Premier Chapitre, un service de presse numérique… à éviter

Premier Chapitre propose depuis peu un « service de presse numérique » payant aux bibliothèques. Le principe est simple explique l’article de Livres-Hebdo :

Pour offrir ce service, la société Premierchapitre (affiliée à Smartnovel) sélectionne des nouveautés (50 par mois) en partenariat avec la SFL, négocie ensuite avec les éditeurs qui lui fournissent le fichier PDF des titres en question. Les bibliothécaires, lorsqu’ils sont abonnés au service (environ 3 000 euros par an) peuvent même lire sur le site premierchapitre la totalité du livre en version PDF et faire partager leurs coups de coeurs avec leurs collègues.

Là, on est pris d’un premier doute : les service de presse, c’est pas gratuit d’habitude ? Gratuits pour le papier, sauf que là c’est du service de presse numérique donc c’est payant (soupir). Payant et sécurisé, parce qu’il faut rassurer les éditeurs qui ont peur de la dissémination numérique des extraits des nouveautés…

Je vous épargne le couplet habituel sur la prétendue cannibalisation du papier par le numérique et celui sur les méchants-pirates-voleurs, désormais ça me file des boutons (de partage). Sans compter qu’ici la sécurisation ne vise pas tout le monde, mais bien des professionnels bien identifiés sensés faire connaître les titres auprès de leurs publics, lesquels s’empresseront de les emprunter et/ou de les acheter. Ah qu’elle est belle la confiance mutuelle des acteurs de la chaîne du livre !

Alors que cherche-t-on à nous vendre pour 3000€ HT à l’année ? Extrait de l’article d’Actualitté :

Pour les éditeurs, le fonctionnement est simple : un fichier PDF va être passé à la moulinette, puis converti en fichier image, pour être accessible depuis une interface adaptée aux tablettes. Il faut ensuite créer un compte, quand on est professionnel, et celui-ci sera rattaché à deux adresses IP, pour des questions de sécurisation.

« Le traitement du PDF en image le rend difficile à copier, sauf à réaliser des captures d’écran et en parallèle, un outil de watermarking indique qui est en train de lire. Dès lors que l’on dépasse les deux connexions depuis des IP différentes, le compte est bloqué. Bien entendu, il est possible d’adapter cela pour que les employés puissent accéder via d’autres appareils, ou en fonction d’autres adresses IP », garantit Jean-Charles Fitoussi.

Voilà donc une entreprise qui vend de la sécurité aux éditeurs et aux bibliothécaires, en cadenassant des contenus dans un player ultra sécurisé qui non seulement verrouille mais espionne ! Ces versions ne sont accessibles que pour les bibliothécaires (« les employés »). Nous voilà encore une fois enchaînés par les Chaînes du Livre, la préoccupation première est le contrôle comme au bon vieux temps du papier-qui-sent-bon. A la racine de ce besoin de sécurité : l’idée que la valeur (économique) de l’actualité est la plus forte, celle qui nécessite la plus de protections contre le piratage. C’est une idée qui ne résiste pas à l’analyse. Selon l’étude du Motif de mars 2012 sur le téléchargement illégal de livres numériques, ce qui est recherché N’EST PAS l’actualité mais bien les valeurs sûres :

Contrairement aux films et à la musique, le piratage des livres et BD n’est pas encore immédiat : il ne touche que minoritairement les nouveautés en rayon. Ainsi le piratage concerne pour moitié la période allant de 2001 à 200 : des titres en quelque sorte « long‐sellers ». En matière d’ebooks pirates, les internautes semblent chercher davantage l’ouvrage de valeur sûre ou répondant à un besoin (ou une curiosité) immédiat, que la nouveauté à proprement parler.

Nous sommes dans un monde (éditorial et commercial) dont l’idéal est l’Acopie, si bien définie par Olivier:

L’acopie ce serait alors l’antonyme de la copie. Un terme désignant la mystification visant à abolir, au travers d’un transfert des opérations de stockage et d’hébergement liées à la dématérialisation d’un bien, la possibilité de la jouissance dudit bien et ce dans son caractère transmissible, en en abolissant toute possibilité d’utilisation ou de réutilisation réellement privative.

