Bibliothèques entre 2005 et 2010 : tendances et perspectives

Intéressante présentation en français de l’étude sur la Perception des bibliothèques (pdf) entre 2005 et 2010. L’étude porte sur un échantillon de plus de 2000 personnes, 60% aux Etats-Unis, 22% au Royaume-Uni et 18% au Canada. J’ai quelques doutes sur la pertinence d’un tel échantillon rapporté à la population de ces trois pays, mais prenons la pour ce qu’elle est : un élément du contexte dans lequel les bibliothèque exercent.

En réalité ce qui suscite l’intérêt est l’intervalle qui sépare deux versions de cette étude et son objet : les bibliothèques! Entre 2005 et 2010, on a connu le phénomène du web 2.0 qui a profondément fait évoluer les pratiques numériques (imaginez en 2005 Facebook avait un an!). Signalons que le compte rendu de l’étude en anglais(pdf) est bien plus détaillé et précis que la version francophone, plus synthétique. Il y a quelques enseignements à tirer de cette étude. Voici ce que j’en  retiens.

 Les catalogues des bibliothèques sont sous-utilisés alors qu’ils concentrent de gros moyens dans nos organisations, regardez c’est spectaculaire et on retrouve la proportion au delà de l’échantillon des répondants canadiens!

Autant le savoir : personne ne commence sa recherche dans un catalogue de bibliothèque, encore moins à l’ère des médias sociaus! Seuls 40% des répondants utilise le site et 38% qui ne l’utilisent pas disent ne pas savoir qu’il y avait un site de bibliothèque! Seuls 23% de ceux qui cherchent via le site finissent par trouver, à 94% mais sur un % de départ tout petit! Voilà qui pose une question essentielle : comment pourrait-on faire pour mieux intégrer les ressources de la bibliothèque dans la démarche de recherche de l’usager?

Les bibliothécaires sont perçus comme des accompagnateurs de recherche. Ce n’est pas de la méthode Coué, c’est un résultat, légèrement en baisse mais encourageant! Voilà qui renforce la tendance bien connue : On vient de plus en plus emprunter les compétences d’un bibliothécaire plutôt que les objets qu’il prête! Autre élément ci-contre : la qualité du renseignement perçue augmente (voilà un élément très subjectif) , contrairement à la confiance accordée aux moteurs de recherche. A noter un phénomène étonnant : les 18-24 ans voient la confiance accordée aux moteurs de recherche baisser de manière importante, alors que se maintient celle accordée aux bibliothécaires et que l’on note une diminution de 20% entre 2005 et 2010 pour cette tranche d’âge de la demande de renseignement aux bibliothécaires. Voilà qui semble plaider en faveur des services de références virtuelles… pourtant…

…les services en ligne de questions-réponses proposés par des Bibliothécaires restent sous-utilisés alors que les sites où l’on s’adresse à un expert  (ask-an-expert) voient leur fréquentation exploser comme le montre cette citation de la version américaine de l’étude :

Intéressante distinction qui montre que le positionnement des services de questions-réponses n’est pas valable quand il est biblio-centré, et voit son utilité mieux perçue quand il se distingue de la bibliothèque pour promettre une réponse d’expert. Le service francophone le miux positionné de ce point de vue est bien sur le Guichet du Savoir.

Paradoxe  : plus nous diversifions nos services et… plus les usagers (américains ci-dessous) identifient la bibliothèque aux livres… On peut se poser la question : la marche vers le 3e lieu se fera-t-elle au prix de l’abandon de cette référence ? Est-ce une bonne idée d’effacer le livre comme marqueur pour indiquer une diversification des services ? (espace d’apprentissage ouvert, learning center, etc.)

En tout cas la tendance est réelle et il y a fort à parier qu’on serait arrivé à un résultat similaire à celui ci-dessous en France : En 2005 il fallait offrir plus de contenus, en 2010 c’est plus d’ouverture qu’il faut fournir!

Voici les conclusions et les perspectives de l’étude francophone, elles sont identiques dans la version anglo-saxonne) :

On y retrouve deux tendances principales qui me semblent importantes :

L’importance du conseil et de l’accompagnement et l’importance de la bibliothèque comme « sortie culturelle ». Voilà qui rappelle le paradoxe du cinéma : toujours plus de films disponibles en ligne (légalement ou pa)s et toujours plus de spectateurs dans les salles de ciné. Et si la bibliothèque comme « sortie culturelle » en famille était une dimension  capable de justifier le maintien de collections tangibles? Il n’est en effet pas rare de constater un maintient des prêts de DVD dans les bibliothèques alors même que la musique diminue… Bibliothèques ? espaces de transitions des usages!

les perspectives :

Le troisième lieu en ligne? Voilà un défi intéressant, parce qu’il est très cohérent avec les démarches de médiation numérique que nous expérimentons!

Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

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