La veille au delà de l’intelligence économique

Avant les vacances, j’ai répondu à une interview dans ce livre Blanc sur la veille proposé par l’équipe de Régions Job (Flavien ChantrelAnne-Laure Raffestin) et Morgane Maillard pour la mise en valeur graphique. L’idée est de Camille Alloing de Caddereputation.

La veille est un sujet que j’ai l’intention d’approfondir dans les prochain mois, sur la base de l’atelier que j’ai animé hier à l’Université d’été du Cleo à Marseille.  Je diffuserai le support bientôt.

En attendant je vous recommande la lecture de ce livre blanc. Voici ma contribution in extenso, elle figure tout à la fin.

– Pourquoi veillez vous ?

J’ai commencé à veiller comme M. Jourdain : sans le savoir ! Au tout début je veillais surtout pour observer les autres blogueurs et essayer de définir ma ligne éditoriale. Il me fallait aussi trouver des informations “bloguables”. Au fur et à mesure je me suis rendu compte à quel point cette pratique est indispensable non seulement pour alimenter mon blog mais à ma formation continue. J’ai aussi découvert à quel point il est agréable de partager mes trouvailles ! Je me retrouve complètement dans cette phrase d’Olivier Le Deuff :  “Pour reprendre l’expression de Bernard Stiegler, il s’agit de « prendre soin », ce n’est pas de la veille type surveillance qu’il faut mettre en place, mais de la confiance et de la mise en valeur. C’est là que réside la différence entre la culture de l’information de type citoyenne ou éducative par rapport à la vision « intelligence économique » : la confiance plutôt que la défiance.

– Vos trucs et astuces ?

Commencer par se poser une question : qu’est-ce qui m’intéresse ? J’avais un jour écrit un billet intitulé : la veille est un sport de combat. En effet, il s’agit ni plus ni moins d’extraire du flux des informations qui correspondent à des centres d’intérêts, cela demande de s’immerger très souvent dans les flux, c’est une lutte permanente contre l’infobésité ! Définir ses centres d’intérêts, c’est indispensable pour initier une démarche de veille qui permettra d’identifier des sources et donc les membres d’une communauté d’intérêt. C’est seulement ensuite qu’on entre dans un processus itératif où ces centres d’intérêt vont se stabiliser, ou se déployer, ou encore se subdiviser.

Ensuite il faut organiser des tags pour capitaliser les informations repérées, pouvoir y revenir et les transformer en connaissances. Le premier réflexe est de créer des tags thématiques mais en réalité le plus important ce sont les tags correspondant à des manière de réutiliser l’information taguée, des tags d’usage en quelque sorte. Par exemple, j’utilise le tag toblog pour pointer une information qui est susceptible d’être publiée sur Bibliobsession, ou encore toread pour une information que je n’ai pas eu le temps de lire quand je l’ai repérée. Il est nécessaire de prendre des mots courts sans accent, facile à retenir et de faire évoluer cette liste en fonction de ses besoins.

– Les pièges à éviter ?

Pour moi les principales difficultés de la veille sont de prendre le temps de revenir sur les informations repérées et de ne pas se laisser déborder par les flux ! Construire un dispositif qui intègre pleinement l’urgence est essentiel, j’ai organisé mes sources non seulement en fonction des thématiques, mais aussi en fonction du degré d’importance que j’attribue à certaines sources. cela permet d’agir en urgence en considérant par manque de temps que seuls les incontournables doivent être lu… Il faut ainsi pas mal d’autodiscipline pour sortir périodiquement du flux. Tenir un blog est un excellent moyen de se forcer périodiquement à faire le point et à synthétiser les informations que l’on a repéré.

– Les outils à ne pas rater ?

Après pas mal de tâtonnements, je suis arrivé à utiliser très peu d’outils : Google reader pour sa puissance et le fait qu’il permette très facilement de tagguer, et de partager le fruit de sa veille via un fil rss, permettant d’en amplifier la diffusion. Twitter est essentiel à cet égard parce que les informations retwittées (RT) par d’autres ont tendance à attirer mon attention sur telle ou telle information que j’ai repérée. Il se crée ainsi une sorte de retour, une chambre d’écho sur ma propre veille via la communauté d’intérêt que je suis et qui me suis. Twitter est un outil de sérendipité complémentaire à d’autres sources.

Il me semble qu’il y a un critère essentiel pour les outils c’est l’interopérabilité. Personnellement j’ai abandonné Diigo, gestionnaire de favoris en ligne car il ne permet pas de capitaliser une information en se l’envoyant par email. C’est pourtant le moyen le plus commun à toutes les plateformes (smartphone, tablettes, pc, etc.) J’utilise maintenant Evernote précisément parce qu’il permet de repérer et de partager une information dans n’importe qu’elle circonstance, y compris en situation de mobilité ou sur un poste informatique qui n’a pas les bonnes extensions installées…

Pour conclure, je dirai qu’il manque véritablement une approche citoyenne de la veille, au delà de l’intelligence économique, je veux dire une approche méthodique qui mêle outils et méthode de repérage des sources. Comment répondre très pratiquement à la question que beaucoup se posent aujourd’hui : comment trouver les bonnes sources, celles qui enrichissent mon expérience du web ? Les bibliothécaires peuvent, parmi d’autres, y contribuer.

 

Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

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