L’acopie d’un côté et la copie (party) de l’autre, deux visions du monde. La seconde attentive aux usages et à la circulation des idées ET aux auteurs, l’autre attentive aux intérêts des acteurs économiques soit-disant enchainés les uns aux autres et les bibliothèques avec. Ah bon ? Les bibliothèques aussi ? Voilà donc nos services publics bien loin de la libre diffusion des savoirs…

L’entreprise s’intitule Premier Chapitre ce qui suggère qu’elle les vends ! En fait, non , elle vend un « service de Presse numérique ». Évidement, les premiers chapitres sont des éléments promotionnels au même titre que les premières et quatrièmes de couverture, ou les sommaires. Ce que M. Fitoussi vend ce sont bien des versions intégrales de nouveautés avant parution cadenassées à des bibliothécaires, pas des Premiers Chapitres à des lecteurs. Il y a comme une ambiguïté dans l’intitulé même de la société.

L’argument de vente exprimé par M. Fitoussi est double :

[Pour les bibliothécaires] impossible de lire les ouvrages pour choisir les achats à réaliser.

Impossible de lire les ouvrages pour choisir les achats à réaliser ? Ah bon ? De nombreuses bibliothèques paient déjà des abonnements Electre à prix d’or, ce qui permet de… feuilleter les titres avant parution ! Acheter les services de Premier Chapitre revient, en l’état, à acheter deux fois la même chose en payant deux intermédiaires qui l’ont tous les deux obtenu gratuitement… Le tarif pratiqué par Premier Chapitre (3000€ HT par an) pour 50 extraits par mois est équivalent à 4 accès à Electre pour une commune entre 5 000 et 10 000 habitants.

Bien entendu, le problème est ancien, les (grands) éditeurs (du SNE) on toujours refusé de proposer des services de presse aux bibliothécaires pensant que nous n’étions que des machines à acquérir des exemplaires imprimés payants. L’arrivée du numérique a reposé le problème : ils freinent des quatre fers pour proposer un service de presse numérique digne de ce nom aux bibliothèques. Dans l’économie de la recommandation cette position est totalement décalée et contre productive, tout le monde a intérêt à ce qu’on parle des nouveautés avant leur sortie ! Là est la vraie question posée par Premier Chapitre par le petit bout de la lorgnette marchande.

En creusant, il existe bien depuis 2008 un service de presse numérique proposé par Tite-Live pour quelques groupes d’édition. J’ai contacté Tite-Live, il m’a été confirmé que ce service existe encore mais « qu’il n’est pas ouvert aux bibliothécaires, il est réservé aux journalistes et aux représentants ». A ma question de savoir si ce service est gratuit ou payant, il m’a été fait la réponse suivante :  » le service est payant… pour l’Éditeur« !

Démonstration éclatante de l’inadéquation d’un modèle économique fait payer l’audience qualifiée que sont les bibliothécaires sélectionneurs alors que le bon sens marchand voudrait que ce soit celui qui a intérêt à vendre, l’éditeur, qui achète de l’audience pour faire de la publicité sur les titres à paraître ! Non seulement les bibliothèques font parler/vendre des livres, mais en plus, elles devraient payer un intermédiaire pour pouvoir les lire avant de les acheter pour les faire connaître ? Excusez moi, mais c’est pas un peu nous prendre pour des $%£%µ%µ ça ? Si on compare à Babelio avec l’opération Masse critique, ce sont bien les éditeurs qui paient Babelio pour que le réseau social mette en place une opération à destination d’un public de grands lecteurs et pas l’inverse. Les lecteurs reçoivent gratuitement des livres, Babelio se rémunère sur le service de mise en oeuvre et sur l’audience qualifiée qu’il apporte et les éditeurs achètent cette audience pour vendre des livres, tout le monde est content à la fin ! Pour les services de presse imprimés, ce sont bien les éditeurs qui envoient de plus en plus de titres à des blogueurs-critiques de manière à ce qu’on parle (en bien ou en mal) des titres! Imagine-t-on un seul instant vendre des « services de presse » numériques (ou pas) à des blogueurs ? Pourquoi alors nous bibliothécaires serions-nous ceux qui paient ?

