avr 24

Juste un petit mot pour vous recommander chaudement de lire cet excellent article sur un sujet essentiel et très peu abordé en France : la question de la neutralité d’Internet, remise en cause de manière très inquiétante par des entreprises comme AT&T, Verizon, Comcast et Time Warner…

Pour rappel, le terme de Neutralité des réseaux — introduit en 2005 par Tim Wu, professeur à Columbia University — part du principe que ceux qui contrôlent les « tuyaux », fournisseurs d’accès et opérateurs réseau, ne doivent effectuer aucune restriction ou discrimination entre les applications et contenus (pages, fichiers, mails,…) transportés sur leurs réseaux. Tous les sites doivent être considérés sur un pied d’égalité, toute donnée doit être traitée de la même manière entre son point de départ et son point d’arrivée. La Neutralité vise ainsi à empêcher la création d’un Internet à plusieurs vitesses, et la naissance d’un Internet privé et payant. « Toute la raison d’être de la Neutralité des réseaux est d’empêcher le contrôle centralisé sur le futur d’Internet », écrivait Tim Wu en 2006.

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez avoir des infos ici avec la Campagne Save the internet et regarder cette vidéo qui fait un peu “la neutralité du net pour les nuls”. Si vous êtes sur Facebook, vous pouvez supporter cette “Cause” en cliquant ici.

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avr 21
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Edit : vous retrouverez peu ou prou le même texte dans un prochain numéro du BBF qui m’avait confié la mission de faire le compte rendu de cette journée. Les supports des intervenants sont disponibles sur Cible 95. (merci aux organisateurs pour cette chouette journée et au BBF pour la proposition! :-)

Le Conseil général du Val d’Oise (la Bibliothèque départementale et la Mission Images et cinéma) et les associations Cible 95 et Ecrans VO ont organisé le jeudi 17 avril 2008 une journée professionnelle intitulée “La médiathèque dématérialisée. 2, cinéma et vidéo”. Cette journée est la seconde d’un cycle de rencontres et de débats autour des mutations amenées par le numérique et ses impacts sur l’activité des bibliothèques. (voir ici pour le compte rendu de la première journée sur la musique numérique)

Que se passe-t-il ?

D’emblée, la dématérialisation s’est imposée par l’intervention d’Alexandre Buisine de la société Smartjog, qui met en œuvre des réseaux privés et sécurisés pour le transfert des fichiers numériques destinés aux professionnels du cinéma. Car la question n’est en effet plus de savoir si les projecteurs de cinéma vont devenir numériques mais de savoir quand et comment. Si la France accuse un petit retard dans le domaine, 400 salles ont pour projet de se rééquiper et l’ensemble du secteur s’y prépare à plus ou moins long terme. Il est clair que la minute de film sous forme de pellicule brandie par Yves Bouveret en introduction est en en voie de disparition !

Mais qu’en est-il du marché de la Marché de la Vidéo à la Demande (VOD) en France ? Corisande Bonnin, chargée de mission VOD au CNC a dressé un panorama de ce secteur dynamique en France : 32 sites, 7 offres de Tvip, 7 offres de Catchup-tv), même si le profil des consommateurs reste encore assez ciblé : majorité d’hommes de moins de 30 ans, beaucoup d’étudiants, un public plutôt technophile. Mais le plus intéressant est de remarquer la grande diversité des modèles proposés. Ces diverses offres proposent du paiement à l’acte, avec ou sans gravure des films et/ou transfert sur supports nomades, d’autres proposent un modèle forfaitaire d’accès illimité à un catalogue en streaming, quand d’autres encore proposent des vidéos gratuites en accès libres en se rémunérant grâce à la publicité. On note chaque année une forte augmentation du chiffre d’affaires du secteur et un doublement de l’offre totale en un an, même si l’ensemble reste encore assez modeste : 2 500 films répertoriés sur les 7 plateformes suivies par l’Observatoire du CNC. Mais les internautes n’ont pas attendu des offres commerciales pour regarder des vidéos en ligne, comme en témoigne le succès de plateformes de vidéos communautaires alimentées par les internautes comme Daylimotion ou YouTube. Après une présentation de ces deux sites, la journaliste Anne-Lise Carlo a insisté sur l’ampleur des batailles juridiques que leur livrent les chaînes de TV, soutenues par les ayants droit….l’enjeu est bien celui du contrôle des contenus et des « tuyaux ».

Si les enjeux sont économiques, la question juridique est étroitement liée, comme l’a très clairement rappelé Yves Alix. Les bibliothèques et plus largement les organismes non commerciaux se voient contraints de manière systématique par le système de chaîne contractuelle de négocier eux-mêmes ou de passer par des prestataires spécialisés. Le récent Rapport Berthod, diversement reçu par les acteurs concernés, tente pourtant d’aménager un espace juridique plus favorable aux projections publiques non commerciales. Ceci est d’autant plus difficile que le contexte national est à la « désincitation » au piratage, à la faveur des ayant-droits, contre des millions d’internautes que la mission Olivennes a proposé de sanctionner de manière progressive. Il est à noter que la question du téléchargement illégal est loin d’être tranchée puisque que le Parlement Européen, sur proposition d’un certain Michel Rocard, vient de se prononcer à une nette majorité contre les propositions de M. Olivennes. Nuls doutes que les bibliothèques seront amenées, peut-être par la voie de L’IABD, à prendre des positions destinées à assouplir un système qui est loin de favoriser la diffusion culturelle a des fins non commerciales.

