Médiabitus : devenir médiateur numérique au quotidien

J’ai animé à l’Université d’été du Cléo la semaine dernière un atelier intitulé :  Construire  une veille thématique : méthode et outils pour entrer dans une communauté d’intérêt. Merci au Cléo de m’avoir founi cette occasion en or de tester la démarche, et à Emma Bester pour ses retours précieux qui me permettent aujourd’hui de vous proposer une méthode appliquée qui je pense intéressera au-delà de ceux qui ont suivi l’atelier.

De quoi s’agit-il ?

Le web est foisonnant. L’enjeu est : comment contribuer à enrichir l’expérience de navigation des internautes ? Comment recommander ses trouvailles efficacement, éclairer des choix, devenir un médiateur identifié sur un thème, concrètement ? Comment identifier rapidement et efficacement une communauté d’intérêt pour y entrer ? La carte ci-dessous propose une méthode circulaire pour répondre à ces questions. Il s’agit d’aller au delà de la veille et de la recherche documentaire qui ne doivent plus, comme c’est trop souvent le cas, être distinguées du partage de l’information et donc de l’élaboration d’une présence numérique, d’une identité thématique lisible. C’est pourquoi une approche thématique s’impose. Que l’on soit chercheur, étudiant, enseignant, éditeur, bibliothécaire, professionnel ou amateur il faut cibler un centre d’intérêt, trouver des usages et partager ses trouvailles pour se faire connaître et développer une expérience communautaire active. En un mot, devenir médiateur numérique.

D’aucun n’ont que le mot curation à la bouche. Je suis pourtant assez d’accord avec sur les distinctions que Camille Alloing propose entre veilleur et “curateur“. Il cite la définition du Larousse de curateur (traduction littérale de curator) : « Personne chargée d’assister l’incapable majeur dans tous les actes que celui-ci ne peut accomplir seul. ». Je n’aime pas ce mot. Pour moi il s’agit de médiation, de liens, et non pas d’assistance ni de prescription, mais d’accompagnement, de conseils non exclusifs. Il s’agit de mettre en relation des contenus thématiques et des temps d’attention. Dans ce livre sur la médiation (revue Hermès), Vincent Liquète :

La médiation ne constitue pas qu’une transmission, c’est aussi un lieu où se rencontrent le collectif et l’individuel, les diverses institutions et leur publics,  s’appuyant sur des imaginaires collectifs : en ce sens elle révèle le rapport d’un individu à sa culture. (Caune, 1999)

Sans employer le mot curation, j’ai donc souhaité donner un nom à cette méthode.  Sur wikipédia : “En latin, habitus est un mot masculin définissant une manière d’être, une allure générale, une tenue, une disposition d’esprit. Cette définition est à l’origine des divers emplois du mot habitus en philosophie et sociologie.” Le terme média me semble incontournable : “En latin, media est le pluriel de medium (milieu, intermédiaire).

Choisir un angle depuis un milieu, se faire médiateur, gagner de la confiance pour recommander, c’est donc être dans une disposition d’esprit spécifique, qu’il faut acquérir et pratiquer, c’est ce à quoi je me propose de vous aider avec : Médiabitus : devenir médiateur numérique au quotidien. Il s’agit bien d’une méthode et non pas d’un nouveau métier. Des dispositions d’esprit transversales pas du tout réservées aux bibliothécaires.

Cette carte constitue pour moi une approche en cours de développement visant à proposer des formations pratiques et opérationnelles sur la médiation numérique, le jour où s’ouvrent les assises de la médiation numériques en Corse. Il s’agit donc d’un travail non achevé reposant sur des choix assumés :

1. Lier l’outil à l’usage : bien trop souvent les méthodes de veille sont soit uniquement théoriques, soit axées sur un seul outil/plateforme permettant de sélectionner l’information. Il s’agit ici de lier les 2 en proposant un accompagnement sur les outils. Comment former à la veille ET la médiation sans choisir et approfondir les usages d’UN agrégateur ? Comment former à la veille sans accompagner l’opération de choix des sources ? Faute d’une telle approche, bon nombre de personnes se perdent dans un double choix nécessairement difficile : celui des outils et des sources, sur le web.

2. Utiliser des outils gratuits, en accès libre et en ligne (pas de logiciels). Veiller est trop chronophage pour être localisé sur un ordinateur, les usages sont nomades. Le coût des outils ne doit pas être une barrière d’accès à des usages essentiels pour des intérêts qui vont bien au delà de la seule intelligence économique dans laquelle on essaie d’enfermer les démarches de veille. Il y a bien évidement une veille, des médiations, des réputations numériques en dehors des marques, elles sont même le fondement du web !