Le second argument est assez étrange :

[Pour les bibliothécaires] impossible de lire les ouvrages pour choisir les achats à réaliser. Ainsi, les lecteurs qui découvrent un titre en librairie se retrouvent alors dépourvus, étant donné que l’établissement de prêt n’a pas nécessairement le titre dans ses rayons. « Plusieurs bibliothécaires insistent sur ce point : quand un livre est disponible simultanément en librairie et bibliothèque, il connaît un plus grand succès », assure Jean-Charles Fitoussi.

Doit-on comprendre que c’est parce que le bibliothécaire obtient un extrait et peut lire l’intégralité avant tout le monde que la nouveauté arrivera plus vite en rayon ? Voilà un raccourci étonnant. N’importe quel bibliothécaire sait bien que la rapidité de mise à disposition des nouveautés dépend du circuit de traitement de chaque bibliothèque… M. Fitoussi n’a pas dû rencontrer beaucoup de bibliothécaire pour construire son service.

Pour les nouveautés en librairie après parution, « l’exclusivité » proposée par Premier Chapitre tombe. Il suffit, par exemple d’aller sur le site de Gallimard pour trouver toutes les dernières nouveautés et les feuilleter! C’est par exemple le cas pour le dernier roman de Philippe Djian. Une rapide recherche sur Google permet de voir que sur Eden Livres on peut feuilleter les titres de plus d’une centaine d’éditeurs ! Sur le site de Premiers Chapitre, la confusion en savamment entretenue entre « service de presse » (avant parution) et « office numérique » qui renvoie à une pratique bien connue des bibliothécaire et qui se passe après parution… Faut-il rappeler que pour les imprimés, les offices sont des services non-facturés qui font partie de la valeur ajoutée de service qu’apporte un libraire à une bibliothèque ? Ce service entre bien souvent dans les critères distinctifs des marchés publics dans le cadre de la loi imposant le plafonnement des rabais. Si on commence à payer pour des Services de Presse, on va nous proposer assez vite de payer pour des « offices numériques » ultra sécurisés…

Si on ajoute à ça que les extraits feuilletables sont déjà gratuitement en ligne dès que le livre est paru en librairie pour peu que la bibliothèque ait un service de mise à disposition rapide des nouveautés (ce qui est très souvent le cas) on se rend compte que le service vendu est quasiment inutile.Vous voyez-vous en train de réclamer 3600€ TTC par an pour 50 titres par mois POUR LES BIBLIOTHÉCAIRES ? Si je prends ma calculatrice ça fait du 6€ TTC le titre pour avoir le droit de le feuilleter avant parution, sans y donner accès pour le public. C’est un tarif qui devrait être celui de l’achat d’un titre pour les publics (et dieu sait que nous n’avons pas du tout intérêt à continuer à acheter des titres mais c’est trop long à développer ici). Alors Quand je lui ai fait cette remarque, M. Fitoussi m’a affirmé vendre un service et non pas des titres. Soit. Examinons. Sur le site :

Créer une app pour smartphone

Espace réservé au bibliothécaire référent
. Export du QR code de la bibliothèque (utilisable sur les marques-pages, affichettes, site web…)
. Choix du nombre de titres dans l’app (de 2 à 10, toujours en nombre pair)
. Choix des titres : un clic devant la couverture du livre pour le sélectionner
. Intégration du logo de la bibliothèque ou de la ville
. Titrage de l’app mobile en utilisant les titres disponibles
. Test de l’app mobile : utiliser i-nigma (à télécharger sur votre magasin d’applications) puis flasher le QR code
. Intégration de la possibilité de réserver les livres qui figurent dans l’app mobile : sélectionner et indiquer l’email du service en charge des réservations

On me parle d’une application ! Le web mobile ! Chouette alors ! Alors ça tombe bien je suis bibliothécaire et j’ai un smartphone, je suis dans la cible, hop je teste. Et là, c’est le drame. L’application existe bien dans l’appstore

J’ai un vieux réflexe, je regarde les avis d’internautes avant de choisir une application : majorité de 1 étoile, et je vous passe la nature des commentaires. Mais bon continuons.

