Retour sur l’expérience Kaleidomix, à l’occasion de Museomix

J’ai eu la chance de participer à Museomix première édition! L’idée de départ était la suivante et vient en particulier de Samuel Bausson du Museum de Toulouse.

Le musée-LEGO est un musée ouvert et accessible, de façon la plus disponible possible, adapté aux modes de vie des visiteurs. Un musée en réseau et multi-plateformes, présent là où les visiteurs et les communautés le sont (en ligne et hors ligne). C’est un musée ludique, où la relation aux œuvres est décomplexée et créative. Il n’est pas réservé à ceux qui “savent se tenir” sur le mode exclusif de la contemplation. Un musée où les modes d’accès à la connaissance et aux œuvres, par le mental, les émotions, les relations, le geste… sont multiples et adaptés aux envies des visiteurs. Le musée-LEGO est un musée que l’on peut faire sien, comme on peut facilement construire une “œuvre” personnelle, complexe à partir de simples morceaux de Légo, conçus pour être faciles à assembler et libérer le potentiel créatif1. Autrement dit, le musée-LEGO n’est plus un “musée-cathédrale” mais un “musée-bazar”, pour reprendre la métaphore du logiciel libre où chacun pourrait trouver “sa” place de façon organique dans un projet culturel commun

3 jours pour remixer le musée, 11 équipes et un terrain de jeu : le Musée des Arts Déco. Concept original dans l’univers des musées mais finalement assez classique dans celui des jeux vidéos. Très intéressé par le fait de passer à l’action, je me suis donc engagé dans cette expérience : Assez parlé, expérimentons avec des croisements de compétences et d’approches!

Trois jours marathoniens dont vous trouverez de nombreux résumés, l’évènement ayant été particulièrement propulsé sur le web par des équipes dédiées, grâce à Owni et Knowtext. Je vais ici me concentrer sur l’expérience vécue avec mon équipe, proposer quelques retours aux organisateurs et esquisser quelques perspectives.

Mon équipe, c’est les Lamentins Roccoco, selon les noms loufoques inventés par Julien Dorra…;-) Elle était composée de Olivier Nérot, Lucie Poirot, Frédéric Triton, Frédérique Santune, Solène Maître, dans le désordre on a un designer, deux ingénieurs, une graphiste, une game designer et de votre serviteur :-)

A la base: une technologie, deux salles et un concept, celui de parcours dans les collections. La techno c’est une reconnaissance d’image à la Blinkster. La photo prise par le visiteur est reconnue par l’application, ce qui ouvre la possibilité d’enrichir l’expérience du musée avec un mobile connecté. Ce que nous avons essayé de faire, c’est de proposer un parcours complet de visite. Nous avions la salle des Assises du Siège contemporain (sièges design années 70 et 80) et une salle juste à côté : celle des images du design dans laquelle le visiteur peut s’assoir sur des sièges originaux et prendre un leu de repos à l’issue de la visite. Cette salle nous semblait très intéressante parce qu’elle offre une occasion de restitution, un sas entre la visite qui s’achève et la sortie vers le monde extérieur. C’était l’endroit idéal pour vivre une expérience à la fois individuelle, collaborative et personnalisée.

Nous avons donc crée un concept : Kaleidomix. D’abord, le visiteur prend en photo des oeuvres et obtient des informations enrichies, il peut aussi jouer à partir d’un scénario à devenir designer en recomposant un siège à partir de sa sélection de critères prédéfinis (Assise, dossier, pied, couleur/texture), il peut aussi partager ses sièges préférés dans son cercle relationnel (google+, twitter, facebook). La dernière salle lui propose de manipuler les informations glannées au cours de son parcours. Avec sa sélection, il peut devenir son propre designer, créer un siège hybride (et du coup se rendre compte que ce n’est pas facile de devenir un vrai designer). Il peut aussi croiser son parcours avec celui des autres visiteurs via une représentation cartographique des parcours. On passe ainsi d’une logique individuelle à une logique collective par le partage et la représentation des données de visite. Enfin nous souhaitions donner un côté ludique et personnalisé en permettant au visiteur de repartir avec un objet personnalisé imprimé en 3D!

Mais voyez plutôt , Voici notre vidéo-prototype :

Voici également les images des interfaces de l’application :

 

 

Voici enfin la vidéo de notre projet en live

Ce que je retiens de cette expérience de création d’un dispositif de médiation :

J’ai choisi ce projet au départ pour une raison. La technologie de reconnaissance des images apporte une solution technique à la passerelle entre tangible et numérique, ce qu’il fallait penser ce sont des services à partir d’une expérience, le parcours, ce qu’on fait des traces qu’on génère lors d’une visite. Un des écueils de museomix me semblait au départ le déséquilibrage des dispositifs du côté technique.

Mon bilan : il est compliqué de créer à plusieurs en équilibrant les trois aspects principaux de l’expérience de visite d’un musée : donner envie, donner à comprendre et s’approprier, partager. En permanence nous avons été confronté à l’équilibrage de ces trois pôles ce qui n’a pas été simple, le game designer insistant sur le côté ludique, l’ingénieur sur le côté cartographie/interactions et le bibliothécaire sur le côté apprentissage :-) Des débats nous en avons eu beaucoup et je suis assez satisfait que l’équilibre se retrouve au final dans le prototype et propose un dispositif ouvert et ouverts à des usages, un dispositif réutilisable pour d’autres expériences muséales!

