Quel avenir pour la musique en bibliothèque?

playJ’ai déjà eu l’occasion de l’écrire pour le livre numérique mais je vais l’écrire à nouveau ici : en dehors des quelques bibliothèques patrimoniales, le rôle de la plupart des bibliothèques publiques a glissé de la collection vers la médiation. Le tropisme de la collection chez les bibliothécaires fait oublier que l’existence d’une collection n’est que la conséquence de la rareté de l’espace disponible dans les bâtiments que sont les bibliothèques. Le numérique permet de briser cette rareté, ce qui déplace l’enjeu de la collection vers la médiation des contenus.

Au fond la question est très simple : à quoi sert-il de constituer des collections musicales quand presque toute la musique du monde est sur Internet?

Le paysage de la musique numérique a considérablement évolué en quelques années. Deezer et Spotify sont apparus respectivement en 2007 et en 2006. Ces quelques chiffres tirés d’une étude sur l’offre et la diversité musicale en ligne de 2013 de l’Observatoire de la Cité de la Musique suffisent à comprendre le profond bouleversement du paysage.

000069observatoire.cite-musique.fr_observatoire_document_MNUM_S1_2013_offre_diversite_

 

000070observatoire.cite-musique.fr_observatoire_document_MNUM_S1_2013_offre_diversite_

A en croire ces chiffres, Deezer (entreprise française) c’est 1,3 million d’abonnés en France, Spotify 130 000. Gros contraste donc entre ces deux acteurs mais il faut compter avec une croissance exponentielle et des chiffres qui ne sont pas officiels pour Spotify qui ne communique officiellement que sur le chiffre d’utilisateurs monde.

Il y a pourtant un acteur qui est trop souvent oublié quand on parle de la musique sous l’angle des « ressources numériques » et qui

Español: Logo Vectorial de YouTube

représente une part écrasante des contenus musicaux en ligne, c’est YouTube. Le service de Google est pourtant très particulier comparé aux deux autres : il mélange contenus professionnels et amateurs. Aucune indication sur le nombre de titres en ligne mais une domination écrasante en terme de fréquentation.

000226observatoire.cite-musique.fr_observatoire_document_MNUM_S1_2013_offre_diversite_

Selon une étude de la Hadopi les usagers se constituent massivement leurs collections avec ce qui est disponible en ligne, en particulier sur Youtube :

Un quart des internautes interrogés l’ont utilisé pour télécharger des chansons durant la semaine d’observation. Cela met en lumière l’importance du «ripping». Cette pratique consiste en l’extraction de données – par exemple sur une vidéo YouTube – afin de les convertir dans un format que l’on peut enregistrer sur son ordinateur. Dans le cas de la musique, de nombreux sites proposent aux internautes de «ripper» leurs vidéoclips préférés afin d’en récupérer la bande-son sous forme d’un fichier MP3. Cette pratique se retrouve aussi pour les films et les séries télévisées, mais de manière bien plus marginale.

Dans cette abondance, une seule question est posée aux internautes : que choisir? Que l’on mesure de fragilité des obstacles techniques à un accès à quasiment toute la musique du monde avec un service (illégal) comme HipHop qui propose 45 millions de titres en un clic !

Oui, HipHop propose 45 millions de chansons en allant choper le son des vidéos YouTube. Il choisit celles qui sont de la meilleure qualité possible et vous propose tout cela sans pub et sans inscription.

Les bibliothécaires ne peuvent plus attendre un cadre juridique leur permettant d’agir dans des conditions idéales au risque de se marginaliser. Est-il encore nécessaire de dépenser la moindre énergie à négocier je ne sais quelle offre musicale légale pour bibliothèques alors que des millions de titres sont à portée de main?

Le choix d’un bibliothécaire musical aujourd’hui n’est plus seulement quoi acheter (pour ceux qui maintiennent des collections de CD), mais surtout quelles playlists proposer et sur quelles plateformes? Doit-on choisir Deezer; Spotify, Youtube, Grooveshark, d’autres? Pas simple, j’ai envie de dire qu’il faut choisir la plus ouverte et la plus facile d’accès., celle qui permet d’exercer une médiation efficace. Les hésitations viennent souvent du fait que les conditions juridiques ne sont pas adaptées aux usages collectifs. Mais faut-il rappeler que toutes les médiathèques de France qui prêtent des CD le font dans l’illégalité la plus totale? N’y voyez là qu’une incitation à avancer dans un environnement juridique qui doit s’évaluer au regard du risque de contentieux et pas du strict respect de règles inadaptées…