Que faisons-nous ?

En attendant, les initiatives se développent et la BPI entend bien jouer son rôle de mutualisation puisqu’elle annonce la création d’un wiki consacré à la VOD qui verra le jour en Juin 208. Catherine Blangonnet a rappelé les dispositifs existants et évoqué avec Jacques Sauteron, directeur de la Bibliothèque d’étude et d’information, la partenariat permettant de diffuser dans les espaces une sélection de films documentaires, ce qui a permis de souligner l’importance de ce cinéma aux côtés des autres supports. Autre expérience que celle de la Bibliothèque de Pessac qui développe un projet culturel ambitieux autour des rapports entre cinéma et histoire en partenariat notamment avec l’INA, à qui elle achète les droits sur des heures de programmes et bénéficie de dispositifs de médiation. L’occasion de rappeler que le travail d’accompagnement des films qui sont mis à disposition est essentiel.

Car la question reste bien de savoir non seulement ce qu’on propose, mais aussi pourquoi et comment. Si l’offre d’Arte VOD, rencontre l’intérêt de la profession par la qualité du catalogue proposé, les modèles souhaités par les bibliothécaires sont très divers et le modèle économique ne permet pas un accès forfaitaire illimité. Premier contact d’Arte pour développer cette offre à destination des bibliothèques, Louis Burle, directeur du réseau troyen, regrette notamment qu’elle ne soit pas exempte de problèmes techniques et réservée exclusivement aux internautes équipés de Windows.

Où allons-nous ?

De manière globale, les prestataires et notamment RDM et VHS, s’ils préparent des offres, ont semblé quelque peu perplexes, car ils évoluent eux-mêmes dans un marché qui n’est pas stabilisé pour le grand public au moment où des mouvements tectoniques ont lieux dans le secteur. CVS semble pourtant tirer son épingle du jeu en proposant une offre dédiée aux courts-métrages. La table ronde finale a permis de bien montrer l’attachement des bibliothécaires à la sélection et à la médiation des ressources, comme en témoigne la vitalité du Mois du film documentaire présenté par Dominique Margot.

Pour conclure, Michel Melot a malicieusement tissé le parallèle entre la diffusion des films à domicile depuis la bibliothèque et le prêt de cet objet éminemment personnel et d’usage privé qu’est le livre. Mais Laissons le dernier mot à Franck Gabriel de CVS exprimant tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : « Bibliothécaires, quelque part votre métier est mort, mais ce n’est pas grave, vous allez le réinventer… ! »

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mar 28
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Quelques préalables pour comprendre la première partie du titre de ce billet : (si ces quelques points vous intéressent, j’avais publié un gros article sur le sujet)

  • 980 millions de téléchargements de fichiers (de toutes sortes) sont effectués tous les jours sur les réseaux et
    logiciels de Peer to Peer type Emule, Iphant, Bitorrent, Azureus, etc;
  • Plus de 11 millions français téléchargent tous les jours des fichiers, pas tous illégaux, grâce à ces mêmes logiciels. Selon cet article de Guillaume Champeau l’un des spécialistes de la question, sur l’excellent Numerama:
    Un Français sur 6 télécharge, soit environ 11 millions de Français. C’est le résultat de l’enquête menée par TNS Sofres qui montre que17% des Français disent avoir téléchargé de la musique ou des films au cours des 12 derniers mois. 14% disent l’avoir fait gratuitement, 5% en payant, et 2% des Français disent cumuler les deux pratiques.
  • Malgré la stratégie répressive actuelle : le téléchargement (ou le “piratage”) de fichiers est une pratique massive, notamment pour tout la génération des 15-25 ans : téléchargé 11.6 millions de fois en 2007 le logiciel le plus populaire sur 01.net est Emule!
  • Les fichiers échangés sont de tous types : Musique, logiciels, films, etc. On peut se dire que tout contenu numérique est échangeable, il y a même pour beaucoup un challenge diffuser des contenus vendus à l’origine avec DRM. Notons qu’il est évident pour n’importe quel internaute un tant soit peu au courant que les ebooks s’ils sont diffusés avec DRM seront inévitablement craqués et diffusés en p2p. Il suffit pour cela, en rappelant que certains fichiers difféusés le dont illégalement, d’aller voir sur un site comme mininova qui diffuse des torrents : c’est bourré d’ebooks et d’audio-livres anglophones. Je vous parie un rouleau de filmolux que si les éditeurs français persistent dans une voie avec DRM, ils vont nous refaire un scénario comme celui qu’a connu la musique…(i.e. vente massive de DRM, puis abandon massif…des DRM pour exploiter d’autres types de modèles économiques)
  • ces constats faits, il existe bien évidemment un problème de rémunération des ayant-droits; mais la voie choisi pour répondre à cet enjeu est la répression des “méchants pirates”. Une autre manière de prendre le problème est possible, comme nous allons le voir.