J’ouvre l’application : étrange interface, en effet… mais oui je le reconnais, c’est le site web de Premier chapitre, même pas optimisé pour mobile !

Là je commence franchement à être en colère… Deuxième écran :

En fait, ce n’est pas l’application qui constitue le service comme il est indiqué sur le site « app mobile » , mais bien une page web mobile ! M. Fitoussi m’a indiqué que l’application est abandonnée et non maintenue depuis des années… La confusion est totale sur le site. J’exagère ? C’est une petite différence ? Non, car le service vendu n’est donc pas du tout le même! Aucune chance que votre bibliothèque bénéficie de la visibilité des magasins d’application type App store ou Android Market comme le sous-entend l’expression « app mobile » indiquée sur le site Premier Chapitre! Pour le vendeur, c’est aussi bien moins cher de proposer une page web mobile quasiment gratuite à mettre en œuvre quand le coût moyen d’une application est de 15 000€ sans compter la maintenance ! (chiffre indiqué dans le livre blanc Smile du chef de projet mobile)

Voyons donc dans le détail le service vendu à Courbevoie. C’est Premier Chapitre lui-même qui met en avant l’exemple sur son site. Je ne connais pas les bibliothécaires de Courbevoie mais vu l’ampleur du dispositif : une campagne d’affichage dans la ville, je me dis que les bibliothécaires ont du construire le service avec cette « jeune start-up ». (Si on faisait des campagnes d’affichage pour toutes les ressources numériques achetées…). Voilà l’affiche placardée dans la ville :

L’argument de l’affiche ne mentionne même pas que les ouvrages sont des ultra-nouveautés pas encore parues. On propose de « flasher pour lire »… des « coups de coeur » (argh, je déteste toujours les coups de coeur) qui ne sont que des extraits de nouveautés… pas encore à la bibliothèque.

Où est la valeur ajoutée des bibliothécaires? Où sont les commentaires ? Quelle est leur implication dans les contenus ? Nulle part. En flashant le code, je suis immédiatement renvoyé sur une page web adaptée pour mobile (ouf).

Cette page propose bien un extrait lisible sur mon écran mobile. Deux fonctionnalités sur la droite : une de partage et une de réservation de l’ouvrage… par email !

On peut rêver mieux en terme d’intégration avec un SIGB non ? (ne serait-ce qu’un petit formulaire). Où est l’indication de la date de parution puisqu’on essaie de nous vendre de la fraicheur ? Où est la garantie pour le lecteur d’obtenir VITE le livre réservé ? Aucune mention de délai n’est indiquée alors qu’il s’agit de l’argument de vente principal !

Quant à la recommandation, exit les médias sociaux, place à une unique fonctionnalité : l’email. Le lien pointe sur l’extrait gratuit et non pas sur une notice de la bibliothèque ce qui aurait semblé plus logique… On incite à lire sur smartphone « pour un meilleur confort de lecture ». Mouais…

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On va encore me dire que je critique des gens qui expérimentent et qu’il faut débattre comme le pense le président de l’ADDNB, Michel Fauchié :

Débattre oui, se réjouir parce que « toute expérimentation est bonne à prendre », ça non. Faisons le point. On a : un service qui vend à des bibliothécaires des accès à des ultra-nouveautés, sécurisées pour nous empêcher de les disséminer, alors même que d’autres intermédiaires sont prêts à payer pour acheter ces mêmes types de contenus à des éditeurs pour les porter vers des « audiences qualifiées ». On a aussi à Courbevoie : une entreprise qui vend une page web mobile accessible via un QR code avec des extraits gratuits et la possibilité… d’envoyer des emails pour réserver les livres, le tout sans valeur ajoutée et pour les lecteurs sans garantie d’obtention du titre rapidement.

