Pour en finir avec le prêt de livres numériques dans les bibliothèques, quels modèles d’accès ?

Il y a quand même des paradoxes dans le paysage numérique de ce début 2013. On a d’un côté on a un monde académique qui affirme l’importance du libre accès à l’information scientifique et de l’autre des éditeurs (pas tous, mais les plus gros) soucieux de construire un marché segmenté et de soigneusement distinguer l’information du web des objets numériques payants que sont les livres. Au milieu, des publics de lecteurs qui subissent une offre chère et encore très incomplète.

L’offre est très pauvre pour des bibliothèques perçues comme des centres sociaux pour ceux-qui-n’ont-pas-d’argent-pour-se-payer-un-ipad., dixit M. Nourry le président d’Hachette. Provocation et mépris des communautés de lecteurs qui fréquentent les établissements de lecture publique et sont les premiers clients des éditeurs. Plus de 200 bibliothèques publiques prêtent des liseuses et/ou des tablettes sans avoir d’offre significative de contenus sous droits à proposer. Paradoxes, disais-je.

Pour beaucoup de professionnels, tout ça est complexe (et ça l’est sans conteste). Dans le débat un concept tend à s’imposer : le « prêt numérique » semble en effet très intuitif : on prête des fichiers comme des objets tangibles et tout ça n’est pas si compliqué. Voilà un rassurant parallélisme  qui n’en cache pas moins un profond flou conceptuel.  Arrêtons nous un instant sur la notion. Le droit nous donne une définition assez précise du mot prêt :

En droit, le contrat de prêt est une convention, définie par le droit civil, par lequel une personne (le prêteur) livre un service à une autre personne (l’emprunteur), afin qu’il en use, mais à charge de la restituer, après un temps déterminé.

On le voit : la notion implique une durée de prêt. Or cette durée n’existe dans le cas des objets tangibles qu’en raison de la rareté des objets prêtés. C’est bien parce qu’il faut que tout le monde profite des documents mis en circulation dans l’intérêt général des publics qu’une des règles des bibliothèques est de limiter dans le temps le prêt des supports.

Ensuite vient le mot numérique. Autant dire qu’un monde s’ouvre et que ça change tout ! Pourquoi ? Parce que la durée de prêt associée à des documents « rares » par nature (je ne peux prêter un document qu’à une personne à la fois) s’applique désormais à des éléments numériques qui ont une faculté de reproduction à l’infini à un coût très faible : le copier-coller! Plus besoin de durée de prêt!

L’équivalence est tentante pour ceux qui s’adressent à des bibliothécaires habitués à prêter des objets. Prêt d’objets  = prêt numérique dans les deux cas on met à disposition quelque chose pour quelqu’un pour un temps donné, ça semble assez logique.

Sauf que le prêt numérique mène tout droit vers des offres de fichiers chronodégradables. Vous vous souvenez de Mission Impossible ? Ce message s’autodétruira dans quelques secondes, c’est aujourd’hui le modèle d’accès principal qui est proposé pour les livres numériques dans les bibliothèques sauf que la durée est de 3 semaines !

Pourquoi donc vouloir contrôler le durée d’usage d’un fichier ? Pourquoi le contrôle de la durée d’usage ne peut-il par porter sur un ensemble ? Ne peut-on pas penser à des systèmes d’abonnements ? Contrôler non pas l’accès à des fichiers uniques mais à des ensembles de contenus ? En fait, c’est bien ce qu’on nous propose avec les « ressources numériques » depuis des années. Est-ce qu’il vous viendrait à l’idée de payer une par une les vidéos de Vodéclic et de proposer chaque vidéo avec un temps limité ? Le paramètre nouveau, peut-être le plus difficile à comprendre est que la finitude du livre numérique, le fait qu’il soit détachable du web pour être lu sur une tablette ou une liseuse non-connectée n’est pas du tout une condition qui rend nécessaire le contrôle d’accès au fichier.

