalement illusoire (<= avis tranché, extrémiste, subjectif, de fin de semaine)

    • Ah je ne partage pas ton point de vue de fin de semaine ! 🙂 On retrouve là des problématiques proches de la poldoc, si c’est formalisé, en mode projet et dans les fiches de poste, alors on a des moyens de faire entrer ça dans les tâches quotidiennes. Mais on avance en marchant hein, et c’est clair qu’aujourd’hui (on le voit bien en formation) la situation est en pleine évolution…

  2. Alain Marois dit :

    Je relis ce formidable post. Encore merci; il va servir. Plein de remarques à te faire, mais déjà, pour ton questionnement concernant le Social Media Planner : tu as sans doute raison de dire que cela est transverse au CM ou à l’architecte. Cependant, dans les faits, c’est quelque chose qui est nécessaire dans les grandes organisations. Et pas que : qd j’étais CM de l’institution de rattachement, dès que je réfléchissais à une pratique décentralisée et collaborative (naïf je suis, naïf je resterai :-)) de l’alimentation (rien que ça, sans parler d’animation-modération, etc) des canaux, je buttais sur le risque de doublons, trop-plein d’info suite à non-coordination. Impossible de mettre en place des procédures strictes : contre-productifs, décalé vis à vis des temporalités et potentialités, etc. J’ai testé les fonctions collaboratives des plate-formes comme Hootsuite par exemple, et surtout les options de programmation de diffusion de contenu, pour palier à cette situation. D’ailleurs, c’est le principal argument de vente de leur modèle premium à ces plate-formes : permettre une organisation collaborative fluide, full web, en temps réel, d’une équipe en back-office des SRS. AM

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