Ma lecture de l’Etude OCLC sur les métadonnées sociales [Volet 1]

Vu sur Enssibrèves :

Dans le cadre de ses programmes de recherche en partenariat avec les bibliothèques, OCLC vient de publier la première d’une série de trois vastes études internationales consacrées aux métadonnées sociales.

Voici ma lecture de la première partie de cette étude en 3 volets, qui concerne les LAM (Library, Archives, Museum), j’utiliserai pour traduire Archives, Bibliothèques et Musées (ABM). Il s’agit d’une lecture sélective au fil du document dans laquelle je pointe les éléments (constats, évaluation, exemples) qui me semblent intéressants et/ou innovants. J’espère que ça vous évitera de lire en anglais les 180 pages de ce document 😉

L’étude me semble intéressante par son positionnement, elle porte sur 76 sites, à la fois sur des sites communautaires, des sites commerciaux et aussi sur des sites de niches disciplinaires, sur des sites de bibliothèques, d’archives ou de musées ces derniers ont eu une attention particulière. L’ensemble porte sur 5 pays : Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande et Royaume-uni (80%)  et quelques miettes Européennes : Les Pays-Bas! Voilà qui est très anglophone quand même! Quoi qu’il en soit, il y a quelques enseignements à en tirer. Voici un récapitulatif du champ concerné :

Fonctionnalités sociales :

On y apprend que sur ces 76 sites, les tags sont très présents mais peu utilisés, à la différence des notations (ratings avec des étoiles) qui ne sont pourtant présent sur 22% des sites étudiés. La notation des items dans un catalogue d’ABM permet pourtant de mettre en avant les plus consultés, d’utiliser des logiques d’appropriation des collections pour construire la navigation. Contrairement aux sites de presse, les sites des ABM sont très peu à proposer des fonctionnalités mettant en avant les meilleurs commentateurs. Tout se passe comme si les ABM avaient tendance à sur-estimer l’appropriation documentaire de leurs interfaces…

Le métamoteur Australien TROVE est un exemple particulièrement réussi d’interface permettant de croiser des ressources des bibliothèques et celles du web. Les fonctionnalités de recommandation liées à une recherche sont particulièrement riches.

exemple d’une notice

Recommandations liées à cette notice

Présence web

Un très chouette exemple que je ne connaissais pas est cité. Il s’agit de Science Buzz, dispositif éditorial de médiation proposé par plusieurs musées américain. Le positionnement est particulièrement intéressant parce qu’il est lié à l’actualité et tente de « surfer sur le buzz » de manière pédagogique. La « buzz team » propose des contenus vidéo et audio avec un angle très pragmatique. La participation des internautes est sollicitée et active. Vraiment allez voir ce site, ça vaut le détour! L’initiative a été plusieurs fois primée pour son côté expérimental et innovant. Science Buzz se décline en un Kiosk , dispositif tangible de médiation que l’on peut installer dans les bibliothèques ou les musées.

Enrichissement communautaire

D’autres initiatives similaires à la libération d’archives sur flickr et leur enrichissement communautaire sont citées. Pour les bibliothèques, Librarything est évidemment présenté. C’est l’occasion d’apprendre que le programme Librarything for Libraries est utilisé par plus de 1 600 bibliothèques publiques et universitaires dans le monde entier.

Il est souligné dans l’étude que les bibliothèques ont du mal à générer une participation active sur leurs catalogues alors que la participation est forte dans Librarything. Voilà qui est tout à fait convergent avec le récent retour d’expérience proposé par Toulouse dans le cas de l’usage de Babelio avec Babelthèque, équivalent français de Librarything for libraries. On peut donc dire je pense que le débat qui a eu lieu il y a quelques temps est maintenant tranché. Non les catalogues de bibliothèque ne seront pas massivement participatifs, tout simplement parce quedes réseaux se dédient à ce genre de fonctionnalités et que les bibliothèques sont d’abord des sites institutionnels peu capables d’accueillir et d’animer des communautés.

Pour autant, voilà qui ne doit pas les empêcher de proposer des notices enrichies capable d’informer les lecteurs sur des items du catalogues. D’ailleurs, l’offre francophone permettant de le faire est de plus en plus étoffée. Ne pas se priver non plus d’un certain nombre de fonctionnalités d’appropriation, en particulier les votes ou les recommandations plus que les commentaires. Il faut le savoir, ce n’est ni bien ni mal : le niveau minimal d’interactivité (à commencer par le j’aime de facebook) est le plus susceptible d’être utilisé.

