Formations à la médiation numérique dans les bibliothèques : pourquoi et pour qui ?

Une bibliothèque publique est très souvent pluridisciplinaire. Les nombreuses expérimentations autour des politiques documentaires depuis les années 90 on largement montré  les écueils du positionnement s’exprimant ainsi  : on s’adresse à tous sur tout. Depuis des années on sait qu’il faut apprendre à cerner des besoins documentaires pour des publics. C’est la même chose sur le web si l’on veut faire de la médiation numérique et utiliser les médias sociaux pour porter des contenus et/ou des évènements vers des gens que ça intéressera, encore faut-il savoir comment les identifier et entrer en contact avec eux. Aujourd’hui, les formations sur le numérique dans les bibliothèques ont toujours deux angles : les outils (comment) ou les ressources (quoi). Jamais l’identification de communautés d’intérêt n’est abordée (pour qui), comme si ça allait de soi !

Mise en abîme : ce discours s’applique nécessairement aussi à l’ingénierie de formation ! Le numérique il en faut pour tout le monde, c’est bon à manger et ça commence limite à se vendre mieux que le catalogage ou les stages RAMEAU. Alors on sensibilise à coup d’ateliers web 2.0, blogs et wiki sans poser la question suivante : POURQUOI FAIRE ? QUEL EST LE PROJET ? Là je vais être radical : il me semble quasi-inutile d’envoyer toute votre équipe en formation web 2.0 👿 ou en formation médiation numérique 😆 s’il n’y a pas de projet. Dans le meilleur des cas ça aura pour effet de sensibiliser des cadres qui pourront alors s’appuyer sur d’éventuelles compétences internes pour initier un éventuel projet. Au pire vous aurez frustré tout plein de gens qui n’ont pas de pouvoir de décision et qui se sentiront très seuls après la parenthèse enchantée de la formation, car ils ne pourront pratiquer la médiation numérique qu’à 4 conditions :

On avance : nous (= l’équipe de tournage de Biblioquest) avons crée en 2010 la formation Biblioquest destinée aux cadres, qui vise (entre autre) à remplir ces 4 conditions, ça c’est fait ! En 2011, nous allons poursuivre le travail avec le CNFPT. Car il y a bien deux cas, deux publics et donc deux types de formations à bien distinguer :

1. Les cadres et les médiateurs numériques ou assimilés ont besoin d’une bonne connaissance du contexte  numérique, des outils et des enjeux pour développer et coordonner une projet de service qui intègre un volet numérique au service des missions de la bibliothèque

On les forme à tout ça dans Biblioquest, on parle poldoc, on parle management, ça dure 3 fois 3 jours, c’est copieux mais on en ressort formé et motivé ! Voici le programme de la première trilogie du changement en bibliothèque !Intéressé(e) ? On en parlera publiquement au prochain salon du Livre, mais vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire à la saison 1 ou la saison 2 ou alors la saison 3 à Montpellier fin 2011 mesdames et messieurs !

La tâche est immense, c’est vrai que c’est un investissement et qu’on touche peu de professionnels chaque année, est-ce pour autant une goutte d’eau dans l’océan ? Ben non, c’est un début ! Sachez que le CNFPT travaille (avec le même « nous ») à multiplier les sessions de cette formation en 2012 (voire en 2011) et à élargir l’offre de stage et donc le nombre de formateurs capables de traiter ces questions. Pour ma part, je participerai en 2011 aux formations initiales des bibliothécaires d’état et des conservateurs (nouvelle formule de l’ENSSIB, tronc commun) où on aura moins de temps certes, mais on parlera médiation.

Actuellement, et c’est très rassurant, je suis comme d’autres copieusement arrosé de demande de formation non plus au web 2.0 mais à la médiation numérique, ce qui signifie que par rapport à il y a 2 ans, les éléments de langage ont évolué ! D’ailleurs si vous êtes organisateur de formation, ça ne peut que vous rendre crédibles de BANNIR le mot web 2.0 de votre vocabulaire, le monde entier est PASSE A AUTRE CHOSE !

Car les bibliothécaires ne sont pas tous directeurs ou chargés de projet sur le numérique. Second cas de figure :

2. Les acquéreurs ou chargés de collection (chargés de contenus?) dans les bibliothèques doivent mettre en oeuvre des tactiques et des dispositifs de médiation adaptés aux objectifs de chaque domaine documentaire

Notre réflexion au CNFPT part d’un constat : ceux qui agissent au quotidien près des lecteurs ont besoin de formations thématiques, c’est à dire de formations qui n’envisagent pas le numérique dans le vide mais appliqué à un contenu. Des formations pour des acquéreurs en histoire (par exemple) qui répondent à la question : concrètement comment faire de la médiation numérique en histoire ?

En réalité, ce type de formation continue existe déjà, notamment au CNFPT qui propose des stages thématiques par exemple celui-ci sur la « découverte de la Science-fiction« . Regardez le programme, c’est intéressant mais on y parle jamais que d’oeuvres et de « comment les présenter »(?!). Le monde à changé. Pas sûr du tout que la « méthode pédagogique » : « Commentaires d’extraits d’ouvrages et présentation d’un panorama des thèmes, des genres et des collections actuelles » permette d’aborder la médiation numérique ! 🙄 Ces stages ne peuvent plus, il me semble, se contenter d’être de (bons) panoramas d’un champ éditorial sur le domaine, mais doivent intégrer une part de, lâchons le mot, littératie numérique. Comment ? Allez je tente une première liste à partir des objectifs de ce stage sur la SF :

Je garde les deux premiers et je vire les deux derniers, plutôt l’objet d’un stage poldoc ou alors d’un stage chez D&CO. Ce qui nous donne :

Je m’attacherai dans les prochaines semaines a définir mieux ce que recouvrent ces deux nouveaux objectifs. D’ores et déjà, on peut dire que la difficulté est de concevoir un équilibre en les savoirs et les savoirs-faire. Ajoutons qu’il faudra ensuite faire évoluer les cahiers des charges du CNFPT, afin que la floppée de consultants qui assure des formations ait une demande claire de l’institution, de même que les territoriaux qui animent ces formations.

A mon avis il est grand temps d’enclencher le mouvement d’évolution de l’offre de formation continue dans les bibliothèques. Objectif : éradiquer le catalogage, au profit de stages intégrant une culture numérique au niveau de la stratégie de service d’une part et de l’autre sous l’angle des contenus et des dispositifs de médiation. Tout un programme, mais réflexion indispensable, à moyen et long terme me semble-t-il !


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