Les marchands de musique ont bien compris que la lecture hors-ligne implique de contrôler à chaque reconnexion que la personne est toujours abonnée : si oui les fichiers sont maintenus, si non, ils sont effacés. Pas de contrôle au fichier, mais un contrôle à l’abonnement. Certaines plateformes comme Youboox proposent même des modèles équivalents pour les livres ! Je n’ignore pas ce que ces expériences de « contenus dans les flux » peuvent avoir de traumatisantes pour les collectionneurs que sont beaucoup de bibliothécaires. Notre rapport à la collection sera l’objet d’un prochain billet. Dans de tels modèles, j’avais imaginé, et je le pense toujours, que les bibliothèques pourraient être le freemium de l’Edition numérique…

En réalité, le prêt numérique est un cheval de Troie parce que c’est une notion qui s’adresse non pas aux lecteurs de livres, mais aux bibliothécaires, elle leur semble logique. Elle injecte la dose de contrôle au fichier qui semble nécessaire au bibliothécaire en niant la réalité des droits des lecteurs. Les lecteurs eux, ils souhaitent disposer des fichiers, les manipuler, être libres de faire ce qui est à la racine de toute culture : lire, écrire, partager. Oui mais alors comment faire ?

Il faut avoir une vue d’ensemble et surtout sortir de l’économisme dans lequel on souhaite nous enfermer : on trouvera toujours comment nous faire payer quelque chose ! La vraie question qui doit nous préoccuper est la suivante : comment est-ce que nous pouvons dans ce contexte remplir notre fonction sociétale de facilitateurs d’accès à des contenus ? Je vous propose de sortir du chemin du prêt-numérique-chronodégradable-au-fichier et d’examiner la question de l’accès au livre numérique avec ces deux paramètres fondamentaux :

  • celui des droits des lecteurs de livres numériques : que peut-on faire avec un fichier numérique ?
  • celui des enclosures d’accès. Une Enclosure c’est une limite à l’accès. Nous proposons trois degrés types d’enclosures de la plus restrictive à la moins restrictive  : 1. limiter l’accès dans les murs des bibliothèques, 2. à distance avec un mot de passe et 3. en libre accès sur internet (pas d’enclosure)

A la croisée de ces deux chemins, se dessinent des alternatives plus ou moins respectueuses des droits des lecteurs et plus ou facilitatrices d’accès pour les contenus. Si l’on part du principe que les bibliothèques sont faites pour faciliter la rencontre entre des livres et des lecteurs, c’est à chaque professionnel de se positionner et c’est à nous, collectivement, de faire émerger des alternatives au prêt-numérique-chronodégradable-au-fichier.

Ci-dessous vous trouverez sous forme de schéma-animé (prezi) des modèles d’accès au livre numérique qui se dessinent, qui existent déjà où qu’il faut créer, à la croisée de ces deux chemins. Attention je n’ai pas cherché la complexité mais la vue d’ensemble et il ne s’agit pas de modèles économiques mais bien de modèles d’accès.

Voilà de quoi j’espère alimenter une débat urgent et nécessaire quand on mesure qu’un des rares projets sur le livre numérique prenant en compte les bibliothèques aujourd’hui en 2013 s’appelle : PNB ou Prêt numérique en Bibliothèque….

 

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Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

19 Responses

  1. Hubert Guillaud dit :

    Intéressant. Mais, si cela souligne ce qu’il ne faut pas faire (et, que, faute d’action coordonnée, tout le monde commence à faire) ça ne donne pas vraiment de solution concrète sur ce que doivent faire les bib.

    Il me semble que les bib ne peuvent pas proposer uniquement des livres en libre accès. C’est une solution transitoire peut-être, mais qui ne tient pas à terme. C’est un peu comme si on vidait les rayonnages de tous les livres dont les droits courent.