De nombreuses bibliothèques ne se posent plus ces questions et proposent des Playlists sur Deezer ou Spotify ou YouTube. Pour certains aux obstacles juridiques s’ajoutent des réticences quasi-morales : toutes ces plateformes d’œuvres sous-droits imposent de la publicité à leurs utilisateurs et il est de plus en plus fréquent de trouver des publicités en introduction d’une vidéo sur YouTube. Y puiser des ressources revient à renforcer leur puissance…

Oui mais après tout la publicité est-elle absente de nos collections imprimées? Songez aux magazines… Si pour le livre numérique nous utilisons l’argument d’un cercle vertueux entre un secteur non-marchand dans lequel nous exerçons et le secteur marchand qui doit se développer, pourquoi cet argument tombe-t-il quand le secteur EST développé?

Oui ces entreprises sont des régies publicitaires, à tendance monopolistiques, préoccupantes du point de vue de leur gestion des données personnelles des utilisateurs. Oui et nombreux sont les bibliothécaires qui sont très conscients de ces enjeux, mais doit-on pour autant ne plus jouer notre rôle? A-t-on des préoccupations similaires s’agissant de l’industrie des jeux vidéos, qui, faut-il le rappeler, génère un chiffre d’affaire infiniment plus fort que la musique et constitue la plus grande économie de l’attention de la planète? Et d’avantage, n’y a -t-il pas un enjeu plus fort qui est celui d’y être intelligemment, humainement, passionnément? Je pense que Dominique Cardon a raison d’appeler au désalignement des algorithmes de recommandations, et pour moi la meilleur manière de le faire est de s’intéresser de près aux communautés d’intérêts de la musique, de montrer que la force de la recommandation ne peut se résumer à des calculs aux critères opaques.

Les algorithmes de recommandations automatisés représentent des investissements considérables en R&D mais remplacent-ils des communautés de passionnés qui échangent à partir d’objets culturels en se les appropriant? Ces communautés ne constituent-elles pas des communs que nous devons encourager et qui pourront survivre à tous les YouTube de la planète? N’est-ce pas en soutenant ces communs là où ils sont que nous serons à même d’encourager de nécessaires mouvements de régulation du web? La meilleure garantie contre les abus de ces plateformes n’est-elle pas la force de la pression des utilisateurs, utiliser la force de l’adversaire, à la manière du Ju-jitsu?

Antonio Casili dans un excellent article intitulé contre l’hypothèse de la fin de la vie privée liste les mouvements de protestation des utilisateurs de Facebook. Il révèle dans ce tableau l’efficacité de la pression des usagers du réseau sur la gouvernance du réseau lui-même.

img-2

Elaboration d’Antonio Casili. Sources : Public broadcasting system (http://www.pbs.org/​mediashift/​2011/​02/​timeline-facebooks-stormy-relationship-with-privacy039.html) ; Electronic Privacy Information Center (https ://epic.org/privacy/socialnet/) ; www.Europe-v-Facebook.org ; Timeline of Social Networking Privacy Incidents (Cyberspace Law Committee, California Bar, 13/07/2010 : http://cyberprimer.files.wordpress.com/​2010/​07/​social-networking-privacy-incidents-timeline.pdf)].

A notre niveau, je crois que la responsabilité de chaque bibliothécaire doit être de se situer au cœur des pratiques pour y rendre lisible la possibilité qu’à chacun d’y développer ses goûts musicaux. Soyons clairs, aucune de ces plateformes ne représente de solution pérenne à ce qui est un problème global d’investissement dans les pratiques amateurs et de constitutions de jardins fermés du web.

Pour les professionnels de la médiation que nous sommes, l’enjeu devient celui de rendre visible des sélections dans les flux et surtout de tisser une confiance avec des communautés d’intérêt musicales susceptibles de les suivre… Bien sûr on peut le faire au niveau local, ou en mettant en avant la musique libre,  mais n’est-il pas temps de changer d’échelle? Ces derniers mois de nouveaux venus ont fait leur apparition rapporte un article de Libération :

Blitzr, Whyd, Musikki et même RF8, la plateforme de découvertes musicales de Radio 000227Toutes les playlists _ RF8France, qui utilisent tous YouTube comme source sonore principale. Un choix – par défaut dans le cas de RF8 (Libération du 28 mars)- qui évite les coûteux frais d’hébergement des fichiers ainsi que les non moins coûteux droits d’accès aux catalogues des maisons de disques.

