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Musique numérique : LA référence



S’il n’y avait qu’un seul document à lire pour comprendre les enjeux de la musique numérique et mieux appréhender ceux à venir de la VOD ce serait le rapport de la Fondation Internet Nouvelle Génération intitulé :
Musique & Numérique : la carte de l’innovation

Le panel qui a participé à ce projet est plutôt très large…jugez par vous-mêmes:

Cette initiative de la FING, soutenue par l’Adami et la Spedidam, a réuni pour la première fois les majors et les indépendants, les organisateurs de concerts, les acteurs de l’internet, les activistes de la musique, les représentants des artistes, etc. : Acsel, CLCV, Fédurok, Geste, Qwartz, SNEP, UFC Que Choisir, UPFI ainsi qu’une centaine d’acteurs de la musique et du numérique, sans compter les contributions des internautes sur le site http://musique.fing.org.

Le rapport est dispo en plusieurs formes; en pdf, en html ou encore en podcast, une synthèse en 4 pages existe également (en pdf ou en html), mais je vous recommande vraiment d’imprimer les 52 pages de l’intégrale (sans les annexes) et de lire ça tranquillement, sur papier (ça fait partie de la thérapie)

Les réflexions sont les plus intéressantes que j’ai lue depuis bien longtemps sur ces questions. Je ne résiste pas à l’envie de vous livrer quelques morceaux choisis.

Sur les DRM et le contrôle de l’usage :

La question qui se pose alors est de savoir s’il est souhaitable et possible d’imaginer des dispositifs de gestion numérique des droits qui s’intéressent prioritairement à la circulation de la valeur économique (lorsqu’il y en a une) le long de la chaîne, ainsi qu’à l’intégrité de l’œuvre (lorsque ses ayants-droits souhaitent la préserver), sans pour autant imposer aux utilisateurs finaux des restrictions d’accès et d’usage. De tels systèmes pourraient inclure :

  • A minima, l’identification et l’expression des œuvres, des auteurs, des droits, d’une manière lisible par tous ;
  • Le suivi de la circulation d’une œuvre, notamment dans les circuits commerciaux (ventes, diffusions publiques…), sans suivi des usages finaux qui posent d’évidents problèmes de respect de la vie privée ;
  • Le contrôle d’accès, non pas à l’œuvre, mais par exemple à des services associés à l’œuvre et réservés à des utilisateurs ayant acquitté un droit d’accès.

Par exemple, on peut recourir à des DRM pour analyser le nombre d’écoutes d’un titre sur un site financé par la publicité, calculer les droits à reverser par le site, et pourquoi pas, plus bas dans la chaîne, informer les auteurs, interprètes, éditeurs, etc., de ce qui leur est dû par divers intermédiaires – sans pour autant limiter d’aucune façon les possibilités d’écoute ou même de copie dont bénéficie l’utilisateur final.

Sur la longue traîne :

Que finance la "longue traîne" ?

D’autre part, la théorie de la longue traîne ne dit rien de l’essentiel (dans le contexte de notre réflexion), à savoir : que vend-on, à qui, contre quoi ? Par exemple, si, comme on le pressent plus haut, la vente unitaire de fichiers musicaux est vouée à une quasi-extinction, la forme de la courbe importe peu, c’est son n niveau qui compte…

Si le niveau moyen des ventes au sein de la "longue traîne" reste très faible (même en supposant qu’il monte un peu), alors beaucoup des enregistrements qui pourraient trouver leur petit public ne seront tout simplement pas produits faute d’investisseurs. Et si les "hits" très profitables sont moins nombreux, les maisons de disque auront moins la possibilité de prendre des risques sur des artistes inconnus. Hervé Rony, Directeur général du SNEP, signalait également que "pour un label, en termes de rentabilité et de trésorerie, 20 disques vendus à 50 000 exemplaires et un disque vendu à 1 000  000 d’exemplaires, ça n’a rien à voir !"

Pour le dire autrement, la "longue traîne" est une théorie avant tout destinée et adaptée à des distributeurs qui gèrent un stock et de nombreuses références. Elle montre, par exemple, qu’il est économiquement intéressant pour eux d’exploiter leur fonds de catalogue. Mais cette théorie ne dit rien du destin d’un artiste individuel, ni même d’un label qui promeut un petit nombre d’artistes. Elle décrit un phénomène qui se vérifie sans doute dans certains domaines, mais ne suffit pas à prescrire des actions susceptibles de produire cet effet.

Ainsi, lors des discussions en ligne sur la "longue traîne", Guillaume Champeau[3] indiquait : "De mon point de vue, la longue traîne n’est pas perçue simplement dans le nombre d’œuvres ‘consommées’ mais aussi dans le nombre de diffuseurs de ces œuvres. Plus il y a de diffuseurs, plus la longue traîne est "pure". La meilleure façon pour développer le potentiel économique de la longue traîne est de développer les réseaux sociaux qui interconnectent les niches et leurs ‘habitants’." Ce qui constitue une manière de dire que la diversité musicale n’est pas le produit mécanique de la numérisation et de la mise en réseau, mais celui de la diversité de l’offre, de la multiplicité des canaux et des formes d’exposition des œuvres, ainsi que de l’existence de relais et médiateurs, professionnels ou amateurs. La "longue traîne" serait alors le résultat d’une dynamique vertueuse, plutôt qu’une théorie explicative…

Sur les risques de "la prise de contrôle par l’aval":

Une prise de contrôle de l’industrie musicale par l’aval, par l’intermédiation, n’est-elle pas nécessairement une bonne nouvelle pour la création et la diversité musicale. Elle pourrait au contraire aboutir à un financement de la création entièrement piloté par l’analyse des goûts de segments solvables de la clientèle – autrement dit, à l’industrialisation et la systématisation des dérives régulièrement dénoncées de l’industrie musicale d’aujourd’hui.


Silvae

Je suis chargé de la médiation et des innovations numériques à la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou à Paris. Bibliothécaire engagé pour la libre dissémination des savoirs, je suis co-fondateur du collectif SavoirsCom1 – Politiques des Biens communs de la connaissance. Formateur sur les impacts du numériques dans le secteur culturel Les billets que j'écris et ma veille n'engagent en rien mon employeur, sauf précision explicite.

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