    Si on écarte cette solution, cela signifie que les bib doivent proposer un accès, qu’il soit streaming ou pas, à un vaste ensemble de titres qu’il soit acheté ou loué par elles, en écartant de cette plateforme tous les livres avec DRM. Est-ce à dire que c’est aux bib de construire un Spotify du livre pour leurs abonnés (avec règlements au prorata des consultations et des localisations des abonnés par exemple) ? Est-ce aux bib de construire une plateforme (qui soit de vente et de location) ? Assurément, il me semble que si on dénoue un peu l’écheveau des questions, on arrive vite à la solution d’une plateforme nationale, partagée entre toutes les bib, seul moyen d’avoir la force de négociation nécessaire avec les éditeurs et de faciliter le plus vaste référencement qui soit. On voit bien, qu’à terme, il sera guère possible de s’appuyer sur des milliers de plateformes gérées par chaque bib : trop coûteux, trop démultiplicateur de l’effort. C’est aujourd’hui pourtant une solution transitoire vers laquelle plusieurs se tournent. Pour cela, se pose toujours le même problème. Celui de créer enfin une structure nationale des bib, capable de financer, développer et animer une plateforme commune. Sans cette structure, sans cette volonté… J’ai un peu peur qu’on en reste à de beaux discours. Même la solution Unglue-it, consistant à racheter les droits de titres pour les libérer demande de se fédérer à plusieurs pour y parvenir.

    • Silvae dit :

      @hubert : merci pour ce commentaire. l’objet de ce billet était avant tout de faire comprendre la situation, avant même d’envisager ce qu’il faut faire. Toi qui t’intéresse de près à ces questions, tout ça te semble évident, mais il y a encore énormément de flou sur ces questions chez les professionnels.

      Ceci dit, l’idée d’une plateforme nationale est à la réflexion depuis quelques temps comme le rappelle Michel. Elle me semble difficile à mettre en oeuvre pour les raisons suivantes :
      D’abord qu’entend-t-on par plateforme ? Il me semble qu’il faut éviter une centralisation excessive qui sera immanquablement mal perçue par les professionnels : chaque bibliothèque souhaite avoir le choix de la manière dont les usagers accèdent à des contenus, c’est parfois critiquable, mais c’est une réalité. Pour le livre les collectivités ont investi en force dans des portails capables de sigaler les livres numériques, les prestataires proposent de plus en plus des notices associées aux fichiers des livrs numériques. C’est aussi l’approche des Bu avec des identifications uniques aux ressources. Il faudrait à minima distinguer plateforme de négociation et plateforme comme modèle d’accès. L’approche qui me semble plus pertinente est celle des web services et des APis, ça c’est mutualisable et c’est bien l’approche du projet interprofessionnel PEB. Voilà je ne suis pas fermé par principe, mais encore faut-il savoir de quoi on parle et de nombreux discours confondent « peser dans le débat et les négocitions » et « proposer un accès centralisé ». Au delà des questions sur la définition du projet, la véritable question me semble politico-économique : on aura beau avoir une plateforme, quelles garanties cela apporte-t-il quand à la mobilisation des éditeurs pour y mettre des contenus ? Force est de constater que le blocage est politique du côté des pouvoirs publics qui, jusqu’à preuve du contraire, ne souhaitent pas intervenir et économique puisque les éditeurs refusent d’investir ce marché parce qu’il leur semble conccurentiel du marché B to C. Nous faut-il vraiment un projet informatique d’ampleur pour démontrer le marché que représentent les bibliothèques ? L’Association CAREL est en cours de montée en puissance et le nombre d’adhérents devrait être significatif et démontrer le poids des collectivités (c’est un des buts, et c’est en cours). Et puis, une plateforme (quel que soit la nature du projet) c’est un projet informatique lourd qui demande des moyens et qui mobilisera beaucoup d’énergies : ce sont des ressources très rares dans le secteur public. Un tel projet mettra au minimum 2 ans à sortir, n’est-ce pas déjà trop tard ? En outre, si vraiment le but du jeu est une offre commerciale, à partir du moment où on aura démontré qu’il existe un marché (ce qui relève du lobuying) il me semble très probable que des offres commerciales émergeront et que les investissements sur l’infrastructure, le design et les modèles d’ccès seront fait par ceux qui ont de l’argent à gagner dans l’histoire. Se pose aussi des questions institutionnelles le Centre National du Livre qui a financé et finance encore nombre de projets lié au livres numérique sans jamais prévoir de contreparties en terme d’accès aux contenus par les bibliothèquespourrait être interpellé sur la question de l’accès das les bibliothèques. Voilà un organisme de l’interprofession dont on souligne trop peu souvnet le rôle su le sujet. Voilà mes réflexions, mais je suis ouvert à un débat et mon avis n’est pas définitif sur cette question.