Tous ou presque utilisent YouTube qui devient de fait un hub musical planétaire et s’abrite derrière un accord avec la SACEM du point de vue du droit d’auteur. Aucune garantie de pérennité des titres, mais qui s’en préoccupe? L’important est ici d’éditorialiser la musique.

L’application HipHop citée plus haut pioche dans les serveurs de Google, propose des playlists, et c’est un logiciel libre aisément accessible… Je me demande si, à l’instar de ce que propose Radio-France, il ne serait pas temps pour les bibliothécaires passionnés de musique de passer à l’échelle et de construire un service de médiation musical… quitte à s’acquitter de droit d’usages en commun. Cela suppose d’abandonner le tropisme du « faire collection »… et de se situer au cœur des communautés d’intérêt de la musique.

Qu’en pensez-vous?

 

(14841)

This work, unless otherwise expressly stated, is licensed under a Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 France License.

Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

13 Responses

  1. Claire H. dit :

    ça existe, et c’est même francophone : http://www.lamediatheque.be/ :)
    On aurait en effet tout à gagner à basculer vers ce modèle, quitte à le territorialiser comme le font pas mal de médiathèques aujourd’hui avec des démothèques, studios de répétition, animation de la scène locale etc.

  2. C’est un débat intéressant (évidemment) et même un peu plus large que le postulat de départ de l’article.

    Parce qu’évoquer la nécessité de la Musique dans les bibliothèques n’est pas une véritable question en réalité : Elle a toute sa place, et peut-être même plus qu’avant.

    Déjà, du point de vue de l’industrie musicale. Elle est en dents de scie et c’est faible de le dire. C’est une industrie qui a pris de plein fouet la révolution des pratiques numériques (et ce, bien avant les offres de streaming, cf. Napster et consors). Et elle a voulu continuer à imposer sa démarche, qui n’en était plus une, pour garder une poule aux oeufs d’or bien agréable pour certaines majors. Le virage a été loupé dans les grandes largeurs, le propos du numérique n’ayant pas été saisi (et ne l’étant d’ailleurs toujours pas). Alors, depuis 2002, en tout logique, elle a perdu plus de 50% de son chiffre d’affaire. A mettre en corrélation avec les statistiques de prêts qui eux ont subi une baisse certes vertigineuse mais limitée de l’ordre de 25% sur la même période (2002-2008).

    Alors, éternel débat, si une offre numérique existe, pourquoi développer un fonds physique ? En titillant un peu, on pourrait étendre cette question de base à d’autres supports. Pourquoi acheter des livres puisqu’il existe des offres bancales ? Pourquoi acheter des films puisqu’il est extrêmement aisé d’en disposer via des plateformes ?

    La réponse est multiple :

    – Concernant l’offre : Les expérimentations d’offres légales de musique en ligne en bibliothèque datent de près de 10 ans maintenant, et aucun modèle fiable n’a encore émergé même si on note des efforts de la part de certaines plateformes. Mais les catalogues Deezer, Spotify ou MusicMe sont les mêmes : Ils viennent tous de Believe. Et des catalogues d’offre streaming ont plusieurs défauts : le coût (négociables mais extrêmement flou, là où CAREL aurait ou aurait eu un rôle à jouer), une offre limitée (à titre personnel, entre mes acquisitions physiques et l’offre numérique, je possède 3 fois plus de nouveautés), une limitation d’usage (même sous contrat, certains titres/albums sont limités à 30 sec.), et surtout une non-pérennisation du catalogue (les titres vont et viennent, apparaissent et disparaissent en fonction des desideratas des éditeurs).

    – Concernant les pratiques : On le sait déjà depuis un moment, mais pour répondre aux anciens et nouveaux usages, la complémentarité est le maître-mot. Oui, les usagers utilisent des plateformes d’écoute de chez eux. Oui, ils achètent de la musique en ligne (très peu mais bon …). Oui, ils peuvent accéder facilement à l’information musicale. Et c’est une jungle. Une jungle marketée et orientée, limitée dans l’offre, et malgré tout commerciale. Et c’est un point important : Nous avons la force de frappe en bibliothèque pour compléter cette offre, faisant ressortir raretés, imports, artistes locaux, etc … Et la médiation prend ici tout son sens, qu’elle soit en direction du public (pour des recommandations, des parcours musicaux à définir, des découvertes impromptues) ou en développant (et c’est déjà actif dans la plupart des établissements en ayant les moyens humains et financiers) des partenariats avec l’environnement musical du territoire. Et c’est assez frappant d’entendre ces partenaires que l’on juge excellents dans leurs activités (Conservatoires, Ecoles de musique, Salles de concert) vanter les mérites de nos compétences. Sans aller jusqu’à parler d’expertise, les bibliothécaires apportent un savoir-faire non-négligeable.