Jouons aux Petits Débrouillards : vous prenez un générateur de QR code (gratuit), une page de votre catalogue adaptée pour mobile (demandez à votre prestataire) ou installez un wordpress avec un plugin qui adapte les pages pour mobile, c’est gratuit. Vous y présentez des titres, puis dans les articles vous collez un extrait ou un lien vers un extrait juste après parution, en garantissant l’accès rapide à la nouveauté et en achetant pas mal d’exemplaires des titres. Vous faites une affiche et le tour est joué! Pour bien moins cher que ce que propose M. Fitoussi vous avez l’ultra-nouveauté en moins mais la possibilité de fournir le texte intégral en imprimé ou numérique !

Qu’on ne s’y trompe pas : Premier Chapitre est le (triste) symptôme de la situation bloquée du livre numérique en France. C’est aussi un symptôme éclatant du phénomène de désorientation de la valeur quand le document numérique met en jeu à la fois des contenus, des fichiers, de l’audience et des services.

C’est aussi le reflet exact de la position d’un Arnaud Nourry, Président d’Hachette lors du dernier salon du livre , interviewé par Actualitté :

[Les bibliothèques] ont pour vocation d’offrir à des gens qui n’ont pas les moyens financiers, un accès subventionné par la collectivité, au livre. Nous sommes très attachés aux bibliothèques, qui sont des clients très importants pour nos éditeurs, particulièrement en littérature. Alors, il faut vous retourner la question : est-ce que les acheteurs d’iPad ont besoin qu’on les aide à se procurer des livres numériques gratuitement ? Je ne suis pas certain que cela corresponde à la mission des bibliothèques.

Par définition, me semble-t-il, les gens qui ont acheté un Kindle ou un iPad, ont un pouvoir d’achat, là où les gens qui sont les usagers de ces lieux en manquent. La position de Hachette aujourd’hui, c’est que l’on ne vend pas aux bibliothèques [...].

Voilà où l’on veut positionner les bibliothèques : des centres d’accès pour les pauvres [sic], là où nous devrions être perçus comme des pôles d’accès à des lectorats qualifiés locaux (clubs de lectures) et/ou à distances (communautés d’intérêt). La confusion est de mon point de vue renforcé par des professionnels qui persistent à mettre en avant une « vocation sociale » de la bibliothèque au lieu d’une activité de médiation numérique auprès de communautés diverses. Ne me faits pas dire ce que je pense pas : il y a UNE dimension sociale de la bibliothèque, mais elle n’est pas première, il y a des politiques publiques pour ça!

Et si on se concentrait sur la médiation des contenus en libre accès ou sur des dispositifs de recommandation des contenus sous droit sans forcément les avoir dans nos collections ? Et si nous déplacions le centre de gravité des bibliothèques de l’acquisition vers la médiation numérique ?

;interviewé par Actualitté (619)

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Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

8 Responses

  1. merci pour cet article documenté .Le débat a eu lieu, très bien.

  2. jean charles fitoussi dit :

    premierchapitre n’est pas un service de presse en version numérique !

    premierchapitre propose aux bibliothécaires une sélection mensuelle à lire en streaming. Il leur permet de découvrir (sur leur pc ou leur tablette) une sélection de 50 livres à paraître et d’en partager les premiers chapitres avec les lecteurs (sur leurs smartphones).

    premierchapitre propose aux bibliothécaires un outil qui est à la fois une aide à la décision (la lecture d’une cinquantaine de romans chaque mois), et un moyen de communiquer avec les lecteurs (via une sélection de premiers chapitres qu’ils ont aimés). Ce service est donc d’abord utile aux bibliothécaires et aux lecteurs avant de l’être aux éditeurs, même si au fond, tout le monde est gagnant.

    Quant au tarif, il ne s’agit là que de la fourchette supérieure, celle qui s’applique aux BDP. Rapporté au nombre de bibliothèques qu’elles comptent, cette somme représente moins d’une dizaine d’euros par bibliothécaire et par an. Ce budget est distinct du budget acquisition, puisqu’il relève de l’information professionnelle et de l’animation vers les publics.

