Réflexions sur mon écosystème informationnel 1/2

Quelques réflexions sur mes usages, sans volonté de généraliser, voilà peut-être qui fera écho avec vos pratiques, ou pas. ;-)

Déficit d’intégration et d’interopérabilité : Google+ : service lancé en grande pompe, effet de curiosité, puis abandon. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas pris sa place dans mon PKM, mon Personnal knowledge management, ou pour faire plus simple dans mon écosystème personnel, celui qui me sert à m’informer, à veiller, à annoter, à diffuser, à m’approprier l’information. Non pas que Google+ soit mal conçu. Le problème c’est qu’il n’est pas intégré aux autres services de google (pourquoi quand on partage depuis google reader on ne peut pas automatiser une diffusion vers google+?). Il n’est pas non plus intégré aux autres réseaux sociaux : facebook en premier lieu, pourquoi dois-je reconstruire mes cercles relationnels en partant de zéro?). Enfin il fait doublon dans un web où la prime est souvent pour le premier arrivé. Au delà de l’effet de découverte, je suis curieux de connaitre le nombre de nouveaux entrants sur google+ qui n’étaient pas actifs sur facebook et/ou qui vont abandonner le premier pour le second…  Bref, derrière le partage et l’ouverture portée en bandoulière par ces géants du web, l’objectif est clair et bien connu : capter des utilisateurs pour construire des graphes sociaux.

L’enjeu du web dans les nuages est bel et bien dans la circulation des données d’un nuage à l’autre…

Organiser son PKM: Dans un tel contexte, il faut déployer des stratégies pour faire circuler l’information d’un outil à un autre. Internet aujourd’hui souffre d’un déficit d’interopérabilité. Attention il ne s’agit pas là comme le souligne très bien Lionel de pratiquer un simili-spam à grande échelle en automatisant la diffusion de sa veille, sur facebook, twitter et google+ mais bien de répondre à cette question : comment je m’organise pour lire efficacement, annoter, regrouper mes notes et être actif en ligne à partir de n’importe quelle situation de mobilité? La réponse qu’on apporte traditionnellement est d’utiliser un outil de marque-page en ligne ou de folksonomie.

L’outil de bookmarking social que j’utilisais jusqu’à il y a quelques mois : Diigo ne remplit bien la fonction d’annotation et commentaires qu’à partir d’un objet numérique unique : le signet.  Aujourd’hui je surfe sur mon iphone, mon ipad, mon pc de bureau, sur les pc qui sont à la Bpi lorsque je suis en service public, sur des PC publics quand je suis en déplacement, et chez moi (2 pc). Ces machines sont toutes configurées différemment en fonction des contextes (voir presque pas configurables pour les pc à l’intérieur la Bpi…). Très mobile, je souhaite donc avoir peu d’outils pour gérer mon PKM et je vais donc aller vers celui qui sera multi-fonctions. J’ai donc opté pour un outil qui met en avant non pas le signet mais la note : Evernote. Finalement un signet n’est qu’une forme de note parmi d’autre, sauf qu’elle comporte un lien… Je peux toujours classer mes informations par tag, elles sont toujours partageables, c’est-à-dire que je peux rendre public un carnet de notes et ses mises à jour via un fil rss. Les notes sont synchronisées entre les différentes plateformes que j’utilise (web, ipad, iphone). Je perds des fonctionnalités sociales liées aux signets et à leur mise en commun sur un même tag, mais je ne les utilisais pas véritablement. Il me semble que la mise en commun propre aux folksonomies est en perte de vitesse, remplacée par les dynamiques de flux unique des réseaux sociaux à partir des boutons de partage (facebook, twitter). Ces deux réseaux ont pris une place énorme qui est préoccupante, même si au delà de l’outil, l’enjeu est de savoir suivre des éclaireurs qui enrichissent mon expérience du web. Olivier LeDeuff a lui aussi noté l’évolution « de la folksonomie vers la cerclonomie » en particulier dans Google+ :

Au niveau documentaire, Google + est en train de créer des «  listes d’autorités » ! Et ces listes d’autorités vont se décliner avec l’indexation par les cercles thématique. Indexation que nous produisons nous-mêmes en créant des listes thématiques. Les folksonomies n’ont donc pas disparu réellement, Google les décline en cerclonomie.  On retrouvera la stratégie du like, impulsée par Facebook au sein du réseau… ce qui produira un indice de popularité sociale qui sera aussi inclus à terme dans l’algorithme.