    Concernant la qualité : Serpent de mer si il en est, la qualité est un critère de plus en plus important pour quiconque souhaite développer une pratique musicale. Et bien que Youtube, Deezer ou autres apportent intuitivement et facilement des contenus, écouter un album en qualité MP3 (sorti de Qobuz, cher, mais au format intéressant), c’est un peu comme lire un livre numérique en Comic sans MS. Dur. Et les bibliothécaires musicaux, de part leurs connaissances, de part les accueils en direction des publics les plus jeunes participent à cette éducation à l’oreille. Je ne parlerais pas des vinyles, phénomène intéressant mais encore très marginal.

    Par contre, et c’est là où l’actualité devient piquante, l’industrie musicale va mieux. Les ventes physiques en 2013 ont augmenté. Les ventes numériques ont stagné. Et le streaming a augmenté. Paradoxal ? Quelques locomotives commerciales ont aidé à cette légère relance, mais on observe en paralllèle que sur les dernières années, les statistiques globales de prêt des supports autres que le livre se sont également stabilisé (aux alentours de 13% des prêts globaux, qu’elles ont augmenté dans plusieurs territoires (Peur d’hadopi, baisse du pouvoir d’achat de biens culturels, fermetures des lieux physiques de vente comme Virgin ou Fnac ..? A définir encore).

    Donc pour résumer, là où des réticences au numérique existaient en force, elles tendent à disparaitre, la complémentarité commence à prendre place, les usagers peuvent désormais nous présenter leurs playlists sur leur smartphone pour au choix discuter d’un artiste, d’un label, d’un courant ou se voir proposer des albums (non-recommandés par les plateformes) qui sont dans une esthétique qu’il apprécie.

    Sorti du problème du support et du tout-collection, les pratiques musicales sont également entrées dans les bibliothèques, de l’éveil musical à de la formation musicologue en passant par des initiations musicales (de la création in situ), la musique en bibliothèque a pris une dimension beaucoup plus large que dans l’imaginaire collectif professionnel qui transparait dans cet article.

    En résumé, des collections ne sont plus la seule fondation d’un service de musique en bibliothèques, et ça fait un moment qu’on le sait. Et ça fait également un moment qu’on développe de la médiation différemment, qu’on prend en compte les nouvelles pratiques et qu’on a placé cette évolution dans nos propres pratiques professionnelles.

    Donc, sur le propos initial de l’article, Silvère, le constat est déjà connu, et rien n’oppose ces nouveaux usages (qui sont d’un intérêt immense pour nous également) aux pratiques bibliothéconomiques. Et même si le raccourci est facile entre ces nouveaux outils et la fin de la Musique en bibliothèques, je puis t’assurer qu’il n’en est rien : La musique, comme la littérature a bien tout sa place dans nos structures.

    • Silvae dit :

      Bien sûr que la musique a sa place dans les bibliothèques, mon propos n’était pas celui-là mais plutôt la question des médiations et de leur échelle : est-ce qu’on « territorialise » comme e suggère Claire ou est-ce qu’on a une présence plus globale?

      • C’est ce dont j’ai parlé, la médiation s’opère sur les deux plans : Nécessité de développer des actions de médiation sur le territoire (voire même de valoriser spécifiquement la scène locale, ce qui se réalise de plus en plus), tout en bénéficiant de l’offre proposée au sens large du terme par les acteurs de la musique numérique.

        L’offre est mondiale (et énorme), la veille qui en découle de plus en plus vaste et les questions posées par les usagers sont de plus en plus pointues, et en parallèle, la demande « territoriale » devient de plus en plus importante également avec des sollicitations de partenaires locaux.

        La bibliothèque devient un maillon d’une chaine qui va du super-village mondial (de la folk néo-zéolandaise) à la rue d’en-face (avec l’Ecole de Musique du coin). C’est de la contorsion dans la logique professionnelle, mais ça se développe tout azimut.

  3. biblioroots dit :

    Il est certain qu’on glisse d’une gestion de collection physique à une médiation qui pour partie s’opère sur le numérique.