Car la question du P2P illégal est loin de se résumer à la stratégie répressive mise en oeuvre par le gouvernement, sous l’impulsion (entre autres) de Denis Olivennes, (ex-PDG de la FNAC) à l’issue de la commission et du rapport éponymes.

Pourquoi? parce que plusieurs articles font état ces derniers temps d’un retour possible de la licence globaleAlors c’est quoi la licence globale? Hé bien au lieu d’essayer de contenir des pratiques de téléchargement bien établies et massives, l’idée est de les monétiser…dans le but de collecter des fonds pour rémunérer les ayants-droits, via une collecte auprès des fournisseurs d’accès. Mais une image vaut mieux que de longs discours :

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Bien sûr la solution n’est pas aisée à mettre en place, mais elle reste aujourd’hui la meilleure alternative possible à la répression, aussi graduée soit-elle…. Et ce n’est pas que le biblibosédé qui l’affirme…Selon cet article paru sur Ecran :

Les majors ont en effet pour la première fois envisagé une taxe aux fournisseurs d’accès Internet pour le partage de fichiers, rapporte Wired. Un des principaux tenants de l’idée est Jim Griffin, consultant sur la stratégie numérique de trois des quatre majors. Son projet, qu’il présente aujourd’hui lors du SXSW d’Austin est une taxe, d’environ cinq dollars par utilisateur et par mois, sur les connexions haut débit et dont l’argent servirait à indemniser les ayant droits de la musique partagée en ligne. Dans un sens, légaliser le P2P. Les artistes, éditeurs ou labels seraient rémunérés selon leur popularité, au prorata du nombre de fois où leurs œuvres auront été échangées sur les réseaux dans le mois. Une agence serait créé pour collecter et répartir l’argent. Une sorte de SACEM du peer-to-peer.

L’excellent Numerama titre lui aussi : La licence globale intéresse finalement l’industrie musicale et rappelle au passage ces chiffres éloquents :

Partout dans le monde, l’industrie du disque continue de s’écrouler, quelles que soient les méthodes répressives mises en place. Aux Etats-Unis, où plus de 20.000 plaintes ont été déposées contre des internautes, encore 41 millions d’Américains s’en fichent et s’adonnent au P2P, selon les chiffres de NPD Group. Ce qui représente, calculette en main, moins de 0,05 % de P2Pistes épinglés. Soit 99,95 % d’internautes adeptes du partage de fichiers laissés en paix. Pas de doute, la répression, ça marche.

En France, si le sujet avait fait une éphémère apparition lors du débat sur la DADVSI, il est important de rappeler que le rapport Attali (très contestable sur plein de points) s’est prononcé en faveur de la licence globale… Enfin, même si l’espoir est timide, vu que l’actuelle ministre de la culture et le Président de la République se sont déclarés contre, Numerama rappelle pourtant que le controversé Eric Besson qui vient d’être nommé secrétaire d’Etat au développement de l’économie numérique:

(…) avait été parmi les 186 députés à voter contre la loi sur les droits d’auteurs et les droits voisins dans la société de l’information (DADVSI) présentée par Renaud Donnedieu de Vabres, en 2006. Il était également co-signataire du recours contre la loi auprès du Conseil constitutionnel.

Il faut aussi rappeler que la licence globale est soutenue et réclamée par les auteurs et interprètes canadiens :

Plutôt que de combattre les échanges entre internautes, il serait ainsi plus judicieux de profiter de ces efforts collectifs et de cette mise en commun par une réforme permettant aux créateurs et ayant-droit d’être rémunérés. Ces auteurs demandent ainsi la reconnaissance d’un droit à rémunération pour l’échange non commercial de fichiers musicaux.

En France, beaucoup d’auteurs de déclarent aussi en faveur de ce système, comme le montre cette page de l’Alliance public artistes qui regroupe :

pus de 15 organismes représentant les intérêts des musiciens et des comédiens (SPEDIDAM, ADAMI, FNS, SNM-FO, SAMUP, SNEA-UNSA, UMJ), des photographes, dessinateurs, plasticiens (SAIF, UPC, SNAP-CGT), de producteurs indépendants (Quartz Electronic Music Awards), des éducateurs (La Ligue de l’enseignement), des familles (UNAF), des internautes amateurs de musique (Les Audionautes) et des consommateurs (CLCV et UFC Que-Choisir).

Enfin, précisons que faute d’une vision ambitieuse et de volontarisme politique, ce qui est en train de se développer c’est non pas une licence globale publique (c’est-à-dire dont la redistribution est assurée par l’Etat ou assimilé), mais bien des licences privées, comme le propose déjà Neuf Cegetel (avec DRM) ou comme le montre le projet d’Apple de lier l’achat des iphones ou ipod à un accès illimité aux catalogues musicaux…

Bibliothécaires, cette idée de licence globale vous semble étrangement familière? C’est normal, elle fonctionne exactement sur le principe de la loi sur le droit de prêt dans les bibliothèques. Rappelons en donc rapidement le principe…

Il s’agissait dans cette loi de 2003 de rémunérer les ayants-droits pour le manque-à-gagner (supposé, mais ne rejouons pas le match) que représentait le prêt d’un livre dans une bibliothèque, sur le mode un livre prêté = un livre pas vendu….(ce qui rappelle étrangement les déclarations du pré-cité Olivennes qui affirmait carrément : un fichier téléchargé = un fichier volé!). Dans le débat qui a précédé le vote de la loi, il s’agissait notamment pour les bibliothécaires de s’opposer à toute tentative d’imposer un paiement à l’acte de chaque prêt qui aurait eu pour effet de brider les usages de la bibliothèque, à l’instar des DRM. Notons évidement que cette loi a fourni des avancées bienvenues pour la chaîne du livre, notamment sur les questions de plafonnement des remises des libraires aux bibliothèques.