Mon retour sur l’organisation :

D’abord un grand coup de chapeau à toute l’équipe pour sa disponibilité, son engagement et son efficacité. Sacré défi que de coordonner les besoins de 11 groupes dans un musée qui n’a jamais fermé ses portes aux publics pendant toute la durée de Muséomix. Chapeau aussi pour les partenariats. Nous avons eu à notre disposition des technologies fascinantes dont les concepteurs ont joué le jeu de l’ouverture et de la manipulabilité en évitant le clé-en-mains.

Quelques remarques ensuite : nous avons eu trop d’interlocuteurs. La phase de création (surtout le premier jour) est délicate, il faut s’entendre avec des gens que l’on ne connait pas et se concentrer. Nous nous sommes parfois sentis un peut trop dérangés par des gens venant nous questionner sur un projet en train de se faire, en nous demandant de le résumer plus qu’en nous aidant véritablement… Il aurait été à mon avis plus utile d’avoir un seul interlocuteur par groupe qui nous accompagne du début à la fin et qui facilite le lien avec les multiples interlocuteurs techniques et du musée.

A propos du musée, c’est assez symptomatique je trouve de n’avoir croisé un conservateur que pendant 10 min le second jour. Hormis une petite équipe dédiée et très impliquée, le personnel du musée m’a semblé assez peu impliqué (intéressé?) dans l’opération. C’est peut-être le principal reproche à Muséomix : le présupposé d’un musée statique, peu innovant et pas rigolo et le manque d’implication des équipes scientifiques/éditoriales a provoqué des projets décalés et ludiques, parfois au détriment des contenus et du « faire comprendre. »

Il y a pourtant là un enjeu fort en terme de médiation : où sont les contenus éditoriaux a même de « faire comprendre »? Qui les écrit? J’ai eu une intéressante discussion avec Adrienne Alix (de wikimédia france) qui a constaté que Wikipédia ne répondait pas non plus forcément à ce type de besoin (textes trop neutres et parfois complexes). Nous avons besoin d’autres types de contenus que des notices scientifiques, des articles d’encyclopédie ou des cartels neutres, nous avons besoin de culture par le scénario, nous avons besoin que les compétences sur les contenus des collections soient réinterprétées dans des dispositifs de médiation innovants dans la forme et le fond. Faute d’une implication plus forte de ceux qui maîtrisent les contenus, le scénarisation peut tourner à vide même si le dispositif est innovant. il aurait été vraiment utile d’avoir un conservateur par équipe!

Seconde frustration, très forte : le peu temps pour découvrir les installations des autres équipes! Très dur de voir se monter des dispositifs de voir les vidéos-prototypes pendant trois jours et de ne pas avoir eu du temps de les tester, surtout quand on participe! Ce serait chouette de prévoir un temps pour ça, voire de faire un « crash test » croisé entre équipes plutot que ce soit uniquement l’équipe de museomix (qui. ous a fait peu de retours lors de son passage). Encore une fois, il est clair que la situation a été comme ça parce que le musée a imposé une fermeture à 17h30… dommage de ne pas avoir bénéficier de plus de souplesses horaires! Attention je sais que l’organisation a été lourde et très bien menée pour un projet ambitieux (11 groupes!) et encore une fois bravo à ceux qui se sont impliqués! il s’agit là de retours dans la perspective de museomix 2 :-)  N’oubliez pas d’aller voir les dispositifs des autres équipe!

C’est toujours le livre qui est remixé, et di demain c’était la bibliothèque? A quand un Bibliomix ? ;-)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Auteur : Silvae (1102 Posts)

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

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About Silvère Mercier

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.
  • Guest

    kjl

  • http://mixeum.tumblr.com samuelbausson

    salut Silvère, j’ai été très heureux que tu participes à museomix, merci d’avoir joué le jeux, et de faire le lien avec les bibliothèques qui partagent les même problématiques…L’idée de muséomix vient de tous les co-organisateur, au fil de rencontres, d’échanges. Le format a été proposé par Nod-a et développé avec Julien Dorra, habitués à organisé ce type de rencontres. C’était l’intérêt que nous soyons tous ensemble, d’horizons divers, complémentaires.

    Je me retrouve tout à fait dans tes remarques. il aurait fallu que nous nous intégrions d’avantage au musée, avoir une personne du musée (conservateur, mediateur, gardien…) me semble effectivement essentiel pour mieux raconter le musées, ses collections, ses propres difficultés à résoudre…pour aider les équipe à faire des propositions qui ont le recul des expériences passées…Maintenant, c’est un choix que nous avons fait en connaissance de cause, Catherine Collin nous a ouvert les portes du musée le plus grand qu’elle a pu, et la première à avoir répondu à notre demande, notamment au niveau du timing très sérré…nous avons décidé d’y aller même si nous savions déjà conscience que « tout » le musée n’était pas à bord, même si au fil des jours, les personnes se sont de plus en plus impliquées…là encore c’était un pari, de montrer que « c’est possible » de transformer le musée en un terrain de jeux et d’expériences de créations collectives….cela devrait être maintenant plus facile de travailler en étroite collaboration avec les prochains musées qui voudront se lancer dans l’aventure avec nous…

    • Anonyme

      Ravi d’avoir participé, nul doute que vous ferez encore mieux la prochaine fois avec cette expérience ! Bravo d’avoir osé et je reste attentif à la suite ! :-)