L’association CAREL publie ses recommandations sur le livre numérique en bibliothèque

Les bibliothèques de l’association CAREL expriment leurs recommandations pour le livre numérique notamment en refusant le prêt numérique et les DRM et en affirmant la nécessité d’offres de qualité, pérennes, complètes  mais aussi respectueuses des usages des lecteurs et soutenables pour les finances publiques.

L’Association de l’association loi 1901 CAREL date de quelques mois, voici son rôle :

L’association Réseau Carel œuvre en faveur de la Coopération pour l’Accès aux Ressources Electroniques en Bibliothèques. Elle représente les intérêts des collectivités territoriales et des établissements publics dans le cadre des négociations  pour le développement des offres numériques de leurs bibliothèques. En matière de livre numérique, son objectif est d’assurer les conditions d’un usage collectif.

Comme je suis en même temps employé par la Bibliothèque Publique d’Information qui assurait des tâches proches de l’Association actuelle à qui elle fournit des moyens de fonctionnement, mon appartenance au CA est provisoire, elle correspond à la phase de lancement de l’Association qui doit renouveler sa gouvernance au premier trimestre 2013.

Il est essentiel qu’un maximum de bibliothèques adhèrent à CAREL pour que les bibliothèques territoriales bénéficient d’offres de qualités, adaptées aux attentes de leurs publics et soutenables pour leurs budgets. Il s’agit bien au delà du livre numérique de notre capacité collective à proposer des contenus sous droits pour des usages collectifs. Vous êtes intéressés ? Il suffit d’adhérer en vous rendant sur cette page.

Il y avait du fait des projets en cours sur le livre numérique une urgence à se positionner sur les attentes des bibliothèques : que souhaitons-nous ? J’ai participé au groupe de travail mis en œuvre par le bureau de l’Association qui a produit le document qui suit, validé par le CA de l’association. Je me félicite de l’adoption de ce texte issu d’intenses débats qui fait écho aux 10 commandements pour le livre numérique du consortium Couperin.

Il est à noter que par ce texte, l’association CAREL rejette très clairement le prêt numérique en refusant le contrôle d’accès attaché à un fichier, ce qui permet des offres en streaming respectueuses des droits des lecteurs.

Voici le texte in extenso, il est en ligne à cette adresse sur le site de CAREL.

LES ENJEUX DE LA DIFFUSION DU LIVRE NUMERIQUE EN BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE

Remarques liminaires

  • Les bibliothèques publiques évoluent dans un cadre juridique et institutionnel défini.
  • Elles ont vocation à assurer l’accès au savoir, à l’information, à la culture, à la formation et aux loisirs  et à en organiser la diffusion à un large public.
  • Elles sont attachées à la libre circulation de l’information et des données.
  • Dans le cadre de leurs politiques documentaires, elles veillent à répondre aux besoins et attentes de leurs publics dans le respect du pluralisme des sources d’information ; elles s’emploient à refléter la richesse éditoriale.
  • Leurs collections sont multimédia ; elles intègrent des documents physiques et dématérialisés pour différents usages : consultation sur place, prêt et accès à distance.

Pour la lecture numerique

  • La mise en place d’offres de livres numériques dans les bibliothèques publiques a un effet positif sur le développement des pratiques de lecture.
  • De par leurs actions et leurs outils, de par la diversité de leurs publics, les bibliothèques publiques agissent comme acteurs majeurs de la médiation numérique.
  • Maillons de la chaîne du livre, elles participent à l’écosystème du livre numérique et sont attachées au principe de la juste rémunération des ayant-droit. Elles souhaitent travailler en étroite collaboration avec tous les acteurs de la chaîne du livre numérique et développer ces relations dans un esprit constructif de confiance mutuelle.
  • Le champ de la négociation porte tant sur l’offre de contenus que sur les modèles économiques, les droits d’usage, services associés et métadonnées.

LIGNES DIRECTRICES

NON AUX REGRESSIONS : le livre numérique ne doit pas occasionner de régression par rapport au livre physique pour les bibliothèques
Comme pour le livre papier, les usagers doivent pouvoir trouver en bibliothèque tous les livres numériques
Pour assurer pleinement leurs missions, les bibliothèques publiques doivent pouvoir :

  • Accéder à l’ensemble de  l’édition numérique disponible dès sa parution
  • Constituer une offre de livres numériques issue de catalogues de tous les  éditeurs nationaux
  • Sélectionner les livres titre par titre (y compris dans le cadre d’un bouquet) et pouvoir consulter les ouvrages avant de les ajouter à la collection

Comme pour le livre papier, les usagers doivent trouver en bibliothèque des supports ergonomiques et utilisables par tous
Les bibliothèques souhaitent donc :

  • Offrir ces contenus et services associés à distance via des dispositifs d’agrégation interopérables
  • Ne pas contraindre les usages par des mesures techniques de protection (DRM) attachées à un fichier
  • Donner accès aux livres numériques en mode connecté et déconnecté
  • Proposer la lecture et les fonctionnalités associées sur  tous les supports des usagers (portabilité sur ordinateurs, tablettes, liseuses, smartphones…)

Comme pour le livre papier, les bibliothèques doivent pouvoir gérer leurs inscrits et leur garantir l’accès aux documents et à leur contenu :

  • Garder la maîtrise du contrôle d’identification des usagers et de leurs droits de consultation
  • Obtenir pour chaque titre une adresse URL stable
  • Permettre la copie partielle dans le respect de la législation

OUI AU PROGRES : grâce aux potentialités du numérique, les utilisations du livre en bibliothèque publique doivent être facilitées et amplifiées
Encore plus que le livre papier, le livre numérique doit permettre l’usage par de multiples utilisateurs simultanés

  • En favorisant l’accès à distance au même titre par le plus grand nombre de lecteurs  dans des limites définies par l’éditeur, mais sans imiter la gestion à l’exemplaire calquée sur le prêt des livres physiques
  • En permettant le feuilletage in situ des titres acquis (extraits ou texte intégral)

Encore plus que le livre papier, le livre numérique doit favoriser les échanges à distance entre usagers

  • En autorisant la diversité des usages, des réutilisations (citations, commentaires), des échanges (réseaux sociaux de lecture) ;
  • En autorisant les flux de données, métadonnées de qualité et de contenus éditoriaux en provenance des sites éditeurs, distributeurs ou libraires (extraits, images, critiques…), dans des formats interopérables et exploitables par les bibliothèques, afin de pouvoir construire la médiation numérique

OUI A LA VIABILITE TECHNIQUE ET FINANCIERE : le livre numérique doit être viable à long terme pour les bibliothèques publiques
En ce sens, les bibliothèques publiques doivent pouvoir :

  • Disposer d’informations claires sur les conditions d’usage des fichiers
  • Récupérer des statistiques fiables et exploitables afin d’évaluer les usages et de faire évoluer la collection, et ce dans le respect de la protection des données personnelles assurée par les recommandations de la CNIL
  • Avoir le choix entre abonnement et achat, et éventuellement avoir la possibilité de combiner les deux modèles
  • Constituer des collections numériques dont elles soient propriétaires de plein droit et qu’elles puissent transférer d’une plateforme à l’autre
  • Disposer, en cas d’achat définitif, de solutions pérennes d’accès aux fichiers et d’archivage sans DRM
  • Bénéficier de tarifs soutenables pour les finances publiques leur permettant de présenter une offre abondante et attractive, condition du développement de la lecture numérique.

Et une excellente année 2013, sous le signe des biens communs !

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Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.