Sous l’impulsion de la transposition d’une directive européenne et sous la pression des éditeurs, le gouvernement a donc voté en 2003 une loi qui rémunère les auteurs pour chaque livre acheté puis prêté en bibliothèque...(voir ici pour les détails techniques).

Ainsi, tout comme une part des achats des bibliothèques est mutualisée pour être répartie aux auteurs et ayant-droit, garantissant un accès à tous à des oeuvres culturelles (moyennant une somme modique ou mieux : gratuitement), une licence globale entend mutualiser à une échelle bien plus large et complexe les téléchargements d’oeuvres pour promouvoir un accès facilité à l’information. Ailleurs où aucun droit de prêt n’existe, les auteurs manifestent contre le piratage, comme quoi ces deux sujets sont loin d’être étrangers l’un à l’autre!

Alors que, en 2003, les bibliothécaires s’étaient massivement engagés pour la défense des missions des bibliothèques dans l’accès à la culture, il serait bienvenu aujourd’hui, à l’heure où les acteurs privés (industrie musicale en particulier) sont plus mûrs sur ces questions que nous nous exprimions en faveur de ce type de solution. Non pas peut-être uniquement pour les bibliothèques en tant que telles, mais à niveau plus global… Le faire, ce n’est sûrement pas vous l’aurez compris souscrire à des offres bourrées de DRM telles que le propose l’inénarrable Ithèque, ou ses concurrents plus habiles tels que Bibliomédias.

Encore faut-il sûrement démystifier un discours médiatique culpabilisant sur le sujet. Encore une fois : si nous sommes en faveur de la libre diffusion culturelle, si nous le sommes vraiment, alors le “piratage” n’est pas un obstacle à notre activité mais une chance, celle de voir ce pourquoi nos établissements existent être amplifié et favorisé à une échelle mondiale. Ainsi, il ne faut pas se “défendre” contre la “bibliothéconomisation” de la société, mais comprendre qu’il faut changer d’ère.

La question est loin d’être simple, je le reconnais, mais n’est-il pas temps de réfléchir, voire d’arrêter une position commune? D’arrêter aussi de se voiler la face, alors que de nombreux bibliothécaires sont eux-mêmes des “pirates” et que le débat sur la licence globale reviendra tôt ou tard dans le débat français (probablement dès le printemts? Quelle sera alors la position des bibliothèques?

Et parce que pour réfléchir il faut être informé, voici pour finir deux fils RSS pour suivre ces questions :

  • La référence pour les actualités liées au mutations des industries culturelles à l’heure du web. Le fil des actus de Numerama
  • Un blog que j’ai récemment découvert dont l’auteur consacre pas mal de billets à ces enjeux. Le fil du blog Goldorak Gate
  • (sinon n’hésitez pas jeter un œil à la bibliosphère du bibliobsédé, par exemple pour suivre les actualités des TIC)



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mar 19

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(Comme je n’assisterai pas à la journée sur la médiation du 20 mars 2008 à la Roche-sur-Yon, voici un billet sur le sujet, ce sera ma modeste contribution au débat…)

Le bibliothécaire est-il un médiateur ?” C’est la très bonne question que pose Olivier Chourrot de la BPI dans le BBF Déjà commenté par Francis sur le biblioblog Un petit cabanon. Je ne peux que vous recommander la lecture de cet article intéressant et les commentaires sur le blog pré-cité…

Au final, Olivier Chourrot retient la médiation “moteur du désir” qui implique une relation différenciée aux publics. La médiation est alors une forme d’accompagnement, favorisée par exemple par l’aménagement intérieur de la bibliothèque:

À Birmingham, au Royaume-Uni, certains bibliothécaires ont été formés à l’accompagnement approfondi des usagers, dans le cadre de la requalification de la bibliothèque en « learning centre ». À Rotterdam, les bureaux d’information « face to face » ont été supprimés au profit de la généralisation d’un service public volant, « side to side », mettant l’accent sur l’accompagnement personnalisé. Dans les Idea Stores londoniens, l’offre documentaire s’enrichit d’un vaste programme de formation présentielle et d’autoformation, faisant de la bibliothèque un centre de vie ouvert sur tous les besoins de la vie quotidienne.