    L’édito de Livres Hebdo le rappelait encore cette semaine : les livres ne sont pas suffisamment médiatisés. premierchapitre a été créé précisément pour rappeler qu’il existe d’autres relais, autrement plus puissants que les médias.

    • Silvae dit :

      Merci pour la précision budgétaire, je veux bien croire que la grille tarifaire va évoluer, sauf que les réactions sont assez unanimes sur le rejet de votre modèle.

  3. Guillaume (de Babelio) dit :

    Hello Silvère,

    Sans me prononcer sur l’intérêt du service Premierchapitre,
    juste une précision sur Masse Critique : les grandes opérations
    multi-éditeurs, comme l’édition spéciale BD lancée demain matin, sont
    entièrement gratuites pour les maisons d’édition !

    Aucun des 24 éditeurs de BD participant à l’opération n’a
    déboursé un sou pour y prendre part. C’est ce qui permet à tout type d’éditeur
    d’y participer, petites ou grandes maisons, aux mêmes conditions.

    A la demande de certaines maisons, nous organisons
    ponctuellement des opérations dédiées hors calendrier sur un titre sur lequel
    elles souhaitent mettre l’accent, qui sont pour le coup rémunérées, mais plus de 90% des livres que nous faisons
    parvenir aux lecteurs en l’échange de chroniques rentrent dans le cadre d’opérations
    gratuites (gratuites pour les éditeurs. Pour les lecteurs, cela va sans dire…)

    Je voulais juste dissiper tout malentendu :)

    • Silvae dit :

      ok c’est noté, je faisais référence à la pratique expliquée à ce journaliste de Marianne (qui la critiquait sans raison de ,mon point de vue :
      http://www.marianne.net/La-critique-litteraire-est-elle-si-Net_a216602.html
      « Ainsi, Guillaume Teisseire avoue sans complexes monter des « opérations » avec la plupart des grands éditeurs parisiens. « Pour 1 000 euros, nous devons faire en sorte de faire rédiger 20 critiques d’un même ouvrage, détaille-t-il avant de préciser en toute innocence : mais ces critiques peuvent êtres positives comme négatives. » Même si l’argent ne va pas dans la poche des contributeurs mais dans les caisses du site »

      • Guillaume dit :

        Oui, je crois qu’elle avait en tête de nous dépeindre comme des requins (à la fois « innocents » et « décomplexés »…) avant même qu’on se rencontre, et qu’elle n’a pas écouté grand chose de mes réponses à ses questions :)

  4. B. Majour dit :

    Donc on en déduit :

    – Payant,
    – Mal pratique (IP limitées, streaming obligatoire),
    – destiné aux seuls bibliothécaires,

    pour le plus grand bien de l’intermédiaire, et à défaut des éditeurs.

    Comme le dit Silvae, c’est prendre les bibliothécaires pour des c…, hum, pour des couillons.

    Soit c’est un service pratique, soit c’est à la poubelle.
    Que cela soit clair, si je paye, je veux un service de qualité.

    Alors, voyons voir cette offre.

    Le premier chapitre, on peut l’avoir sur le site éditeur/revendeur, et copier, pour les lecteurs, le lien sur le site de la bibliothèque (avec accord de l’éditeur, si nécessaire)

    Avantage : zéro.

    Outil de watermarketing pour indiquer qui est en train de lire… Sic, l’IP est suffisante.
    En plus, le compte est bloqué avec deux connexions simultanées… ?
    Bilan : On paye pour avoir un compte bloqué !!!

    Tout le compte est bloqué ?
    Même celui d’une BDP, qui dessert – par exemple – 280 bibliothèques ???

    Avantage : – 279

    A vrai dire, c’est plutôt -279 * (fois) le nombre de professionnels dans chaque structure.

    Autre point : mais… pourquoi ce besoin de savoir qui lit quoi ?
    Où est l’intérêt, à part pister le bibliothécaire ?
    Dans quel but exactement ?
    Mieux cibler la vente des ebooks ?
    Ceux-là même qu’on est en train de « vendre » ??? (= que le bibliothécaire est en train de lire via son IP, en streaming ?)