      • Hubert Guillaud dit :

        « Chaque bibliothèque souhaite avoir le choix de la manière dont les
        usagers accèdent à des contenus, c’est parfois critiquable, mais c’est
        une
        réalité. » … Est-ce à dire que tu penses que chaque bib doit créer sa
        plateforme d’accès aux livres électroniques ? Si dans le physique, leur
        choix (et leur budget) limite le nombre de titres qu’ils proposent,
        peut-on penser qu’ils pourraient faire de même dans le numérique ?
        Peut-on penser qu’il faut que chacun administre et gère sa plateforme de
        titres ? Proposant (en accès distant, depuis une carte d’abonnés par
        exemple) certains titres (ceux qu’aura choisit et négocié le
        bibliothécaire) et pas d’autres ? Ca me semble valable dans un moment où
        le nombre de titre est gérable ? Mais peut-on les imaginer acheter un
        titre ici, un titre là et dire aux abonnés pour tous les titres qu’ils
        n’auront pas : « bah, désolé on l’a pas ! » Sincèrement, c’est penser le
        potentiel du numérique comme le physique. A terme, je n’y crois pas.

        Passer par les services web et les API fait encore dépendre les bib.
        des API et services qui leur seront proposés, plutôt que de les
        construire elles-mêmes (en en proposant de nouveaux).

        « on aura beau avoir une plateforme, quelles garanties cela apporte-t-il
        quand à la mobilisation des éditeurs pour y mettre des contenus ? »

        Une plateforme nationale de toutes les bib associées… Aucune
        garantie. Certains refuseront. D’autres discuteront. D’autres
        avanceront. Mais la force de la négociation collective (fournir des
        livres pour tous les abonnés des bib de France) devient d’un coup énorme
        pour les bib. Je parie que ceux qui refuseront ne le feront pas
        longtemps. Et d’un coup, ce sont les bib. qui décideront des conditions
        d’acceptation. OpenBooks Edition a refusé des éditeurs qui ne plaçaient
        pas 50 % de leurs contenus en Open Access. Celui qui construit la
        plateforme décide des conditions de celles-ci (même si compromis et
        discussions toujours possibles).

        « Et puis, une plateforme (quel que soit la nature du projet) c’est un
        projet informatique lourd qui demande des moyens et qui mobilisera
        beaucoup d’énergies : ce sont des ressources très rares dans le secteur
        public. Un tel projet mettra au minimum 2 ans à sortir, n’est-ce pas
        déjà
        trop tard ? » Oui, c’est juste. Mais mieux vaut tard que jamais ;-). En
        même temps, il est toujours possible d’imaginer une prestation
        extérieure de qualité sur un cahier des charges très documenté (et très
        inspiré)… Bien sûr que ce n’est pas facile. On se souvient de l’échec
        de 1001libraires. Il faut bien s’entourer. Confier des responsabilités
        aux bonnes personnes. Tenter d’être un peu agile. Pas facile dans le
        secteur public, je suis d’accord. Mais certains y parviennent. L’exemple
        des réalisations du Cléo, labo du CNRS me semble particulièrement
        éclairant ;-).

        « Il me semble très probable que des offres commerciales émergeront ».
        Oui certainement. Sauf que pour l’instant celles-ci ne vous conviennent
        pas. Ca viendra peut-être. Mais, quel sera votre force pour maîtriser
        contenus, services, outillages associés, surtout s’il y en a plusieurs
        et si chaque bib agit indépendemment ? Ou peut-être qu’un jour, un
        acteur purement commercial le proposera sans passer par vous (le serpent
        de mer du Spotify du livre proposé par Amazon par exemple).