Si l’article est éclairant dans la typologie qu’il dresse des différentes formes de médiations, il ne parvient pas véritablement à éliminer le flou qui entoure la notion et à trancher la question de départ, refusant à la fois de “fonctionnariser” (entendre “institutionnaliser”) la médiation comme d’en rester à sa conception romantique…

Il me semble pourtant que la médiation est bien la recherche de dispositifs permettant de faire se rencontrer l’offre et la demande documentaire. A cet égard, je crois qu’elle fait partie intégrante de notre métier (tout comme l’action culturelle, dont elle est partie prenante). L’émergence d’Internet a d’abord fait croire que tous allions nous passer des médiateurs, puis ceux-ci sont revenus de manière très forte sous la forme de services numériques de recommandation plus ou moins automatisés. C’est l’ère du “si vous avez aimé cela, je vous conseille aussi ceci”, l’ère en quelque sorte de la dissémination des leaders d’opinion. Aujourd’hui, ce qui est valorisé, c’est le conseil, la proximité, la personnalisation et la recommandation, bien au delà des bibliothécaires.

La bonne nouvelle, c’est que dans ces mutations, nous, bibliothécaires et assimilés, sommes loin de “perdre” les valeurs essentielles de notre culture professionnelle, c’est à dire la conscience d’avoir un rôle à la fois en terme d’information de formation et de culture, soit d’un point de vue culturel en terme de “passeurs”, soit d’un point de vue plutôt informationnel en terme “d’assistant à la recherche de l’information”. D’ailleurs une des valeurs essentielles liée à l’économie de l’abondance repérée par Chris Anderson lui-même devient :

La trouvabilité. C’est-à-dire la capacité à rendre visible une copie, une oeuvre… Dans un océan de données, nous paierons pour les outils où les personnes qui vont rendre visible ou trouvable ce que l’on cherche. Les éditeurs, critiques, labels ont encore un rôle à jouer.

Notre rôle se recompose donc au sein d’un écosystème dont nous ne serons jamais le centre. Force est de constater que les bibliothécaires ne sont pas au centre du jeu, il ne l’ont jamais été, il ne le seront sans doute jamais. Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas un rôle à jouer, bien au contraire. Dans l’économie de la longue traîne, les médiateurs que nous sommes participent de la valorisation de niches culturelles, au même titre que n’importe quel amateur éclairé. (si,si)

La question est : quel est alors l’avantage (non exclusif) du bibliothécaire dans l’ère du Web 2.0? A mon avis il repose presque entier dans une ressource de plus en plus rare : le temps d’attention que le bibliothécaire peut consacrer à un domaine spécifique et la manière dont il peut le restituer à ceux qui en ont besoin.

D’où l’importance de comprendre qu’il nous faut passer de l’ère logistique, (je prête, je catalogue, etc.) à l’ère de l’édition de contenu et de la médiation (je crée des contenus, des évènements, des supports de médiation, je veille pour moi et pour d’autres, je participe ou anime des communautés thématique et/ou locales, je réponds à des questions, etc.) Attention, je ne dis pas que les bibliothèques ne font pas de médiation aujourd’hui, je dis que ce n’est pas leur activité principale…

En effet, à l’heure où l’information circule très vite, où l’actualité est prédominante, notre métier se distingue par une confrontation avec une offre thématique de manière constante et obligatoire (en tant qu’acquéreur, il nous faut veiller sur les parutions éditoriales et l’actualité de notre domaine). On perçoit ici toute la fécondité de l’approche par départements thématiques, promue dans les bibliothèques depuis les années 90 sur le mode “mettons en oeuvre des politiques documentaires”. (Merci Thierry Giappiconi et Bertrand Calenge!). Car les bibliothèques qui ont suivi ce mouvement sont celles qui ont des organisations et les compétences les plus efficaces pour transformer peu à peu les “pôles de gestion des collections dans un domaine documentaire” vers des “pôles de gestion, de production et de médiation de contenus dans un domaine documentaire”. C’est le chemin que suivent peu à peu deux des collectivités les plus avancées aujourd’hui dans le secteur de la lecture publique : le SAN Ouest provence et le réseau des bibliothèques municipales lyonnaises.

Ainsi, il nous revient de faire de la médiation une activité concrète, une tâche parmi d’autres de notre travail quotidien. Il ne s’agit pas ce faisant de la “fonctionnariser”, mais de se donner les moyens de valoriser et d’approfondir la facette la plus intéressante de notre métier. Car loin d’être des prescripteurs de documents-médicaments-pour-usagers-en-détresse, il s’agit toujours de faire des choix de documents et/ou de contenus culturels, mais aussi de les exprimer, les assumer. Ce faisant, les bibliothèques entreront par le contenu dans un jeu culturel plus global. Mais ce n’est qu’à condition de se montrer productrices d’information, qu’elle pourront susciter des interactions. Encore une fois : rien ne change, mais tout change…

Car il faut sans doute aussi considérer que la médiation n’est plus forcément une activité d’humain à humain de manière directe. Cette activité qui vise à guider, à donner envie, ou à faire découvrir ou tout simplement à trouver une information passe par de nombreux dispositifs. La médiation “moteur du désir” peut ainsi passer par un algorithme bien pensé (une des questions est alors de rendre le plus efficace possible les moteurs de recommandation), par le conseil d’un ami, par un site internet, un blog, par la participation à une communauté littéraire, ou encore par un conseil à la banque de prêt…toujours dans un rapport de proximité avec des usagers. Qu’elle soit numérique ou pas, la médiation repose sur une valeur essentielle : la confiance. (aujourd’hui, on peut aussi avoir confiance dans des services numériques de recommandation.)

