Universités : du podcast au dispositif de médiation numérique pédagogique

Intéressante intervention proposée par Vincent Mabillot à l’occasion du récent Colloque Document numérique et société auquel j’ai eu la chance d’assister et dont vous pourrez trouver l’intégralité des interventions éditées par l’ADBS ou alors en accès libre sur @rchiveSIC (toutes les interventions n’ont pas été versées semble-t-il).

Vincent Mabillot pose de manière tout à fait intéressante les enjeux des podcasts à l’Université, avec un article intitulé : Baladodiffusion à l’université, innovation ou soumission pédagogique de l’enseignant-chercheur

Après avoir souligné les multiples compétences et moyens permettant d’organiser la diffusion audio ou vidéo de contenus pédagogiques en mode asynchrone, il pointe la dérive de certaines universités tentées par des services « clés en main », ce qui n’est pas sans poser de grave problèmes :

  • Absence de remixage, et donc retranscription brute de la captation sans prise en compte d’une spécificité d’une lecture asynchrone.
  • La chaîne utilise des technologies propriétaires d’un célèbre constructeur informatique et les ressources générées sont « ficelés » dans des formats contraignant l’utilisation de logiciels de lecture et d’édition spécifiques (ce qui crée des contraintes éthiques, juridiques et économiques).

C’est aussi que l’intérêt pédagogique d’un cours écouté à la maison n’est pas évident pour certains :

De nombreux enseignants réfutent l’intérêt pédagogique de cette situation : Les enseignants non-utilisateurs signalent que ce n’est pas pédagogiquement adapté, qu’on perd la dimension du débat. D’autres rendent compte qu’il y a une difficulté d’adaptation du format à la sollicitation de l’attention : il serait difficile de substituer deux heures de cours en présentiel par une version « en ligne » de la prestation qui serait plus fastidieuse à suivre, qui disqualifierait l’intérêt d’une prestation en présence, et qui abandonne l’étudiant à sa seule compréhension intuitive des documents.

Il serait tentant de prendre pour acquis que le temps d’attention à la maison n’est pas le même que celui d’un cours pour rejeter ce genre de projet. De même l’industrialisation tentée par certaines universités peut suffire à rendre allergique à la captation audio et vidéo. En réalité, ce qui fait défaut dans la plupart des cas, ce n’est pas le podcast et sa gestion, mais bien le projet pédagogique dans lequel le podcast s’insère :

On peut aussi envisager que le principe même de l’individualisation comme base des dispositifs formatifs est un postulat pédagogique discutable : l’individualisation de l’accès aux ressources transformerait l’enseignant en documentaliste qui sélectionne des sources et abandonne sa compétence à animer l’appropriation de ces dernières dans un contexte socio-constructiviste. Lorsque nous faisons se constat, c’est pour remarquer que trop souvent les fonctionnalités d’animation pédagogiques des plate-formes de formation (comme Moodle, Chamillo, Dokéos…) sont délaissées au profit de la dimension « dépôts de ressources à consommer quand ça m’arrange ». L’accompagnement, l’explication, l’échange autour de la ressource sont occultés. D’une certaine manière, au lieu de considérer la ressource comme le prétexte d’une construction et élaboration pédagogique collective, on tombe dans une utilisation pragmatique et opportuniste de la « disponibilité de la ressource magistrale » ou auto-portante. L’intérêt : démultiplier le nombre d’auditeurs sans augmenter le nombre de formateurs.

Très clairement le podcasting a été envisagé à plusieurs reprises dans nos établissements pour lutter contre la surcharge des cours ou l’absence de ceux-ci (notamment pendant les périodes de conflits universitaires). En individualisant l’accès à distance à la ressource on s’affranchit des contraintes de la coprésence physique mais on perd des opportunités de socialisation des apprentissages que ne rétablissent que sommairement les dispositifs de communication collectifs en ligne.

L’utilisation des baladodiffusions crée des supports d’apprentissage pour remplir des parcours pédagogiques mais reste inerte en terme de relation didactique.

Ainsi on arrive facilement a de graves dérives par un usage opportuniste de l’outil technique de captation et l’absence de PROJET. Comment ne pas voir là une proximité très forte avec les enjeux liés à la médiation numérique dans les bibliothèques ? Il s’agit dans tous les cas de se positionner sur les contenus et d’en faire des projets. Il me semble qu’il y a là une opportunité pour les bibliothécaires de développer avec les enseignants et les services informatiques des dispositifs de médiation pédagogique tout à fait intéressants, si bien entendu les moyens techniques et humains le permettent. Voilà encore une preuve éclatante des convergences fortes entre BU et Bm. Vincent Mabillot rappelle aussi les conflits potentiels liés au droit d’auteur :

Ce conflit fait naître entre les enseignants et leurs établissements des enjeux sur l’appartenance des supports et leurs utilisations. Si l’enseignant reste auteur (Bergheaud, 2009), la contribution « scéno-technique » d’autres acteurs et la copie pédagogique des étudiants le dépossède du contrôle de l’utilisation et de la diffusion. Cet enjeu s’est traduit au sein de l’université Lyon2, dans le cadre des baladodiffusions, par l’évolution du contrat de diffusion passé entre les enseignants « captés » et l’université. D’un contrat d’édition traditionnelle réservant des droits spécifiques à l’université, nous sommes passés à un contrat sous creatives commons permettant de libérer et protéger certains usages que les enseignants trouvaient menacés (Lemétayer, 2009).

Rappelons que si les licences creative commons apparaissent dans bien des cas comme des solutions efficaces aux problèmes de droit d’auteur dans le cadre de conférences (nous les utilisons à la Bpi), on ne saurait manquer de prendre en compte le cadre spécifique qu’est le cadre pédagogique :

Cette réflexion se prolongent dans le cadre de l’élaboration des licences de type « Open Education » et leurs utilisations par exemple dans le cadre de l’initiative OpenCoursware du MIT. Inspirées des Creatives Commons et des licences de type GPL, elles visent à produire des ressources qui répondraient à quatre « R » : Ré-utilisable, Révisable, Re-mixable, Redistribuable. L’objectif serait ainsi de protéger la production de contenu pédagogique et leur accès quelques soient leurs formes d’intégration. Elles pourraient ainsi être des grains à disposition de la communauté des pédagogues et leurs accessibilité par les apprenants seraient préservées

Ne pas confondre avec les licences ayant la même appellation chez Microsoft et qui sont en fait des offres mercatiques « sites éducatifs » pour faciliter la pénétration et la création d’habitude aux produits de l’éditeur.

Puisque le numérique est partout la question est donc : quelle est la valeur ajoutée des bibliothécaires pour ce type de projets ? Il me semble que la réponse porte en elle le véritable enjeu des métiers de l’information : devenir médiateur.

Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

2 réponses

  1. btjtgdgxnj dit :

    Universités : du podcast au dispositif de médiation numérique pédagogique –
    abtjtgdgxnj
    [url=http://www.g881e30cjualv7u905pe8haq55855ol8s.org/]ubtjtgdgxnj[/url]
    btjtgdgxnj http://www.g881e30cjualv7u905pe8haq55855ol8s.org/

  1. 13 décembre 2010

    […] : Silvae, qu'on ne présente plus pour qui fréquente un peu la biblioblogosphère française, ayant également réagi sur le papier de Vincent Mabillot, je vous en conseille la […]

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