Les données dans les nuages mais pas les outils pour les y mettre. Diigo avait également un gros défaut, rédhibitoire pour moi : aucune possibilité de faire entrer un signet dans mon compte sans avoir un plugin ou une application dédiée. Exemple : si je repère un lien intéressant dans twitter sur mon mobile le moyen le plus rapide pour y accéder rapidement est le navigateur interne à l’application mobile sur lequel il n’est pas possible d’ajouter de plugin ni de bookmarklet. Croyez-moi c’est une situation qui s’est multipliée du fait de l’usage des tablettes et smartphones… J’ai donc besoin d’un moyen simple et mobile d’ajouter de nouveaux items à un compte dans les nuages sans rien installer.  Le problème : les données sont certes dans les nuages, mais les moyens proposés pour les y mettre dépendent trop souvent d’une configuration qui elle est localisée. Heureusement le seul outil que l’on retrouve dans n’importe quelle application ou service est… l’email ! Avantage d’Evernote : je dispose d’un service dans les nuages disponible en ligne, sur tablette et sur smartphone et qui me propose une adresse email spécifique à mon compte permettant d’ajouter un item (note OU signet) en y envoyant un email. Evernote fait même mieux et permet de taguer un item envoyé en ajoutant un tag dans l’email.

Des tags d’usage. Je suis exposé à des flux continus d’information via mon compte google reader et via twitter (facebook dans une moindre mesure) en situation de mobilité, je dois trouver des moyens simples de regrouper ces informations et d’en indiquer l’usage potentiel:

  • les marquer pour les lire au calme lorsque je n’en ai pas le temps au moment où je les découvre : mon tag est toread
  • les marquer comme outil à tester ou comme vidéo à voir quand ce n’est pas possible sur le moment : mon tag est tool
  • si j’ai le temps de les lire je dois savoir comment les utiliser plus tard= les classer dans la file des « potentiellement bloguables » : mon tag est toblog
  • ou alors les classer dans la liste des potentiellement intégrables à mes support de formation pour renouveler les contenus que je propose au stagiaires : mon tag est toslide
  • prendre des notes et/ou commenter les informations que je reçois ou mes réflexions du moment, ou encore des notes prises pendant une réunion. là mes tags sont divers et lié au contexte de ladite réunion.

Il me semble bien plus efficace pour ma gestion personnelle d’utiliser des tags d’usages plutôt que des tags descriptifs des contenus pour marquer la réutilisation de l’information, étant donné que pour retrouver cette même information je dispose d’un outil très efficace : les moteurs de recherche, celui interne à google reader et celui evernote me suffisent.

Côté veille, en écho aux interrogations de Lionel Dujol, j’ai opté pour un unique outil de veille et des livrables différenciés depuis Google reader :

  • Distillation du flux vers twitter en utilisant une fonctionnalité de dlvrit qui permet de distiller les tweets à intervalles régulier, de manière à ne pas imposer une salve de tweets à mes followers : le rythme est de 3 tweets toutes les 30 minutes! (je viens de l’activer, vous n’avez peut-être pas encore noté la différence).
  • Valeur ajoutée vers facebook je propose une partie de ma veille via une page dédiée et sur mon profil aussi, grâce à ce yahoo pipes je n’y publie automatiquement que les items que j’ai commenté dans google reader.
  • Mutualisation vers le Bouillon, notre outil de veille collaboratif alimenté lui-aussi via google reader.

Voilà pour ces quelques réflexions, je vous expliquerai dans le prochain billet comment j’ai automatisé ce fonctionnement pour le rendre très fluide grâce à un nouveau service en ligne assez génial, que dis-je, révolutionnaire…. suspens !

 

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Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

11 Responses

  1. A propos de l’une de tes remarques: « Si je repère un lien intéressant dans twitter sur mon mobile le moyen le plus rapide pour y accéder rapidement est le navigateur interne à l’application mobile sur lequel il n’est pas possible d’ajouter de plugin ni de bookmarklet »…Est-ce que ce n’est pas un problème inhérent aux tablettes et aux smartphones d’Apple ? Avec une tablette qui tourne sous Android, on peut, en restant sur la page affichée par le navigateur, cliquer sur « partager la page » et entrer la référence dans l’application pré-téléchargée de son choix (Twitter, Delicious, PowerNote ou Diigo, e-mails…). Les plugin ne sont certes pas incrustés dans la fenêtre du navigateur. Cependant, le mode de partage est assez rapide.