Nous avons finalement un “double devoir” : celui de prendre le temps de veiller sur des ressources d’un domaine thématique (nous devons le trouver..) et celui de créer des dispositifs de médiation, à partir de contenus. En y réfléchissant, ces deux fonctions rapprochent singulièrement notre métier de celui de journaliste…si la bibliothèque reste bibliothèque, au fond, elle s’éditorialise.



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mar 12

Du 14 au 19 mars 2008 prochain, c’est le Salon du Livre de Paris. L’occasion pour bon nombre d’entre nous (particuliers comme professionnels) de faire quelques achats de livres…

Mais à l’heure où beaucoup de libraires indépendants sont en difficulté, il faut savoir que la plupart des gros éditeurs vendent directement leurs livres au salon, certains emploient un libraire pour le faire, mais c’est loin d’être le cas pour tous…

Or, si l’on considère une répartition moyenne du prix du livre qui correspond à ce schéma trouvé sur ce site

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Hé ben oui on arrive très vite à la conclusion que bon nombre de gros éditeurs qui n’emploient pas de libraire pour l’occasion se mettent dans la poche les 37 % habituellement dédiées au point de vente pour chaque livre acheté, puisqu’il s’agit de ventre directe et que comme chacun sait, le prix du livre est unique en France.

Il est surement temps de considérer ce Salon comme ce qu’il est : une grande vitrine et un espace de débat. Je ne sais pas vous, mais moi je n’achèterai pas de livres au Salon.

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mar 06
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D’abord, deux enjeux illustrant les enjeux d’aujourd’hui, à l’occasion du prochain Salon du Livre. Puis un contraste entre le l’importance des enjeux ci-dessous et….le thème de la 3e conférence organisée par l’ENSSIB cette année :

1er enjeu :

J’ai lu un très intéressant article sur la question des contrats pour les versions numériques que les éditeurs proposent aux auteurs en France. ça se passe sur le Blog de François Bon et ça rappelle très directement les récentes grèves des scénaristes à Hollywood. Quelques extraits pour poser le débat, mais je vous conseille de lire tout le billet chez François Bon, et de le poursuivre dans les tables rondes sur le sujet, notamment celles de l’espace lectures de dem@in lors du prochain Salon du Livre.

Extrait du Préambule de FB :

On sait que, dans les contrats d’édition standards, les droits d’auteur sont fixés à 10 ou 11% du prix hors taxe, évoluant jusque vers 14% à mesure des tirages. Nous touchons un pourcentage de 5% sur les livres de poche. Les droits d’adaptation cinématographique font l’objet d’un contrat à part, que l’auteur n’est pas contraint de signer. Mais les droits dérivés, les droits « non livre », adaptation théâtrale, et surtout traductions, sont toujours fixés moitié moitié.

Enfin, les PDF qui servent à cette numérisation ne demandent pas (depuis au moins 2001/2002) de préparation spéciale : ce sont ceux qui servent à l’impression… Et on sait que le gouvernement a débloqué 400 000 euros pour la numérisation de 9 000 ouvrages, sans concertation pour le contenu et l’orientation de ce qui aurait dû être une mission de service public et non une simple opération commerciale.

Ceci parce que nos éditeurs nous proposent, ces jours-ci, massivement, des contrats pour « diffusion numérique de
l’ouvrage », où bien sûr le mot livre n’est jamais prononcé, mais qui tente de faire passer l’idée de droits d’auteur à 10/11% comme le livre, et non pas 50% comme la traduction.

2e enjeu:

Je vous conseille aussi du côté des librairies, via LaFeuille la lecture du livre de Eric Hazan : Le livre que Faire? dont l’introduction pose une nécessité que je partage entièrement:

Face aux géants du commerce en ligne, la librairie doit être capable de se structurer en réseaux, en rhizomes, qui peuvent naître d’affinités sélectives, d’une organisation territoriale, ou d’autres critères. Cette mise en réseau doit représenter un choix politique fort, revendiqué, et ne doit pas être vécue comme une nécessité à laquelle il faudrait se plier de mauvais gré. Dans un monde de la librairie française particulièrement atomisé, peuplée de singularités, cette proposition de « travailler ensemble » peut être singulièrement mal vécue. Elle n’en demeure pas moins une nécessité pour la survie de l’ensemble.”

Et enfin le contraste : je vous laisse juger de l’importance essentielle pour l’avenir des bibliothèques de ce débat organisé par l’ENSSIB(soupir)

« Bibliothèques : le bel aujourd’hui » (17 mars, 17h-18h30)

Alors que les bibliothèques connaissent un essor sans précédent, que les bâtiments poussent comme des champignons, que la fréquentation augmente, les bibliothécaires continuent, moroses, à s’interroger, s’inquiéter et se dénigrer. Une approche positive n’est-elle pas possible ? Légitime ? Nécessaire ?