    Certes on peut moduler le nombre d’IP : 280 * le nombre de professionnels dans chaque structure… dont une bonne part de bénévoles. (Oui, il y a du monde dans un réseau BDP)
    Alors deux IP qui bloquent le compte, je rigole !

    Je vais reprendre le calcul : 50 livres pour 280 structures, avec 3 à 5 professionnels/bénévoles
    Ça nous fait 50 livres pour environ 1400 bibliothécaires.

    Soit un livre pour 28 personnes.
    C’est ce qu’on appelle un fonds désertique… avec fatalement au minimum deux accès concurrents au même moment sur un ouvrage un peu top… Dans le cadre d’une BDP, ça veut dire compte bloqué en permanence.

    J’estime, à l’identique, que Silvère est un peu généreux avec 6 euros TTC par ebook.

    Si je me base sur mes propres offices papiers, je consulte environ 100 ouvrages, pour n’en retenir que 10. Donc sur 50, avec un peu de chance, s’il y en a 5 qui m’intéressent vraiment, ça nous fait le document à 60 euros TTC.

    De plus, nouveau gros problème, un bibliothécaire veut pouvoir choisir les livres qu’il va « lire ».
    Car il s’agit de lire si j’ai bien compris le but final de ce service.

    Lire avant les lecteurs… des ebooks sélectionnés par un autre, pour mieux leur proposer une sélection de la sélection.

    Alors là, je vais apprendre quelque chose à monsieur Fitoussi, et je vais sans doute casser le mythe : un bibliothécaire n’a pas le temps de lire sur son lieu de travail.

    Dommage, hein.

    Non, un bibliothécaire n’a pas le temps de lire sur son lieu de travail !

    D’ailleurs, je me demande qui l’a, ce temps dans la chaîne du livre.
    De la lecture professionnelle, oui. Du feuilletage rapide, oui. Mais quand on lit sur son lieu de travail, c’est toujours au détriment d’autre chose.

    C’est bien pourquoi les éditeurs montent et financent des comités de lecture.
    Et pourquoi les bibliothécaires bénissent les lecteurs bénévoles, ou même les lecteurs qui parlent de leurs lectures.

    Las, si c’était possible, à une heure par livre (cadence de lecture rapide oblige), ça nous ferait au minimum 50 heures de lecture. Un peu plus de sept jours de travail !

    Ce qui nous amène à de la lecture « loisir », comprendre du temps pris chez soi pour lire.
    Soit à de la lecture confort, ou que l’on espère confortable.

    Avec un système de streaming, en mode image + watermarking, je doute tout à fait du mode confort.

    Je ne parle même pas de la consommation de bande passante sur un éventuel forfait de smartphone. Un fichier Pdf de 1 Mo, ça se transforme en combien de Mo de données images watermarkées ?

    Intéressant à savoir quand c’est vous qui payez le forfait du smartphone.
    Puisque vous lisez chez vous.
    Ou dans les transports en commun.

    Hé oui, c’est là que les bibliothécaires lisent le plus. (Comme les autres lecteurs)
    Etonnant, n’est-ce pas ?

    Je peux même vous dire que Silvae habite une grande ville, où les relais sont positionnés tous les 30 mètres… mais avez-vous testé votre formule en milieu rural, monsieur Fitoussi ?
    Avec un relais tous les trois kilomètres, avec des zones blanches où votre portable se décharge en vain à la recherche de l’émetteur suivant.

    Avez-vous testé votre streaming dans un train, dans un bus ?
    Et la même chose en milieu rural ?
    Est-ce confortable en lecture ?
    Plus qu’un Pdf chargé dans l’appareil ???

    A-t-on le résultat de ce test disponible sur votre site ?

    Oui, je suis un bibliothécaire pragmatique, et en milieu rural. (ok, maintenant pré-urbain)

    Bon, par soucis de professionnalisme et pour avoir des réponses à mes questions, je suis allé voir la démo :

    http://premierchapitre.fr/officesnumeriques/reader_demo/

    Bilan :

    – Lignes coupées (en affichage normal de Firefox).
    – Caractères minuscules.