        Moi non plus je n’ai pas d’avis définitif. J’essaye juste de réfléchir et de chercher les leviers d’action. Amicalement.

      • Hubert Guillaud dit :

        Et quid des plus petites bib qui n’auront d’autres choix que de passer par des fournisseurs de services extérieures ou rester hors du num. ?

        • Michel Fauchié dit :

          remarque pertinente.On observe qu’on a en fait deux modes en cohabitation : 1. création d’un service à partir des ressources techniques, financières, logistiques d’une bibliothèque ( et rarement transférable) 2. contrat avec un intermédiaire. On est donc en plein débat sur le mode opératoire avec Mission impossible puisque les bibliothèques publiques ne sont que des services de collectivités et n’ont pas de capacité juridique à créer une plateforme( mot impropre).
          Le projet PNB est intéressant : il propose un tiers de confiance neutre dans l’accès (rappel du décret PLN : contractualiser les modalités d’accès Et les modalités d’usage).
          Il faut donc donc réfléchir plus avant sur les process techno de l’accès, puis entamer les négos sur les usages.
          Vaste programme !
          Et en même temps, sentiment que le débat se déplace pas mal vers d’autres formes d’appropriation de culture numérique : alors,en même temps que la communauté des bibs travaille sur ce sujet (livre numérique), sans doute s’intéresser beaucoup plus au reste !

  2. Michel Fauchié dit :

    bonjour.
    l’idée de la plateforme unique est ancienne et elle a été testée à charge titre expérimental avec un ensemble d’editeurs comme lekti.net
    Mais si elle a abordé les questions relatives au tiers de confiance(achat des droits ), lecteur intégré, la participation des lecteurs et la médiation à valeur ajoutée, il manque encore quelques briques techniques.
    de ce côté PNB peut constituer une réelle avancée. Tout comme l’adoption de normes type OPDS
    beaucoup de points à éclaircir. ..

  3. Hubert Guillaud dit :

    « Chaque bibliothèque souhaite avoir le choix de la manière dont les
    usagers accèdent à des contenus, c’est parfois critiquable, mais c’est
    une réalité. » … Est-ce à dire que tu penses que chaque bib doit créer sa plateforme d’accès aux livres électroniques ? Si dans le physique, leur choix (et leur budget) limite le nombre de titres qu’ils proposent, peut-on penser qu’ils pourraient faire de même dans le numérique ? Peut-on penser qu’il faut que chacun administre et gère sa plateforme de titres ? Proposant (en accès distant, depuis une carte d’abonnés par exemple) certains titres (ceux qu’aura choisit et négocié le bibliothécaire) et pas d’autres ? Ca me semble valable dans un moment où le nombre de titre est gérable ? Mais peut-on les imaginer acheter un titre ici, un titre là et dire aux abonnés pour tous les titres qu’ils n’auront pas : « bah, désolé on l’a pas ! » Sincèrement, c’est penser le potentiel du numérique comme le physique. A terme, je n’y crois pas.

    Passer par les services web et les API fait encore dépendre les bib. des API et services qui leur seront proposés, plutôt que de les construire elles-mêmes (en en proposant de nouveaux).

    « on aura beau avoir une plateforme, quelles garanties cela apporte-t-il
    quand à la mobilisation des éditeurs pour y mettre des contenus ? »

    Une plateforme nationale de toutes les bib associées… Aucune garantie. Certains refuseront. D’autres discuteront. D’autres avanceront. Mais la force de la négociation collective (fournir des livres pour tous les abonnés des bib de France) devient d’un coup énorme pour les bib. Je parie que ceux qui refuseront ne le feront pas longtemps. Et d’un coup, ce sont les bib. qui décideront des conditions d’acceptation. OpenBooks Edition a refusé des éditeurs qui ne plaçaient pas 50 % de leurs contenus en Open Access. Celui qui construit la plateforme décide des conditions de celles-ci (même si compromis et discussions toujours possibles).