    Maintenant je serais quand même beaucoup moins catégorique. Personnellement je n’achète pas de cd ni de vinyles et mes pratiques d’écoutes sont totalement « démat »…

    Pourtant, force est de constater que beaucoup de personnes sont « perdues » sur internet, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes, et passent à côté de nombreux contenus intéressants pour eux.

    J’éditorialise énormément de musique d’un point de vue pro et perso, et je constate que peu de gens suivent de près ce partage de veille / éditorialisation continue. (aussi bien du coté des usagers que du cercle personnel).

    Il faut donc garder des outils physiques et une recommandation de proche à proche IRL pour opérer la transition qui sera à mon avis bien plus longue que ce que les geeks peuvent penser (et j’en suis un). A choisir entre une personne qui donne les bonnes réponses, et un site éditorialisé par la même personne, bah les gens en général sollicitent la personne… Parfois même avec leur clé usb à la main pour que tu leurs passe toi même les MP3 !!!!
    Grosso modo, les citoyens sont encore éduqués pour qu’on leur donne le poisson, vidé, uniformisé et bien emballé plutôt que d’apprendre à pêcher, ce qui vise à l’autonomie…

    Une autre question que tu ne soulèves pas et qui est pertinente est celle de la sécurisation des périphériques numériques qui servent à faire la médiation sur ces contenus.

    Tu parles de la pub sur youtube, adblock plus y répond très bien (mais uniquement sur chrome et FF) pas sur les applications…..

    Par contre, ce que tu n’évoques pas c’est qu’utiliser YT et d’autres sites pour faire de la médiation invite, l’usager lambda à sortir de ta volonté éditoriale, tout simplement en saisissant d’autres requêtes dans le moteur de recherche intégré au site :/, genre : Allo Nabila ou Jul …

    Enfin,dernière remarque sur cette article très intéressant, c’est l’omission de Soundcloud, qui est en passe de devenir le numéro 2 après youtube : gratuit pour l’écoute, sans pub, qualité audio très correcte même en 3G / 4G, gestion des editorialisations (likes, playlists, groupes d’intérêts etc), outils pour les créateurs (licences CC etc ).

    Dernière petite chose, la musique c’est aussi du live, et de la pratique, et en ça aussi les bibs ont leur rôle à jouer (concerts, ateliers, instruments à disposition, Musique assistée par ordinateur etc etc ).

    • Silvae dit :

      Merci pour ce commentaire. le billet visait surtout à sortir du fantasme d’une offre légale pour bibliothécaires, et tu as complètement raison sur le conseil en direct qui est aussi très important et qui pour moi d’articule à l’éditorialisation dans un projet de médiation au sein d’une ou plusieurs bibliothèques… Pour Soundcloud mea culpa c’est vrai que j’ai oublié de le citer et la musique live aussi est importante c’est évident.

      Pour la sortie de la volonté éditoriale, encore heureux que c’est possible, ça s’appelle la liberté! Nous ne sommes et n’avons jamais été que des recommandeurs et je me garde bien pour ma part de juger les pratiques culturelles de mes contemporains, même si elles me semble en décalage avec les miennes et ne jamais oublier qu’on peut avoir des pratiques dissonantes, c’est-à-dire avoir des pratiques très légitimes dans un domaine et pas dans un autre!

  4. Pour compléter ma réponse, le global rentre progressivement dans les pratiques sans nous. On multiplie les échanges sur les pratiques numériques malgré tout, mais ils deviennent de moins en moins indispensables avec le glissement générationnel (et même une certaine disparation d’un certain fossé numérique d’ailleurs) des pratiques. On reste des ressources malgré tout pour certaines personnes.

    On échange évidemment avec les usagers sur les plateformes, les blogs spécialisés, l’actualité de l’industrie, etc … mais ce n’est pas centralisé en un lieu numérique unique pour une raison simple : Les usagers sont en de multiples endroits. Ils fixent leur propre cheminement, et les routes sont nombreuses. Ce qui a changé ces 10 dernières années, c’est l’implication des bibliothécaires dans cet univers, notamment sur les bases de données (discogs, allmusic, rateyourmusic, musicbrainz). Et pour le coup, ces outils qu’on utilise sont alimentés aussi par nous-mêmes … Cercle vertueux. Mais l’usager fait une dissociation malgré tout entre la pratique Web (de la découverte, de l’écoute …) et la pratique en bibliothèques qui s’apparente plus à un lieu, non plus exclusivement de diffusion, mais de conseil, partage et création. Et les partenariats avec les salles de concerts nous aident beaucoup en terme d’image dans ce sens.