    Même en pleine page, les caractères restent tout petits. (mais les lignes sont entières)
    Tout petits, trop petits.
    Dois-je rappeler que, en bibliothèque, nous avons des livres écrits en très gros caractères. Et que si nous achetons des grands formats, c’est aussi pour une qualité de lecture supérieure.
    Voire pour une qualité minimale de lecture.

    Je n’ose imaginer ce que cette démo donne sur un smartphone !
    J’ai déjà du mal à lire sur mon écran 17 pouces, alors sur un smartphone.

    Quant au texte… bon, n’en parlons pas, mais sachez qu’il dessert votre offre, monsieur Fitoussi.

    Extrait Pdf : http://www.seuil.com/livre-9782021012187.htm (675 ko)
    Extrait du fichier test en format images : fichiers png enregistrés sur mon disque (4 Mo, pourquoi 3-5 images par page ! Hum… pour cause de streaming, sans doute. Images très propres et bien plus lisibles que par l’afficheur du site)

    Donc, on a un facteur 4 en taille.

    Si 10 pages font 4 Mo, 300 pages en font 120 Mo.
    50 livres ne représentent pas moins de 6 Giga octets de données.

    Sacrée brèche sur le forfait, si ce n’est une explosion.

    Sur un forfait personnel, qui lui est financé par le bibliothécaire.
    Pas glop ! pas glop !

    Bilan final.

    Pour d’autres raisons que Silvae, je rejette ce modèle.

    Je regrette infiniment, mais je veux avoir le choix de mes lectures « loisirs ».
    Je veux pouvoir lire sans me crever les yeux.
    Ni exploser un éventuel forfait.

    Et quelque part, j’estime que le manque de confiance manifeste du fournisseur, face à des professionnels acquéreurs, relève d’un mépris certain. Un fichier pdf watermarketé me semble suffisant, et bien plus simple à l’usage. Ce devrait même être un fichier epub pour garantir la pleine compatibilité de lecture sur les différents supports.

    Parce que manque de confiance pour manque de confiance, si je devais accéder à ce genre de service, le règlement se ferait en fin d’année / début d’année suivante. Histoire de m’assurer que le service est rendu de manière ininterrompue, que la plate-forme ne va pas lâcher en cours de route, que le succès ou l’insuccès ne vont pas coûter de l’argent à ma collectivité pour un service non rendu, ou à la qualité aléatoire. Que ce soit la qualité dans l’accès ou dans les performances du site, et/ou dans la qualité des ebooks présentés.

    Pourquoi devrais-je faire confiance au fournisseur lorsqu’il me traite déjà comme un pirate.

    Si je suis un pirate en puissance, le fournisseur n’est-il pas, lui, un escroc en puissance ?
    Prompt à disparaître, ou à se cacher derrière une hot-line qui sonne dans le vide.

    Vous n’avez pas confiance. Moi non plus.
    On peut être deux à ce jeu.

    De plus, dans le monde papier, après l’office, je passe commande.
    Je suis livré d’abord, je paye ensuite… si tout est conforme.
    Pourquoi devrais-je changer ce qui marche déjà fort bien, dans le respect et la confiance mutuels ?

    Rien que ce manque de confiance m’incite à rejeter le modèle tel que vous le proposez.
    Mais je suis professionnel et je peux comprendre le soucis légitime qui se cache derrière cette solution technique.

    Maintenant à vous de comprendre que le bibliothécaire que je suis a besoin d’un accès rapide, direct et confortable vers l’oeuvre. Puisqu’il s’agit de lire sur mes « loisirs » et non sur mon temps de travail.

    Pour le reste, je vous remercie de m’avoir montré une prochaine clause de mes Marchés Publics d’Achat.

    – fourniture des fichiers pdf (watermarké) pour présélection.

    Oui, pour ça, merci à vous.

    Bien cordialement
    B. Majour

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