( soupir, mais on assistera en revanche avec intérêt à la table ronde sur les bibliothèques européennes organisée par Yves Alix)



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fév 29

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Je me suis posé cette question l’autre jour en écoutant la radio à propos des élections américaines. Là bas on vote dans les bibliothèques.

J’avais d’ailleurs il y a quelques temps posé une question équivalente à Alain Bédouet, animateur du “Téléphone sonne” sur France-inter, pour savoir pourquoi pendant les présidentielles il organisait des débats dans des fnac et pas dans des bibliothèques…

Alors qu’on se plaint souvent que les bibliothèques ne sont pas suffisamment ancrées dans la vie quotidienne des gens, quel preuve plus chouette de leur inscription dans la vie démocratique que d’aller faire son devoir de citoyen dans la bibliothèque?

En plus souvent les maires sont très fiers de ces établissements (enfin quand ils ont investi dedans hein, c’est peut-être ça l’obstacle? mais en même temps c’est pareil pour les écoles et on vote souvent dans les écoles non?).

Bref, pourquoi est-ce que je n’ai jamais voté dans une bibliothèque? Hormis des questions de politique locale, y a-t-il un quelconque obstacle juridique ou réglementaire? Autant le site du ministère de l’intérieur décrit précisément la procédure et les outils, autant le lieu ne me semble pas imposé.

Et vous? ça vous est déjà arrivé de voter dans une bibliothèque?

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fév 22

Fascinante présentation sur les évolutions possibles du livre à l’heure du numérique, par l’excellent Hubert Guillaud, du blog Lafeuille et rédacteur en chef d’Internet Actu. Cette présentation a eu lieu lors du dernier Jeudi du livre organisé par Médiat Rhônes-Alpes.

Merci Loïc pour le signalement!

A compléter par la cueillette de Klog sur l’avenir du livre…


By rob

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fév 01
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Je suis effaré en lisant ce matin la nouvelle! Cet article de 01.net et celui-là d’Ecrans relatent la mort annoncée du programme Espaces Culture Multimédia!

Extrait:

Leurs coûts de fonctionnement n’excédaient pas quelques dizaines de milliers d’euros (entre 5 000 et 30 000 euros). Mais les finances de l’Etat étant ce qu’elles sont, le programme ECM n’aura pas résisté au budget 2008 du ministère de la Culture. La mauvaise nouvelle a été transmise récemment aux intéressés par les Directions régionales des affaires culturelles.

Deux conséquences à prévoir : une nécessaire, mais pas garantie participation plus importante des collectivités locales pour les ECM situés dans des strucures culturelles locales (parfois dans des bibliothèques…). Et le risque de la disparition pur et simple des lieux dédiés.

Cette annonce arrive au moment où la British Library annonce la fin du mythe de la “Google Génération” (signalé aussi sur le blog du BBF):

Ce rapport montre qu’en dépit d’une apparente facilité et une familiarité avec les ordinateurs, les jeunes sont fortement dépendants des moteurs de recherche, au détriment de la pratique la lecture, de l’analyse critique et manquent de compétences d’analyse pour évaluer les informations qu’ils trouvent sur le Web.

Si vous êtes comme moi convaincus que les ECM sont plus que jamais nécessaires à l’heure où les TIC nécessitent toujours pour une large part une médiation humaines tant sur les outils que la manière de les utiliser. Vous pouvez signer l’appel ici.

Plus d’infos sur l’étude de la british Library dans le diaporama ci-dessous :


By rob


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jan 22
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Un matin, vers 9h15 alors que j’étais en train d’achever de me réveiller devant mon PC à la bibliothèque, j’ai eu la surprise de recevoir un coup de téléphone de M. Gérard Pelletier, Vice-président Marketing international d’Ithèque (excusez du peu, et je vous passe le “MBA” en signature de l’email).

Ithèque est une société de fourniture de fichiers numériques chronodégradables pour les bibliothèques. Il y a plus d’un an, j’avais en effet écrit un billet qui avait rencontré un certain écho intitulé P2P, musique, DRM et bibliothèques, Ithèque et consorts à l’affut. Suite à ce billet, j’en ai publié un autre intitulé Ithèque : un service inadapté suivi d’un débat un peu particulier en commentaires, auquel j’ai fini par couper court. Voilà pour le résumé des épisodes précédents.

Vous aurez compris que je ne crois pas du tout à une offre pour les bibliothèques de fichiers sous DRM alors que les usagers refusent les DRM et que les majors ont presque tous compris qu’on vend mieux sans DRM. Tout simplement.

Remarquons que je n’ai rien contre l’entreprise en soi, mais contre le modèle économique qu’elle représente et cautionne. Précisons que la requête “ithèque” sur google retourne mes articles en 3e et 4e position…ce qui n’est pas génial pour l’image de marque de l’entreprise…! Au point que Ithèque a essayé en vain de publier un article avec un nom approchant sur le blog de l’entreprise pour essayer de contrer ce référencement fâcheux..! (je ne donne pas l’adresse ici, ce serait encourager la démarche, mais je peux l’envoyer à qui le souhaite)

Dernier épisode en date : M. Pelletier m’apelle donc et me propose de me faire tester la plateforme. J’accepte, je teste et je constate que le modèle proposé est toujours le même : des fichiers avec DRM, limités dans le temps, assortis de limitations d’usages. Je réponds donc à M. Pelletier que la plateforme est somme toute pas désagréable à l’oeil (mais avec une ergonomie pas géniale et un catalogue faible comparé aux catalogues destinés au grand public). Ce à quoi M. Pelletier répond:

Bonjour M. Mercier,


Votre collègue Limoges accepte en principe de diffuser via iThèque ses collections numérisées à la condition notamment que tous ses fichiers contiennent un progiciel chronodégradable.