    « Et puis, une plateforme (quel que soit la nature du projet) c’est un
    projet informatique lourd qui demande des moyens et qui mobilisera
    beaucoup d’énergies : ce sont des ressources très rares dans le secteur
    public. Un tel projet mettra au minimum 2 ans à sortir, n’est-ce pas
    déjà trop tard ? » Oui, c’est juste. Mais mieux vaut tard que jamais ;-). En même temps, il est toujours possible d’imaginer une prestation extérieure de qualité sur un cahier des charges très documenté (et très inspiré)… Bien sûr que ce n’est pas facile. On se souvient de l’échec de 1001libraires. Il faut bien s’entourer. Confier des responsabilités aux bonnes personnes. Tenter d’être un peu agile. Pas facile dans le secteur public, je suis d’accord. Mais certains y parviennent. L’exemple des réalisations du Cléo, labo du CNRS me semble particulièrement éclairant ;-).

    « Il me semble très probable que des offres commerciales émergeront ». Oui certainement. Sauf que pour l’instant celles-ci ne vous conviennent pas. Ca viendra peut-être. Mais, quel sera votre force pour maîtriser contenus, services, outillages associés, surtout s’il y en a plusieurs et si chaque bib agit indépendemment ? Ou peut-être qu’un jour, un acteur purement commercial le proposera sans passer par vous (le serpent de mer du Spotify du livre proposé par Amazon par exemple).

    Moi non plus je n’ai pas d’avis définitif. J’essaye juste de réfléchir et de chercher les leviers d’action. Amicalement.

    • Silvae dit :

      Non je ne pense absolument pas que chaque bibliothèque doive gérer sa propore plateforme, je suis même très dubitatif sur l’idée de collection quand on parle du numérique, mais comme je le dis dans le billet je prendrai le temps de développer ce point. Tu as bien sûr raison : si on a l’opportunité de proposer un grand nombre de titres pour toutes les bibliothèques, alors il ne faut pas se priver ! Ce que je voulais dire c’est qu’une même plateforme résonne spontanément comme une seule interface, la même pour tous, or on peut tout à fait séparer contenus et interfaces c’était ce que je voulais dire. Un des facteurs de succès de ce genre de projet est sa malléabilité aux stratégies locales, crois-moi quand on pratique un peu la coopération entre collectivités, on comprend très bien pourquoi.

      Par contre ton argument sur les api je ne le comprends pas, je dis justement qu’un tel projet doit être de créer des apis, mais dans tous les cas les fichiers on les as pas hein, donc on peut toujours créer des apis on maîtrise mieux les conditions techniques d’accès ça ne règle en rien le pb de la négociation juridique.

      Pour l’argument de dire celui qui a la plateforme est en position de force pour négocier, oui et non ! La plateforme est un outil, pour peser, est-ce le meilleur ? Si on montre par une étude, un sondage, une campagne, une mobilisation, des négociations coordonnées que tant de bibliothèques sont prêtes à investir et le font, qu’on pèse tant et qu’on peut représenter tant sur tant d’années on a aussi un outil! Hubert rends-toi compte qu’on a même pas tenté ça, l’assocition CAREL n’a même pas un an, c’est encore un tout petit bébé! Se structurer c’est la première étape et c’est infiniment moins coûteux et complexe qu’une plateforme !! Après pour l’argument de négocier petit à petit, on ne parle pas de petite édition là, on parle de masse de contenus sous droits, on parle des Gallimard et Hachette. Je le répète, on a pas le temps de commencer petit. D’ailleurs, le Québec a sa plateforme et comment lui permet-elle de peser ? Le modèle d’accès est du prêt numérique ? Pourquoi refaire en argent public ce qu’on critique chez les prestataires ? n’est-ce pas reculer pour avoir une chance, de peut-être, un jour, sauter ? Souhaiteront-ils, les éditeurs, nous confier des contenus dans une plateforme qu’ils ne maîtrisent pas ? J’en doute. Souhaiteront-ils expérimenter une offre soutenue par les pouvoirs publics pour en faire un marché complémentaire au marché grand public ? ça me semble plus probable, à condition de démontrer et de mesurer ce marché aujourd’hui en avec des projections dans le temps.