Voici par exemple une intégration anglophone de Librarything particulièrement réussie, à la High Plains Library District in Colorado

Certaines bibliothèques utilisent également Librarything comme un catalogue dans les nuages. Il s’agit plutôt de petites bibliothèques avec des thématiques de niche, par exemple le Museum of Comic and Cartoon Art ou la Saraswati Library Rocklyn (bibliothèque spécialisée dans le Yoga!)

Il existe au Royaume-Unis un équivalent de Librarything ou de Babelio pour les musées : Creative Spaces. A première vue l’effort institutionnel est charitable puisqu’il regroupe pas moins de 9 musées nationaux et propose à l’usager de s’approprier les collections en créant des parcours et des carnets de note de ses visites. Le site n’était pas accessible à la date de rédaction de ce billet, je n’ai pas pu le tester mais d’après l’étude en juin 2010 il comportait 355 carnets, dont le plus vieux avait été vu 203 fois… autant dire que je doute que le succès soit au rendez-vous, on ne s’approprie pas des objets muséaux comme des livres… qui plus est dans un site institutionnel.

Usage de Youtube 

Je note tout particulièrement cet usage de Youtube pour des vidéo liés à l’information literacy étrangement diffusées sous une chaîne Youtube associée au… nom du directeur de la Bibliothèque! Pima (Arizona) Community College Library Director Bob Baker’s channel comme quoi il n’y a pas que de ce côté -ci que les bibliothèques manquent de recul sur leurs identités numériques…

Concernant les archives, c’est du côté de facebook que l’usage est le plus innovant, avec cet exemple de The National Archives and Records Administration (NARA) of the United States dont la présence en ligne sur facebook est utilisée pour retrouver des archives perdues, par exemple datant de la guerre civile.

Très intéressante aussi cette exposition virtuelle dynamique autour de la correspondance de John Muir, dispersée dans des collections à travers le pays, mais proposée de manière linéaire sur twitter et facebook par plusieurs institutions, pendant une période de 7 jours. L’initiative est de The California Digital Library et s’appelle Calisphere. J’aime beaucoup cette idée de récit épistolaire via les médias sociaux.

A propos de Wikipédia, on trouvera dans cet étude le récit d’une expérience de rapprochement institutionnel entre Wikimédia US et les ABM, sur le modèle de ce qu’a proposé Wikimédia France en partenariat avec le château de Versailles.

Sur les blogs, après avoir souligné, la domination des blogs institutionnels, l’étude propose quelques blogs thématiques assez créatifs, comme celui dédié aux moustaches du 19e par the University of Kentucky Archives. (je suis fan!)

Il existe depuis 2007, et propose des parcours thématiques passionnant à partir de portraits de moustachus !

Autre exemple, le blog comme cabinet de curiosité, intitulé Room 26 Cabinet of Curiosities, par the Beinecke Rare Book and Manuscript Library, Yale University l’occasion de proposer des archives avec des photos de bonne qualité et de faire ponctuellement appel à la communauté pour identifier des personnes.

Pas d’exemples de blogs thématiques, l’étude d’OCLC cite un blog de bibliothèque public institutionnel. Il est également dommage de s’être limité à des sujets patrimoniaux, de manière quasi exclusive!

Sur les statistiques, l’étude d’OCLC pointe la difficulté d’analyser le succès de ces dispositifs. Les statistiques sont là, mais quels critères adopter? De l’avis des professionnels interrogés, l’évaluation est d’abord qualitative notamment au regard de l’implication dans les contenus des collections que de telles initiatives suscitent dans les équipes.

Pour conclure je vous recommande un article de David Liziard dans lequel il livre une synthèse de la récente biennale de l’Enssib et propose cette parenthèse :

Je me permets une parenthèse méthodologique : de nombreuses journées d’études en bibliothèque ont un aspect  prospectif. Je pense que pour dépasser la phase du brainstorming il  faudrait évoquer :
– Quelle est la réalité actuelle de ce dont on parle (par ex. le phénomène des sites participatifs) ?
– Y-a-t-il déjà des applications effectives en bibliothèques, pour quels bilans ?
– Quelles perspectives matérielles peut-on en tirer (et non pas quelles injonctions psychologiques) ?
Je baptiserais cette méthode 3WN : What’s now/What’s now in libraries/What’s next ?
C’est très bien vu et il se trouve que c’est exactement le plan des formations que je propose notamment avec l’équipe de Biblioquest autour de la médiation numérique :-). Cette série d’étude d’OCLC propose justement de se plonger dans le second point, on attend la suite!

Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.