    NB: je ne ne suis pas utilisateur d’Apple, donc je ne suis pas sûr de bien comprendre.

    • Anonyme dit :

      Nan je parlais du « navigateur interne à une application » pas du navigateur principal de ton téléphone… c’est souvent le moyen le plus rapide pour accéder à un contenu mais par pour le manipuler. Dans ce cas on est liés à ce que propose l’application.

    • Tredok dit :

      Sur Diigo, dans Tools, tu as (tout en bas) une option « Save favorite Tweets ». Tu peux lui associer un tag. Ainsi, peu importe l’appli utilisé, lorsque que tu vois un tweet intéressant, tu le mets en favoris, il est automatiquement sauvegarder avec le tag choisi. Seul défaut, il faut retourner sur Diigo à un moment pour retaguer correctement.

  2. Très juste, hâte de voir l’article 2/2.

  3. Alain Marois dit :

    Très bon; encore merci d’évoquer ton pkm de façon aussi détaillée.
    Pour Diigo, que j’utilise encore : il me semble que l’on peut également produire des notes (et des photos taggées); je n’utilise que peu cette fonction mais, à l’époque où j’ai commencé, il me semblait qu’ils prévoyaient justement de s’aligner sur des fonctionnalités d’Evernote dont par ailleurs l’appli android était très mal notée (mais ça a du évoluer) au moment où je m’y suis intéressé.
    J’utilise aussi des tag fonctionnels. Je note (…) le « toslide ».
    D’accord avec toi pour G+; je viens de (re)voir chez Descary.com que l’on pouvait tout de même bricoler un bouton « to G+ » pour Google Reader (http://descary.com/google-plus-partager-un-element-publie-sur-google-reader/); a mon avis une fonction native arrivera sans tarder (cf. les analyse sur le rss et l’évolution de Greader sur BibliothquesReloaded).
    Un point que tu n’aborde pas : l’utilisation d’outil de « stockage »/veille/organisation spécifique à des contenus visuels, en gros des images (photos, schémas, visualisations/infographies); j’avais commencé à intégré ça à mon compte flickr, mais c’est un peu le dévoyer (ce n’est pas mon propre contenu que j’y déposait la plupart du temps) et assez lourd (télécharger l’image à conserver, l’uploader sur flickr, tagger,..).
    De même pour les slides slideshare : quand je veux vraiment conserver la trace d’un diapo, je bookmark sous diigo avec un tag diaporama.
    Et enfin, quid de zotero; après tout, il peut à peu près tout ingurgiter (réf. pdf, video, etc)

    En réalité cela sort du champ de ton billet – pkm pour gérer les flux d’un veilleur niveau ++, retrouver, diffuser – pour aborder la problématique du stockage (pour le « long terme »); sur les conseils de Christophe Deschamps, quand je veux être certain de pouvoir relire un contenu web (billet de blog, etc), j’opte pour Readability => pdf => référence Zotero + pdf attaché

    ça se complique…

    • Anonyme dit :

      Oui j’ai vu aussi chez Descary pour google+ mais ce n’est pas automatisé, il faut le refaire à la main pour chaque slide…
      Oui tu as raison pour le stockage. En fait pour les images et les slides c’est google document qui me sert de base. Après les pdf se stochent très bien dans evernote et j’ajout de photos aussi. Ce service est vraiment un couteau suisse!

  4. Rlemetayer dit :

    Bonjour,

    Tu utilisais Diigo et tu es passé sur Evernote. As-tu migré les signets que tu avais sous Diigo (et si oui comment ?) ?

    Merci d’avance !

    • Anonyme dit :

      nan j’ai rien migré, abandon en (table) rase campagne ! :-)

      • Rlemetayer dit :

        Ok ! Radical ! J’aurais bien voulu migrer mes signets (j’ai dans diigo certaines ressources « indispensables ») mais soit je n’ai pas trouvé comment faire soit Evernote ne le permet pas…

  1. 22 octobre 2012

    […] dur… J’ai lu pas mal d’articles de blogueurs qui expliquent comment ils font eux (Bibliobsession, Liber, libri), je me suis renseignée autour de moi… Nous utilisons tous des outils très […]

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