    Pour l’offre légale, actuellement, c’est une purge. C’est cher, incomplet, peu plébiscité. Exceptée la Cité de la Musique, aucune plateforme n’a pensé son offre avec une plus-value intéressante. Et je n’attends personnellement pas grand chose des négociations à venir avec CAREL. Et, avis personnel là encore, une offre légale des bibliothèques n’a que peu de sens sur l’offre mainstream. Elle l’a sur des contenus plus rares, anciens, spécifiques, etc … Et à la rigueur, bien que les termes soient ce qu’ils sont, la numérisation BnF est en théorie une bonne idée, et RF8 prend un chemin intéressant. Je ne pense pas que les bibliothèques puissent réinventer la poudre : Utilisons ce qui existe et apportons ce que nous savons faire. Comme le disait Arsène Ott il y a quelques années, la bibliothèque était la fiancée du pirate. L’union a été consommée. Pour le meilleur et pour le pire :)

  5. Antoine dit :

    Pour participer à cette réflexion (nécessaire et urgente), je suggère d’aller jeter un œil à 1D touch (http://1dtouch.com/) et à son modèle (parce que lorsqu’on parle de ressources et de communautés d’utilisateurs, il est aussi intéressant de se demander comment se passe la rémunération *avant*). Pour contourner l’argument du « c’est une offre aux contenus très limités et pas exhaustifs du tout » il faut plutôt penser en terme de complémentarité avec d’autres ressources/supports, et à l’encrage territorial/local.
    Et je crois savoir que 1D touch réfléchit notamment à proposer des outils d’éditorialisation ainsi que des algorithmes, l’objectif à plus long terme pourrait être de proposer des API qui viendrait s’interconnecter avec d’autres data que gèrent les bibliothèques.
    Voilà voilà.

  6. Carlos Lopez dit :

    Je ne vois pas comment on peut justifier l’existence d’un service musical en bibliothèque qui proposerais des « playlists » sur spotify, là autant du coup remettre en question aussi le rôle d’un médiateur. J’ai mené un projet de mise en place d’une plateforme ebook, je suis donc bien sûr versé dans la numérique à 100%, et convaincu quees services dématérialisés (valables aussi pour le patrimoine) sont l’avenir du métier. Mais remettre totalemet en cause l’approche « collection » de supports musicaux physique sous pretexte du numérique, et bien autant remettre en cause la presence du livre. Certes la musique est majoritairement consommée aujourd’hui sous forme dématérialisée et gratuite, bien plus que le livre, mais pourquoi ne pas se placer comme des acteurs du son? Proposer des installation Hi-fi de qualitê pour faire redécouvrir l’importance d’un son, organiser des ateliers musicaux et des concerts, voilà pour moi des éléments plus convainquants que des playlists… La médiation physique vs la médiation virtuelle… Offrir la sensation du son, analogique, numérique, et constituer aujourd’hui ce qui seront demain des collections patrimoniales quant tout sera certes sur interenet, mais avec quelle qualité? Je suis responsable du secteur archivistique d’une bibliothèque patromoniale et je suis moi-même musicien

  7. Carlos Lopez dit :

    Vous me pardonnerez les coquilles dans le texte ci-dessus écrit trop vite sur une tablette trop vieille., pour résumer… Nous devons travailler à dématérialiser ce qui ne l’est pas encore pour ouvrir le patrimoine et le rendre accessible. Dans le même temps offire des facilités d’accès à des services dématérialisés. Et en parallèle nous devrions veiller à conserver des patrimoines sous forme matérielle quand ils ont tendance à se dématérialiser, et oui, donner une valeur authentiquement patromoniale à la collections systématique de supports musicaux physiques. Un CD, avec sa forme et ses contenus propres, n’est pas l’équivalent d’un MP3 ou d’un playlist à écouter en ligne, avant de voir la fin du rôle de collecteur systématique des bibliothèque, il faut entamer une profonde réflexion sur le sens patrimonial de ce geste. Et contribuer par la médiation à une offire d’ expériences musicales et sonores originales telles qu’on ne les rencontre pas sur internet.

  1. 10 juin 2014

    […] Question musicale : pourquoi entretenir des fonds de CD ? Quelle voie choisir pour la musique en ligne ? […]

  2. 16 juin 2014

    […] Source: http://www.bibliobsession.net […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>