Votre opinion peut-elle évoluer jusqu’à faire amende honorable publique?

Voici donc la réponse sous forme de lettre ouverte: (je développe les positions exprimées ci-dessous dans les deux articles ci-dessus)


Monsieur Pelletier,

J’avoue que je reste perplexe devant votre demande. En guise d’amende honorable, voici cette courte lettre ouverte.

Votre entreprise à fait le choix d’un modèle qui verrouille les oeuvres et en limite l’usage par les publics. Vous m’avez confirmé vous- même la présence de DRM permettant le chronodégradabilité des fichiers. Vous développez sur vos sites une subtile (dé)sinformation visant à faire passer le message que ces fichiers ne sont pas protégés par des DRM. Comment peut-il en être autrement si vous en limitez la consultation dans le temps?

Je pense que votre solution n’est pas la bonne. Vous êtes responsable de ce choix de modèle économique et soumis il est vrai à un contexte commercial et juridique en plein bouleversement.

A l’époque où j’ai écrit mes doutes sur un modèle comme le votre, les DRM étaient partout et commençaient tout juste à être remises en cause. Aujourd’hui, ces limitations d’usage appelées DRM (pour Digital Right Management) ont été presque unaniment rejetées par les consommateurs et abandonnées par les Majors, détenteurs des droits sur les oeuvres que vous vendez. Des offres commerciales beaucoup plus intéressantes en terme d’ergonomie et de taille de catalogues condamnent votre solution à un marché de niche dont se détourneront très vite les usagers (c’est déjà le cas).

N’oublions pas non plus le téléchargement et les pratiques de P2P. Malgré la réelle question de la rémunération des ayants-droits, l’approche politique répressive et les efforts de lobbying, savez vous quel est le logiciel le plus téléchargé en 2007? Hé bien il s’agit d’Emule, solution d’échange de fichiers très populaire…

Oui j’ai cru et je crois encore à la possibilité d’une licence globale pour les fichiers numériques, oui j’aime à rapeller que le droit de prêt des bibliothèques constitue une licence légale de fait, pour les imprimés. Oui je regrette que le sujet ne mobilise pas plus les bibliothécaires. J’assume ces positions M. Pelletier, et si vous n’avez d’autres arguments pour me demander de faire “amende honorable” sous prétexte que vous venez de gagner un client, alors peut-être vaut-il mieux ne pas débattre avec vous.

Je suis également conscient que des licences légales privées sous DRM se développent, Arte VOD est un exemple pour les bibliothèques. Le PDG de Numilog ient d’ailleurs de fournir à la BNF une étude complète expliquant que les livres numériques doivent être protégés, payant et que le reste n’est qu’utopie. Voilà encore un sérieux conflit d’intérêt dans ce débat. Numilog se retrouve en position de prévoir la formation dede son propre marché, face à ses propres futurs clients!! Tout comme d’ailleurs Denis Olivennes, PDG de la FNAC vient de remettre un rapport gouvernemental sur le P2P et les DRM un sujet auquel il a directement intérêt en tant qu’entrepreneur!

Que certaines bibliothèques fassent le choix de votre solution n’implique en rien une validation de votre modèle. D’autres bibliothèques ont fait le choix de la musique libre avec une approche complètement différente. Le monde des bibliothèques est petit, M. Pelletier et d’autres collègues sont complètement revenus de votre solution.

De nombreux usagers veulent des fichiers mp3 sans DRM, lisibles sur n’importe quelle plateforme, ils veulent en faire ce qu’ils veulent, refusent toute solution plus contraignante et mettent en conccurence les solutions proposées. Les bibliothèques ne gagneront pas sur ce terrain là. La vérité est qu’au delà de la musique l’existence même d’un marché pérenne de fichiers numériques protégés et spécifiques aux bibliothèques est en question.

En tant que directeur marketing, cela m’étonne que vous persitiez dans une voie contraire aux pratiques de la majorité des consommateurs de ce marché. Vous allez me dire que les fichiers chronodégradables sont différents, qu’ils s’assimilent à un prêt de document. C’est faux. Les pratiques ne sont pas les mêmes, on ne prête par un CD comme on prête un fichier numérique. Dans un cas le bien est rival et dans l’autre non. Les fichiers que vous proposez sont en plus assortis de DRM Microsoft, ce qui les rend illisibles sur toutes les distributions open source sous peine de poursuite pénales. Or, nous devons nous adresser à tous les publics.

Pour toutes ces raisons et pour d’autres que je n’ai pas développées M. Pelletier, je ne suis pas disposé à faire “amende honorable en public”.

Bien à vous.



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