      Deux exemples : c’est bien une fois que la musique numérique a avancé que des offres ont été négociées par des bibliothécaires, ce n’était pas un groupe structuré mais quelques uns courageux et isolés, qui ont su se faire entendre et expérimenter. Faute de reprise et de soutien du projet par un « couperin des bibliothèques publiques » l’offre est quasiment inaccessible financièrement à la plupart des bibliothèques alors que le modèle est très prometteur ! Ce qu’on cherche à faire, c’est à structurer une force d’expérimentation et de négociation, pas à noyer l’énergie dans un projet informatique… le risque est grand de se réveiller dans longtemps à l’issue d’un cahier des charges qui sera déjà obsolète.

      Pour le jeu vidéo, il n’y a pas de droit de prêt mais les bibliothèques prêtent des jeux : les éditeurs perçoivent qu’il y a un marché et au lieu d’attaquer cherchent à légaliser ce marché complémentaire. Même chose pour la musique dématérialisée. on sait bien ce qui se passe aujourd’hui : de plus en plus de bibliothèques achètent des livres numériques et les prêtent, sans DRM, souvent plus par ignorance que par provocation. Alors je crois pour ma part qu’un jour où l’autre, les éditeurs vont se mettre à réclamer un droit de prêt et là on aura beau avoir une plateforme, ce qui sera décisif ne sera pas l’outil; mais de pouvoir démontrer aux éditeurs, et malheureusemnt aussi à l’Etat ce qu’on peut peser sur le marché du livre numérique ET qu’il y a un enjeu de politique publique à ce que les bibliothèques ne soient pas écartées de ce marché.

  4. Hubert Guillaud dit :

    ah, j’ai pas trouvé le bon bouton de réponse, excuse moi Silvère.

  5. StayConnected dit :

    Bonjour,
    Concernant cet enjeu de plus en plus d’actualité, soit le prêt de tablettes en bibliothèques, StayConnected, une jeune entreprise québécoise a développée un nouveau produit unique qui répond parfaitement à cet enjeu :Le NetSpot!
    Le NetSpot est une console libre-service permettant le prêt,
    via un écran tactile, d’iPad pour les bibliothèques, les salles de classes ou
    d’attentes, les hôtels, etc.. La beauté du produit réside dans le fait qu’en
    plus d’être libre-service, il ne nécessite aucune gestion de la part de
    l’organisation qui décide de l’implanter. Le NetSpot se charge de gérer les
    tablettes (il permet d’emprunter la tablette qui est la moins utilisée et qui
    est rechargée pour s’assurer d’une usure égale de toutes les tablettes).

    En plus, le NetSpot s’occupe d’effectuer les mises à jour
    nécessaires, de recharger les iPad lorsqu’ils sont remis dans la console et
    d’effacer tout ce que l’ancien utilisateur a fait ou installé sur la tablette
    lors de son emprunt. Par la suite, le NetSpot remet l’image initiale sur le
    iPad qui a été prédéterminé par votre organisation. Tout cela automatiquement!
    Ce produit est unique au monde.

    Nous assurons également la sécurité des iPad, car ils sont
    barrés. Il faut que l’utilisateur insère une carte (étudiante, crédit,
    courtoisie, etc..) et que celle-ci soit approuvée par le NetSpot pour en
    libérer un! Chaque iPad est protégé par un étui spécifiquement conçu pour le
    NetSpot. La prise pour recharger a aussi été modifiée pour ne fonctionner
    qu’avec le NetSpot. Nous couvrons aussi les bris physiques et le vol qui
    pourrait survenir.

    De plus, nous avons déjà des clients de la région de
    Montréal dans le domaine bibliothécaire. Sans oublier que nous avons des
    clients à travers le monde. Le produit est donc déjà testé et performe
    merveilleusement bien!

    Cordialement,

    Francis Leblanc
    Responsable du marketing et conseiller aux ventes
    StayConnected
    fleblanc@stayconnected.co
    (514)978-2731

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