3. Limiter le choixdes outils/services à ceux qui sont vraiment efficaces, proposer volontairement peu d’outils pour éviter la dispersion et se concentrer sur les contenus. Le choix de départ assumé pour cette méthode est l’usage de Google reader et de twitter.


Voici donc la carte heuristique, n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. Elle se lit dans le sens des aiguilles d’une montre et contient des branches dépliables et des liens. Elle va évoluer en fonction de mes trouvailles et des retours d’expérience des stagiaires. Ce travail m’a pris quelques dizaines d’heures, je me suis en particulier inspiré de l’excellent livre de Beatrice Foenix-Riou que je remercie. L’ensemble est sous creative commons by-nc-sa, merci pour le respect de ces conditions. Bonnes découvertes, faites en bon(s) usage(s) :-)



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  • http://caddereputation.over-blog.com/ Camille A

    Merci pour ces réflexions (et la petite citation :-) ).

    Tout d’abord, je suis tout à fait d’accord avec toi : il s’agit de médiation informationnelle entre le besoin en information et la capacité à agréger celle-ci.
    Je nuancerai cependant sur l’aspect prescriptif : pour moi il s’agit d’un besoin de prescritpion (explicite ou non) puisque l’ussager se tourne vers le bibliothécaire (ou autre) pour obtenir une information, une source, un document, etc.  Et qu’au final il s’agit d’une mise à disposition dont la prescritpion est souvent implicite : par la hierarchisation des infos, la mise en avant de certaines infos, ou encore le fait qu’aux yeux de l’usager final de l’info le professionnel a une compétence sur laquelle se reposer.

    J’aime beaucoup la terminologie d’habitus et Médiabitus qui, si elle n’est pas de prime abord plus explicite pour des non “latinistes” :-) , résume mieux le concept que “curation”.

    Pour ma part, ma thèse de Doctorat tourne autours de ce sujet, que j’ai choisi d’appeler “agents-facilitateurs” (cf http://bit.ly/islysE). Je vais creuser l’idée de Mediabitus, que je trouve plus axée sur une posture que simplement sur une méthodologie ?! (et je suis dispo pour en discuter quand tu veux ?! ;-) ).

    Pour les trois derniers points  je suis plus que d’accord : sensibilisation, accompagnement et rationalisation. Ainsi que sortir la veille de l’IE lorsqu’elle ne vise pas des intérêts économiques…

    Bravo pour ta carto! J’ajouterai en plus : identifier les autres Mediabitus afin d’avoir un filtre humain et social de l’information et développer une forme d’intermédiation (un peu dans l’idée des “éclaireurs” sur Twitter).

    Au plaisir d’en discuter.

    • Anonyme

      Oui nous sommes d’accord sur la prescription, sauf que là aussi je n’aime pas le mot… recommander me semble plus juste, et c’est vrai que la relation est asymétrique, par définition. Sur la posture plus qu’un méthodologie, c’est les deux mon capitaine, il s’agit à la fois de promouvoir des pratiques pour former des médiateurs et aussi de faire comprendre l’intérêt de se former… J’aime bien l’idée d’agent facilitateur aussi c’est la même idée. Par contre je n’ai pas très bien compris dans ton article la teneur du lien entre signal faible et agent-facilitateur. Le premier me semble relever d’une posture, la même que celle que j’essaie d’exprimer alors que le signal faible est à relier avec une spécialisation de niche, qui est implicite dans l’article alors que c’est bien le fait d’être très bon connaisseur d’un domaine qui permet de repérer les signaux faibles. En clair on peut être agent-facilitateur sans être un détecteur de signaux faibles non ?

      • http://caddereputation.over-blog.com/ Camille A

        En fait, l’idée du papier avec Christophe était la suivante :
        - le signal faible est une construction de l’esprit, chacun perçoit des signes en fonction de ses propres acquis, son expérience, ses attentes en termes de prises de décisions, etc.
        - les “agents-facilitateurs”, s’ils sont intégrés dans un veille d’organisation sont potentiellement des détecteurs de signaux faibles car ils peuvent recontextualiser des informations, les mettre sous un jour nouveau ; information qui seront alors peut-être perçue comme des signaux faibles par les veilleurs de part leur nouvelle mise en contexte, leur mise en relation, leur “redocumentarisation”, etc.
        - au final, qui dit démultiplication des relais d’infos, dit multiplication des signaux, renforçant ainsi l’idée qu’un signal faible n’est qu’une construction, donc quelque chose d’ingérable à proprement parlé

        Bref, je tatonne sur le concept :-) mais l’idée est effectivement de voir cela comme une forme de médiation, comme un appui à un veilleur (ou autre consommateur d’infos) par le filtre, la sélection, et la contextualisation de contenus numériques.

        Ok avec toi, la notion de recommandation me semble plus juste.

        On en discute quand tu veux ;-)

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